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Economie

Airbus et Air France renvoyées en correctionnelle


Les juges d’instruction avaient prononcé un non-lieu général le 29 août 2019, au grand dam des familles des 228 victimes de la catastrophe, la plus meurtrière de l’histoire de la compagnie française.

La cour d’appel de Paris a ordonné mercredi le renvoi en correctionnelle pour «homicides involontaires» d’Air France et d’Airbus pour leurs responsabilités indirectes dans le crash du Rio-Paris qui avait fait 228 morts en 2009. Cette décision, réclamée par le parquet général et très attendue des familles des victimes, invalide le non-lieu prononcé en 2019 en faveur de la compagnie et du constructeur au terme des investigations. Les avocats d’Airbus ont immédiatement annoncé un recours en cassation.

À l’annonce de cette décision, les quelques proches des victimes présents se sont étreints en larmes, soulagés. Les avocats d’Airbus, Me Simon Ndiaye et Antoine Beauquier, ont immédiatement annoncé un recours en cassation, dénonçant une «décision injustifiée» selon eux, «en contradiction avec les juges d’instructions qui connaissaient bien le dossier». «Air France conteste avoir commis une faute pénale qui soit à l’origine de ce terrible accident», a réagi l’un des avocats de la compagnie, Me François Saint-Pierre.

«C’est une immense satisfaction d’avoir le sentiment d’avoir enfin été entendu par la justice», a déclaré, très émue, la présidente de l’association Entraide et Solidarité AF447, Danièle Lamy. «Nous déplorons cependant qu’il ait fallu douze longues années pour en arriver là, douze années de détermination sans faille, peuplées d’incertitudes, de procédures tracassières et obscures, de découragement mais jamais de résignation», a-t-elle ajouté.

Le 1er juin 2009, le vol AF447 reliant Rio de Janeiro à Paris s’était abîmé au milieu de l’Atlantique. Les pilotes, désorientés par une défaillance technique en traversant la zone météorologique instable du Pot au noir, n’avaient pu rattraper le décrochage de l’A330, entraînant la mort des 216 passagers et 12 membres d’équipages. L’épave et les boîtes noires avaient été retrouvées deux ans plus tard, à près de 4.000 m de fond.

En 2019, après dix ans de batailles d’experts et la mise en examen de la compagnie et du constructeur pour «homicides involontaires», le parquet de Paris n’avait demandé un procès que pour Air France, retenant sa responsabilité indirecte par «négligence et imprudence» dans la formation de ses pilotes. L’analyse n’avait pas convaincu les juges d’instruction qui avaient prononcé un non-lieu général le 29 août 2019: pour eux, cet accident s’expliquait «manifestement par une conjonction d’éléments qui ne s’était jamais produite», mettant «en évidence des dangers qui n’avaient pu être perçus avant». Les investigations «n’ont pas conduit à caractériser un manquement fautif d’Airbus ou d’Air France en lien (…) avec les fautes de pilotage (…) à l’origine de l’accident», avaient-ils estimé.

À VOIR AUSSI – Crash du vol Rio-Paris : 10 ans après où en est l’enquête ? (Vidéo du 31/05/2019)

«Une certaine forme d’impunité»

Scandalisés, les proches des disparus et les syndicats des pilotes avaient fait appel, dénonçant une décision qui n’accablait que l’équipage disparu. Le parquet avait également fait appel. Le 4 mars, la réouverture des débats à huis clos devant la chambre de l’instruction avait duré plus de cinq heures. «Nous ne réclamons pas vengeance mais justice pour la dignité des familles et des victimes», avait déclaré à l’AFP la présidente de l’association Entraide et Solidarité AF447, Danièle Lamy, craignant qu’une «certaine forme d’impunité conduise à ce qu’une telle catastrophe se renouvelle». «Comment une compagnie nationale appréciée, comment un aéronef de la plus haute technologie, réputé indécrochable, d’un célèbre avionneur, comment ces deux entités ont-elles pu laisser se produire une telle catastrophe?», avait demandé Mme Lamy à la cour.

À l’appui des parties civiles, le parquet général a été au-delà des réquisitions du parquet de Paris, dont il est le supérieur hiérarchique, en demandant le renvoi en correctionnelle non seulement d’Air France mais aussi d’Airbus. Sans minorer la «cause directe imputable à l’équipage», l’avocat général estime que les causes indirectes du crash sont à chercher dans les manquements des deux entreprises : les dirigeants d’Air France «se sont abstenus de mettre en œuvre la formation et l’information des équipages» nécessaire, tandis qu’Airbus a «sous-estimé la gravité des défaillances des sondes» de vitesse Pitot et n’a pas suffisamment agi pour corriger ce dangereux défaut. Ces défaillances s’étaient multipliées dans les mois précédant l’accident. Le givrage de ces sondes fut l’élément déclencheur de la catastrophe. Causé par la formation de cristaux de glace lors d’un passage à haute altitude dans un amas de cumulonimbus, l’incident avait conduit à une incohérence des mesures de vitesse et désorienté les pilotes jusqu’au décrochage fatal, en moins de quatre minutes.

La catastrophe a fait l’objet d’un long débat d’experts issus du monde de l’aéronautique, accusés de corporatisme par les parties civiles. Dans un premier rapport en 2012, des experts attribuaient l’accident au cumul des problèmes techniques, des défaillances de l’équipage et d’un manque d’information des pilotes sur l’attitude à tenir en cas de dérèglement des mesures de vitesse. Une contre-expertise de 2014, réclamée par Airbus, avait été plus favorable au constructeur avant d’être annulée après un recours des parties civiles. Le troisième et ultime rapport, fin 2017, tendait aussi à dédouaner Airbus, mettant l’accent sur «des actions inadaptées en pilotage manuel» de l’équipage.



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