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Finance

11 septembre 2001 : Cantor Fitzgerald, le courtier revenu de l’enfer



Publié le 9 sept. 2021 à 13:09

Retrouvée miraculeusement intacte dans les décombres du World Trade Center, la « main de Dieu », une sculpture en bronze de Rodin, ne quitte plus le bureau d’Howard Lutnick. Le patron du courtier Cantor Fitzgerald a récupéré sa sculpture. Elle lui rappelle la journée tragique du 11 septembre 2001. Ce jour où 658 de ses collaborateurs, dont les bureaux étaient répartis entre les étages 101 et 105 de la tour numéro 1 du World Trade Center, ont perdu la vie.

Son frère Gary fait partie des victimes. Sa soeur Edie a échappé à la mort, grâce à une réunion annulée le matin même. Le 11 septembre 2001, Howard Lutnick vient de déposer son fils pour son premier jour de maternelle quand il apprend qu’un avion a frappé le World Trade Center. En rejoignant Wall Street, il imagine que c’est l’un de ces petits appareils qui transportent des touristes au-dessus de Manhattan.

Couvert de cendres après l’effondrement de la tour, il appelle sa femme pour la rassurer. Pour assurer la survie de son groupe, Howard Lutnick prend alors la décision la plus douloureuse et la plus controversée de sa vie. Il décide de bloquer les salaires des 658 collaborateurs de Cantor qui ne sont encore que « portés disparus ». S’il avait attendu qu’ils soient déclarés officiellement décédés, il n’aurait plus pu agir de la sorte.

Sa société, sans moyens financiers, se dirige tout droit vers la faillite. Mais il s’engage à reverser chaque année aux familles des employés décédés le quart des profits de Cantor jusqu’en 2005. Il leur assurera une couverture santé pendant 10 ans. Cantor reversera 180 millions dollars, soit 275.000 dollars par famille.

Hébétude

La priorité du dirigeant est de faire repartir une firme décimée en état d’hébétude et de choc traumatique. Howard Lutnick procède à une trentaine de recrutements ciblés jugés prioritaires. Il profite de l’aide bénévole de groupes de la tech, comme Cisco et Microsoft. Ils lui fournissent du matériel de rechange et tentent de récupérer une partie des données (fichiers clients, disques durs…). Comme de nombreuses firmes de Wall Street, le courtier redémarre son activité depuis ses modestes locaux de secours dans le New Jersey.

Après l’attentat du 26 février 1993 dans le parking de la tour nord du World Trade Center, plus de 200 courtiers de Cantor avaient été accueillis provisoirement dans les locaux de Salomon Brothers situés dans la tour sud, intacte. Cette fois, tous les courtiers et firmes de Wall Street sont affectés à cause de l’effondrement des tours et la destruction des réseaux électriques et de télécommunications.

Icap nouveau leader

Pratiquement tous les courtiers du département d’obligations d’entreprises étant décédés, l’activité est fermée. Le 11 septembre 2001, la part de marché de Cantor aux Etats-Unis était estimée à 13,5 % sur les obligations d’Etat, son point fort. L’arrêt de son activité lui aurait coûté près de 265 millions de dollars, selon ses estimations. Les années suivantes, le courtier a procédé à plusieurs acquisitions, comme Euro Brokers en 2005, pour regagner du terrain sur ses concurrents. Sa place de numéro 1 mondial lui a été ravie par le courtier britannique Icap un an après les attentats. Au troisième rang, figure alors le français Viel & Cie.

La plateforme de trading électronique sur Internet, eSpeed, leader sur ce créneau avec 83 % de part de marché, a joué un rôle crucial dans le redressement de Cantor. Une prouesse, elle est de nouveau opérationnelle dès le 13 septembre. En avance sur ces concurrents, le courtier met alors l’accent sur l’électronique. Un choix contraint faute d’effectifs mais qui va, à terme, se révéler payant .

Le temps de la renaissance

2004 marque un tournant stratégique. Il scinde son activité de courtage traditionnelle dans une nouvelle société BGC Partners. Elle incorpore la plateforme électronique de Cantor eSpeed en 2007. Six ans plus tard, la bourse Nasdaq OMX rachète eSpeed pour 1,2 milliard de dollars.

La firme globale de courtage BGC Partners (Royaume-Uni, Etats-Unis, Asie, Europe), cotée au Nasdaq, compte aujourd’hui 5.000 employés et réalise près de 2 milliards de profits (chiffres 2020). Elle est dirigée par Howard Lutnick. Il occupe le même poste chez Cantor, l’entité non cotée qui opère sur toutes les activités de la banque d’affaires (fusions, introductions en Bourse…). Howard Lutnick, qui détient plus de la moitié du capital de Cantor, possède une fortune estimée à 1,5 milliard de dollars.

Chaque 11 septembre depuis 2005, le courtier BGC Partners lève des fonds au profit d’oeuvres de charité, et par exemple en 2020 pour la lutte contre le COVID. Les investisseurs jouent le jeu et passent des ordres aux courtiers. Les commissions de la journée sont reversées à des associations qui changent chaque année. Le courtier invite des personnalités dans sa salle de marchés pour inciter à collecter des fonds supplémentaires. En 20 ans, 180 millions de dollars ont été versés par le « Cantor Fitzgerald Relief Fund ».

Offensive judiciaire

Le courtier est passé à l’offensive sur le plan judiciaire dès 2004, réclamant 7 milliards de dollars à l’Arabie saoudite et à une cinquantaine de banques et d’organisations de charité du Proche Orient et du Golfe accusées d’avoir financé les attentats. Il a aussi traîné en justice American Airlines pour ses négligences supposées dans les contrôles de passagers. Il a d’abord réclamé jusqu’à 1 milliard de dollars puis autour de la moitié, avant d’obtenir, finalement 135 millions. En revanche, il est débouté de sa plainte contre l’Arabie saoudite.



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