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Finance

Affaire Greensill : les acteurs de l’affacturage inversé sur la défensive



L’effondrement du château de carte Greensill Capital a jeté un froid sur le secteur de l’affacturage inversé. « Il ne faudrait pas que cette affaire jette l’opprobre sur l’ensemble des acteurs », s’inquiète un professionnel.

Ce dernier, comme d’autres, craint que l’étau réglementaire ne se resserre sur une pratique qui pourrait s’avérer forte utile pour financer les entreprises après la crise, affirment ses défenseurs.

L’affacturage inversé est une méthode alternative de financement grâce à laquelle un donneur d’ordre se tourne vers un acteur financier pour qu’il règle les factures de ses fournisseurs, contre des frais, pour obtenir une plus grande flexibilité de trésorerie.

C’est un métier encore peu connu mais qui se développe à grande vitesse, du fait de sa souplesse. Pour le moment, il ne représente qu’environ 6 % des 219,4 milliards d’euros d’encours total de l’affacturage classique.

Cependant, l’affaire Greensill a mis en lumière les trois principaux écueils de cette pratique. A savoir le risque de concentration de l’exposition (en l’occurrence, sur le groupe GFG Alliance du milliardaire Sanjeev Gupta) ; la pratique abusive de certaines entreprises qui étendent les délais de remboursement au-delà du raisonnable ; et enfin son opacité, puisque les dettes contractées dans ce cadre peuvent conserver le statut de dette fournisseur, alors qu’elles devraient être requalifiées en dette financière dès 60 jours et faire l’objet de provisions appropriées.

Plusieurs scandales

Déjà sous l’oeil des autorités – notamment aux Etats-Unis où les régulateurs doivent en débattre cette année -, l’affacturage inversé pourrait faire l’objet de nouvelles règles comptables en Europe, alerte Fitch Ratings dans une note récente.

Après plusieurs scandales ayant entaché la réputation de cette pratique (Carillion, Abengoa), l’agence de notation a pour sa part décidé d’appliquer ses propres règles en requalifiant d’office en dette financière toute extension de paiement affichée dans ses comptes par une entreprise ayant recours à l’affacturage inversé.

Le contexte est propice au dérapage, reconnaît un banquier. « Avec l’abondance des liquidités sur le marché et la faible rentabilité que les investisseurs trouvent sur les actifs sans risque, on sent bien qu’il y a un appétit plus fort pour prendre du risque sur les clients corporate. »

Avantage aux banques

Pour les acteurs français, il serait cependant dommage de se priver d’une source de financement précieuse pour les entreprises qui, d’ici quelques mois, vont faire face à la fin des aides d’Etat et à la nécessité de leur remboursement. D’autant qu’en France, le cas Greensill ne pourrait pas exister, assurent les professionnels.

« Les modes de fonctionnement de Greensill ne se retrouvent pas en France, a défendu le mois dernier Patrick de Villepin, le président de la commission affacturage de l’Association des Société Financière (ASF) et président de BNP Paribas Factor lors d’une conférence. Le marché se compose principalement d’acteurs bancaires qui doivent répondre à des exigences prudentielles en fonds propres. »

« En tant que banque, notre connaissance intime des clients et notre expertise en matière de gestion du risque sous toutes ses formes sont des atouts précieux pour proposer de l’affacturage, inversé ou non, dans les meilleures conditions », corrobore Alexandre Maymat, le Directeur de Global Transaction and Payment Services chez Société Générale.

Autre avantage des banques sur les acteurs spécialisés comme Greensill : elles disposent d’immenses réserves de liquidité sous la forme des dépôts de leurs clients, alors que les acteurs spécialisés doivent notamment se tourner vers les marchés pour en disposer. Des sources de financement alternatives qui peuvent s’assécher rapidement lorsque la confiance des investisseurs s’effrite. C’est d’ailleurs l’une des causes de la chute de Greensill.



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