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Economie

Ces logements d’une cité minière sont isolés avec du chanvre


Qui eût cru que le chanvre, écomatériau essentiellement connu à travers des produits transformés comme la litière pour animaux ou bien le textile, servirait d’isolant végétal naturel pour des logements? Et pourtant, la cité minière Barrois, à Pecquencourt (59), abrite 321 logements dont 50, datant pour certains de 1846, verront, d’ici le mois de juin, leurs parois verticales, donnant sur l’extérieur, rénovées en béton de chanvre par le bailleur Maisons et Cités dans le cadre de l’ERBM. Ce projet d’Engagement pour le renouveau du bassin minier, lancé en 2018, vise à rénover 20.000 logements en 10 ans afin qu’ils ne soient plus des passoires thermiques.

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Parmi ces 321 logements, 115 pourraient, à terme, être isolés avec ce matériau biosourcé. Après avoir testé des matériaux comme le liège, le lin et le chanvre lors d’un projet expérimental, le bailleur a privilégié le béton de chanvre pour ses propriétés intéressantes, une solution encore peu répandue. Deux techniques sont utilisées: le béton de chanvre en blocs et le béton de chanvre projeté. «On hésitait entre ces deux techniques et l’idée c’est de vérifier leurs performances», explique Franck Mac Farlane, responsable recherche et expertise de Maisons et Cités, qui pilote le projet de Pecquencourt.

Classées UNESCO, les façades extérieures en briques, qui font partie intégrante du patrimoine de Pecquencourt, sont conservées telles qu’elles. Les logements doivent donc être isolés depuis l’intérieur. «Les logements en briques sont souvent humides et le chanvre a la faculté de s’autoréguler au niveau de l’humidité. Il absorbe l’eau», assure Franck Mac Farlane. Il est d’ailleurs utilisé pour les cordages des bateaux, grâce à sa résistance à l’eau.

Une durée de vie équivalente à 100 ans

Autre point fort du chanvre: grâce à son inertie thermique, il conserve la fraîcheur en été et la chaleur en hiver. Sa durée de vie serait également un atout: entre 80 et 100 ans pour le béton de chanvre contre 50 ans pour les isolants traditionnels. La laine de verre, par exemple, se tasserait et vieillirait mal à l’inverse du béton de chanvre. De plus, le chanvre est «une culture simple qui n’a pas besoin de beaucoup d’eau pour pousser. Il se contente de l’eau de pluie. Il permet de recomposer les sols d’une manière encore plus efficace que s’ils étaient laissés en jachère», selon Cédric Noulin, directeur de travaux réhabilitation. Seule la tige est intéressante en construction mais les graines peuvent servir pour les cosmétiques ou l’industrie agroalimentaire. De son côté, l’industrie automobile utilise la fibre de chanvre pour les tableaux de bord.

Une filière quasi inexistante

Son prix élevé constitue néanmoins un frein à l’émergence d’une filière régionale. Le coût total du chantier est estimé à 36 millions d’euros pour la rénovation des 115 logements. Il faut compter 3000 euros de plus par logement pour la rénovation thermique par rapport au coût d’une réhabilitation classique. Ce matériau est également méconnu, sa culture ayant été délaissée depuis le début du 20e siècle, ce qui ne favorise pas son développement à grande échelle. «L’objectif serait de monter en volume pour que l’impact financier soit gommé», se projette Jean-François Campion, directeur général de Maisons et Cités. La filière du chanvre à l’heure actuelle est quasiment inexistante dans les Hauts-de-France. Aucune industrie de transformation n’est présente dans la région et seulement 160 hectares sont cultivés dans le sud de l’Aisne, rattachés à la Chanvrière de l’Aube.

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En plus d’être méconnu, le chanvre bénéficie trop souvent d’une image négative, comme il est régulièrement confondu avec son cousin le chanvre indien ou cannabis, réputé pour sa teneur en substances pyschotropes (THC ou CBD). À l’inverse, la paille et le bois constituent des isolants d’origine végétale connus. Le béton de chanvre sera-t-il le nouveau matériau d’avenir, une alternative sérieuse aux matériaux pétrosourcés?



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