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Finance

Au Salvador, l’adoption du bitcoin comme monnaie officielle se révèle plus compliquée que prévu



Publié le 9 sept. 2021 à 18:34Mis à jour le 9 sept. 2021 à 18:56

Une révolution d’une telle ampleur pouvait-elle réellement se dérouler sans accroc ? L’adoption du bitcoin comme monnaie officielle du Salvador se révèle plus compliquée que prévu. L’application Chivo (qui signifie « super » en langage familier), créée pour l’occasion afin de permettre le paiement en cryptomonnaie, n’est visiblement pas complètement au point. Elle a déjà été suspendue plusieurs fois ces derniers jours.

Le président de la République, Nayib Bukele, a même fini par s’improviser conseiller informatique. Mercredi, il demandait aux utilisateurs, via son compte Twitter, de fermer puis de redémarrer l’application si le message « actuellement en maintenance », apparaissait sur leur écran.

Pendant ce temps, le bitcoin, toujours aussi volatil, perdait 17 % de sa valeur en quelques heures mardi, avant de reprendre du terrain pour terminer la journée en baisse de 10 %. Jeudi en fin d’après-midi, il restait cependant en baisse de près de 10 % depuis le début de la semaine.

Un président conseiller informatique

Cela n’a pas découragé le jeune président salvadorien, qui a annoncé sur Twitter que le pays avait profité de la chute de la cryptomonnaie pour acheter 150 bitcoins de plus. Il en détient à présent 550.

Pour inciter les Salvadoriens, très réticents à l’introduction du bitcoin, à télécharger l’application Chivo, celle-ci est créditée par défaut de 30 dollars par utilisateur. Un succès : Chivo arrivait en tête des téléchargements sur l’App Store locale mercredi. Là encore, afin d’éviter de saturer les serveurs, le président salvadorien a repris sa casquette de conseiller informatique pour déclarer que Chivo ne serait disponible sur Google Play que pour certains modèles de téléphone. « Nous sommes encore en train de peaufiner de petits détails », a-t-il ajouté.

Ces accrocs techniques étaient prévisibles, estime JP Morgan Chase dans une note, « étant donné que le pays n’a eu que trois mois pour se préparer à cette grande expérience ». « A l’opposé, la Chine prépare son yuan numérique depuis des années et ne l’a pas encore officiellement lancé », détaille la banque.

La loi salvadorienne stipule que c’est au marché que revient la responsabilité d’établir le taux de change entre le bitcoin et le dollar américain, l’autre monnaie légale du pays. Un pari risqué au regard de la forte volatilité de la cryptomonnaie. La loi précise également que tous les prix peuvent être exprimés en bitcoin et que les contributions fiscales peuvent être payées en cryptomonnaie.

Dérive autoritaire

Les investisseurs internationaux se montrent, eux, sceptiques sur les bienfaits de l’adoption du bitcoin comme monnaie officielle. Le rendement de la dette salvadorienne en dollars à long terme est monté à près de 11 %. Signe de leur inquiétude sur la capacité du pays à honorer les paiements sur sa dette, les maturités plus courtes ont grimpé jusqu’à 15 %. Avant l’annonce du projet de loi sur le bitcoin, début juin, le rendement de la dette salvadorienne de long terme évoluait autour de 8,5 %.

Les investisseurs n’ont de toute évidence pas été convaincus par le projet précipité de Nayib Bukele. Mais ils semblent également craindre les tendances autoritaires du président salvadorien. Celui-ci a déjà renvoyé cinq juges de la Cour suprême au cours des derniers mois pour les remplacer par des fidèles. Or, cette même Cour suprême a décidé le week-end dernier que le président pourrait briguer un second mandat consécutif, une décision condamnée par les Etats-Unis.

Cela pourrait compromettre les chances du Salvador d’obtenir un prêt de plus d’un milliard de dollars du Fonds monétaire international. Celui-ci s’était déjà opposé en juillet au projet visant à faire du bitcoin une monnaie officielle, s’inquiétant des conséquences d’une telle adoption sur la stabilité macroéconomique du pays.



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