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Finance

Comment la pandémie bouscule le marché des fusions et acquisitions



Le marché des fusions et acquisitions retient son souffle. Alors que les traces de la pandémie de Covid-19 sont désormais visibles dans les comptes des sociétés, plusieurs projets de « M & A » sont bousculés, voire compromis.

Lundi, Alstom a indiqué vouloir discuter avec Bombardier Transport, après avoir constaté que la société canadienne faisait face « à des difficultés », qui n’étaient pas connues en amont de l’annonce de l’acquisition le 17 février 2020, pour un prix alors fixé entre 5,8 et 6,2 milliards d’euros.

Le même jour, EssilorLuxottica annonçait que la gestion de la crise du coronavirus par GrandVision pourrait donner lieu à la résiliation de son offre de rachat du groupe néerlandais d’optique pour 7,2 milliards d’euros. Les deux parties s’affrontent au tribunal .

Renégociations

La semaine dernière, c’était Axa qui dévoilait l’annulation de la cession de sa filiale Axa Life Europe au fonds d’investissement Cinven, pourtant annoncée deux ans plus tôt pour 1,2 milliard d’euros. Le groupe a évoqué « une transaction particulièrement complexe » et les effets du Covid-19 pour justifier ce retrait.

« Il y a un vrai sujet sur les valorisations entre les vendeurs, qui veulent conserver les prix d’avant la crise, et les acheteurs, qui voient les résultats trimestriels qui baissent et les perspectives incertaines », résume Yann Krychowski, coresponsable de Barclays en France, en Belgique et au Luxembourg. De fait, le plongeon des marchés en mars a fait vaciller les capitalisations boursières de nombreuses entreprises, ensuite fragilisées par les effets du confinement.

Certains acheteurs ont dû faire marche arrière face à l’effondrement des Bourses au printemps qui rendait intenables les prix proposés. En mai, l’assureur français Covéa a dû renoncer à racheter le réassureur PartnerRe à Exor (le fonds de la famille Agnelli) pour 9 milliards de dollars. Frappé par la fermeture du trafic aérien, Boeing a, de son côté, renoncé en avril à acheter l’avionneur brésilien Embraer pour 4,2 milliards de dollars.

En charge des fusions et acquisitions au sein de la filiale française de Goldman Sachs, Jérémie Marrache juge la situation plus contrastée qu’elle n’en a l’air. « Il y a quelques cas particuliers qui cristallisent l’attention mais la grande majorité des opérations annoncées avant le Covid-19 se sont bien tenues », dit-il.

Toutes les opérations ne sont pas remises en cause, mais certains acheteurs ont envisagé de renégocier. C’est le cas de LVMH (propriétaire des « Echos ») et de son projet d’acquisition du joaillier américain Tiffany pour 16 milliards de dollars, qui doit être finalisé d’ici au 24 août.

Opérations récentes

Touchés de plein fouet par la crise, PSA et FCA doivent encore évaluer les effets de la pandémie sur leur activité et leurs valorisations respectives avant le closing de leur fusion, prévue d’ici à mars 2021. « Ce qui va se passer au deuxième semestre sera donc très important », déclarait récemment Carlos Tavares, le patron de PSA.

Les banquiers veulent toutefois voir dans les récentes annonces l’amorce d’une reprise, après la chute de 41 % du marché mondial du M & A au premier semestre, à son niveau le plus bas depuis 2013 selon Refinitiv.

Le propriétaire japonais de la chaîne de magasins 7-Eleven a ainsi annoncé l’acquisition des stations essence américaines Speedway pour 21 milliards de dollars. Fin juillet, le norvégien Adevinta (maison mère de Leboncoin) a lancé l’acquisition des petites annonces de Ebay moyennant 9,2 milliards de dollars.

« Il y a pas mal d’opérations qui avaient été retardées par le Covid, souligne Jérémie Marrache. Beaucoup d’entreprises se remettent au travail et regardent des opportunités potentielles. Selon l’apparition ou non d’une deuxième vague, il n’est pas exclu qu’on assiste à une vraie reprise à l’automne ».

L’argent bon marché avec des taux durablement bas et l’évolution des taux de change, qui pourrait être favorable aux Européens, devrait aider le mouvement. Sur le plan juridique, des clauses plus strictes pourraient aussi être prévues dans les contrats pour tenir compte de la pandémie.



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