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Economie

À Paris, les «gilets jaunes» fêtent leur troisième anniversaire sous tension


REPORTAGE – Soufflant sa troisième bougie, le mouvement s’est réuni dans la capitale. Des tensions ont rapidement éclaté avec les forces de l’ordre.

«Bon anniversaire les “gilets jaunes” ! On ne lâche rien, malgré nos morts, nos blessés». Au milieu de la rue, devant la manifestation parisienne, une femme fête avec ferveur la troisième bougie du mouvement, rejointe bientôt par d’autres participants se réjouissant de la mobilisation. Parti de Bercy (12ème arrondissement) à 14h pour rejoindre la place Victor et Hélène Basch (14ème arrondissement), le cortège a rapidement été émaillé de heurts avec les forces de l’ordre, ce samedi. D’après la préfecture, 1800 manifestants ont défilé dans les rues de Paris.

Comme souvent depuis les premières heures du mouvement, de multiples revendications étaient portées : le pouvoir d’achat, qui fut l’étincelle derrière l’occupation des ronds-points, en novembre 2018, mais aussi les retraites, le rejet de la classe politique déconnectée des préoccupations des Français, la critique, pour certains, du système capitaliste dans son ensemble, ou encore le «ric», pour référendum d’initiative citoyenne, une requête portée de longue date.

De nombreuses pancartes s’insurgeaient également contre la gestion de la crise sanitaire, contre l’obligation vaccinale, la vaccination en général et le passe sanitaire. «Le passe est dans l’impasse», lisait-on sur un ballon ; «la dictature est en marche», proclamait une pancarte ; «j’arrêterai de faire de la politique quand les politiciens arrêteront de nous faire rire», était-il écrit sur une photo de Coluche, en tête de cortège. Parmi les arguments entendus figuraient notamment le manque de recul sur les vaccins, la crainte des effets secondaires et la liberté de disposer de son corps. Certains défendaient également l’utilisation d’hydroxychloroquine ou d’ivermectine contre la maladie, deux produits aux effets pourtant largement contestés.

«J’arrêterai de faire de la politique quand les politiciens arrêteront de nous faire rire», était-il écrit sur une photo de Coluche. Wladimir Garcin-Berson/Le Figaro

Croisé dans le cortège, Guillaume est venu pour défendre la «liberté». Mais il n’oublie pas pour autant les revendications des premières heures, alors que la hausse des prix frappe durement le portefeuille des ménages. «L’indemnité inflation de 100 euros , c’est une blague, non ?», s’agace l’homme, qui espère que les violences ne feront pas perdre de vue les raisons de la colère des manifestants. Non vacciné, Guillaume a été «choqué» par la décision de l’Autriche de confiner seulement les personnes dans sa situation. «J’espère que ça n’arrivera pas chez nous», soupire-t-il. «Je ne vais plus au restaurant, ça, ce n’est pas grave. Mais que le passe sanitaire soit exigé pour accéder aux bibliothèques, je trouve ça anormal. C’est la culture !», s’insurge le quarantenaire.

Des violences dans le cortège

Le cortège a rapidement été marqué par des affrontements avec les autorités, dès son départ de Bercy. Des vidéos postées sur les réseaux sociaux montrent des scènes de tension importantes entre les hommes en bleu et des manifestants. Un marché a également été le théâtre de heurts, et des denrées alimentaires ont été utilisées comme projectiles, au milieu des nuages de gaz lacrymogène. À proximité de la place d’Italie, le cortège était ceinturé de près par un important dispositif policier : les forces de l’ordre ont fait usage de gaz lacrymogène face aux participants en tête pour les repousser, et des jets de projectile leur ont répondu. «On ne filme pas, ces mecs font ça pour vos enfants, pour la planète», nous a intimé un manifestant, rue d’Alésia, alors que nous filmions des personnes habillées en noir qui scandaient des slogans antifascistes.

En marge de la manifestation, dans l’après-midi, la propriétaire et le conducteur d’un foodtruck rose stationné à Bercy sur lequel était peint un tag injurieux ont été interpellés par les forces de l’ordre. Ce dessin montre Emmanuel Macron manipulé comme une marionnette par son homologue américain Joe Biden et sodomisant le préfet de police, Didier Lallement. Derrière, des moutons tournent le dos à la scène, et un drapeau tricolore est peint. «La sodomie en marche ! GJ», est-il inscrit. «Qu’est-ce que j’ai fait ?, s’interroge la propriétaire lors de son interpellation, sur une vidéo qu’elle a prise elle-même. Regardez le camion et vous comprendrez», lui répond calmement une policière. Le parquet de Paris a par ailleurs indiqué à l’AFP qu’une enquête a été ouverte pour outrage à personne dépositaire de l’autorité publique.

«Grève, blocage, Macron, dégage», entendait-on également dans les rangs des manifestants, toujours aussi composites. Difficile de cerner précisément un profil, le cortège rassemblant des jeunes, des retraités, des Parisiens, des Franciliens et des personnes expliquant venir de différentes régions. Mais tous espèrent que la mobilisation s’inscrira dans la durée, pour peser sur la campagne présidentielle et offrir une «saison 3» mémorable aux «gilets jaunes».

À voir aussi – Mobilisé contre le passe sanitaire, Jérôme Rodrigues plaide pour un retour à «une vie normale»



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