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Economie

charpentier, le métier le plus recherché de France


Alors que la construction en bois a le vent en poupe, les entreprises de charpente éprouvent d’immenses difficultés à recruter des ouvriers qualifiés.

«On a tous commencé avec des cabanes dans les arbres». Pour Pierre Alain Vacheret, compagnon charpentier et délégué du métier chez les Compagnons du devoir, la charpente est un métier réservé aux passionnés. La taille des nobles poutres en bois massif, l’art du trait de charpenterie et l’assemblage complexe des arbalétriers, chevrons et poinçons demandent un grand savoir-faire qui se transmet de génération en génération. Sans que cette transmission ne soit mise en danger, la charpente qui fait vibrer Pierre Alain Vacheret ne séduit pourtant plus les jeunes depuis quelques années. Une évolution inquiétante pour les entreprises de ce secteur : 83% d’entre elles peinent à recruter des charpentiers, selon les derniers chiffres de Pôle emploi, faisant du métier de charpentier le plus recherché en France.

«Il y a beaucoup de demandes auxquelles on ne peut pas répondre car il est impossible de tenir les délais en étant si peu nombreux». Si pour Pierre Alain Vacheret, la difficulté à trouver de la main-d’œuvre qualifiée en charpente n’est pas nouvelle, la tendance s’accentue ces dernières années. «Le métier est en pleine expansion, la construction bois prend tous les ans des parts de marché» constate le dirigeant de l’entreprise Vernier construction bois qui explique ce phénomène par l’engouement pour le «durable et l’écologie».

«On recrute toute l’année, ce qui représente environ 3 heures par semaine avec les entretiens, les offres d’embauches, etc. » estime le charpentier. Pour attirer les oiseaux rares, certaines entreprises choisissent même de revaloriser les salaires. «Ces deux dernières années les rémunérations ont pas mal augmenté» confirme Sébastien Méha, charpentier et gérant de l’entreprise Charpentes Méha, basée à Valenton, dans le Val-de-Marne. Selon lui, un charpentier chef d’équipe peut désormais facilement prétendre à un salaire mensuel «autour des 3000 euros net». Mais ce genre d’incitation ne suffit malheureusement pas et les recruteurs ne savent alors plus quoi inventer pour attirer des employés qualifiés. «J’ai eu la chance de passer sur TF1 au journal de 20h où je disais qu’il me manquait 10 à 15 charpentiers : je n’ai pas eu un seul CV dans ma boîte mail» raconte dépité, Sébastien Méha qui cherche toujours à recruter.

Face à cette pénurie, les entreprises n’ont pas le choix : elles doivent elles-mêmes former de nouveaux ouvriers en espérant que ces derniers n’iront pas voir ailleurs, une fois leur apprentissage terminé.

Un travail dévalorisé

Car les formations post-bac qui pourraient venir combler ce manque de main-d’œuvre sont largement insuffisantes. «Depuis pas mal d’années les CFA ferment» regrette Pierre Alain Vacheret, qui est également délégué du métier chez les Compagnons du devoir. Même dans cette institution, dont la réputation n’est plus à faire, les difficultés à attirer les jeunes sont récurrentes. «Pour la rentrée prochaine, on manque encore d’apprentis, notamment en Bourgogne Franche-Comté» lance Pierre Alain Vacheret, qui précise que les Compagnons forment chaque année 800 charpentiers.

Les gérants d’entreprise de charpente sont toutefois unanimes, si les difficultés à recruter sont si grandes c’est moins le fait des fermetures des centres de formation que d’une dépréciation généralisée du métier. «Notre travail a été trop longtemps dévalorisé par l’État et l’enseignement» estime Bruno, charpentier et chef d’entreprise en région parisienne. «Les professeurs qui orientent les élèves ne connaissent plus nos métiers» déplore de son côté Pierre Alain Vacheret qui dénonce également la mauvaise réputation qui s’attache, à tort, au métier.

«Pas pour les andouilles»

« J’ai 42 ans quand je suis parti dans le bâtiment on disait que c’était pour les andouilles, en attendant il a fallu que je fasse des formations niveau ingénieur pour arriver à comprendre mon métier ».

Pierre Alain Vacheret, charpentier et dirigeant de l’entreprise Vernier.

«Les gens pensent encore qu’être ouvrier dans le bâtiment c’est être un manœuvre qui pousse une brouette et boit du vin à midi» s’indigne le dirigeant de l’entreprise Vernier qui poursuit : «j’ai 42 ans quand je suis parti dans le bâtiment on disait que c’était pour les andouilles, en attendant il a fallu que je fasse des formations niveau ingénieur pour arriver à comprendre mon métier».

Car c’est également cette grande technicité du métier qui explique les difficultés que rencontrent les recruteurs : un peu de bonne volonté, un sens pratique et une bonne condition physique ne suffisent pas à faire un bon charpentier. «Il faut 5 ou 6 ans d’expérience pour maîtriser le métier, explique Sébastien Méha, quand il faut implanter un bâtiment au laser au centimètre près il est indispensable de comprendre comme ça se passe». «Aujourd’hui il faut des gens avec une tête bien faite» confirme Pierre Alain Vacheret.

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Quelques reconversions

Cet art complexe attire d’ailleurs – même s’ils sont encore une petite minorité – de nouveaux profils. «On a de plus en plus de personnes en réorientation professionnelle» raconte Bruno, lui-même reconverti et qui compte deux anciens ingénieurs dans son entreprise. C’est aussi le parcours de Benoit qui, après une école d’ingénieur et un an d’expérience professionnelle chez Mano-mano, a finalement choisi de se tourner vers la charpente. «Ce travail manuel demande une certaine forme d’intelligence pratique que peut avoir un ingénieur» justifie Benoit, qui explique toutefois que sa reconversion a été d’abord motivée par le désir de faire un «métier du patrimoine». Le jeune homme, pour le moment en apprentissage dans une entreprise à Rennes, n’aura pas de mal à trouver un emploi par la suite. «On croule sous le boulot ! J’aimerais plus tard changer de région mais ce ne sera pas un problème, j’aurai l’embarras du choix». Passionné par son nouveau métier, Benoit parle volontiers autour de lui de son parcours. «Il y a de plus en plus de jeunes à la fac qui sont intéressés par ces métiers», assure le jeune charpentier qui a déjà convaincu son cousin, étudiant en philosophie, de s’inscrire dans un CAP charpentier à la rentrée prochaine.

Difficultés physiques et intempéries

Pour ces nouveaux venus il faudra cependant persévérer dans un métier aussi passionnant qu’exigeant. Une bonne condition physique est nécessaire même si le métier devient de plus en plus mécanisé avec l’utilisation des grues, échelles, treuils, etc. Pierre Alain Vacheret se veut d’ailleurs rassurant sur cette condition à remplir : «j’ai des jeunes femmes en formation dans l’entreprise , elles pèsent 50 kilos et s’en sortent aussi bien que des grands gaillards qui en font 100 ! » affirme le chef d’entreprise. Malgré tout, il faudra supporter neige, pluie, forte chaleur et tous les autres caprices de la météo : ceux qui construisent les toits n’ont nulle part où s’abriter des intempéries. Sur ce point, le dirigeant de l’entreprise Vernier dessine toutefois deux camps : «Il y a les gens négatifs qui vont voir que les gars sont mouillés sous la pluie et d’autres qui vont dire que quand les gars partent en vacances ils sont déjà bronzés».



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