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Finance

Comment la protection des fonds marins a permis au Bélize de restructurer sa dette



Publié le 19 nov. 2021 à 18:28

La protection de l’environnement peut parfois venir au secours des Etats les plus fragiles. Le Bélize, ce petit Etat d’Amérique centrale connu pour la beauté de ses fonds marins , mais extrêmement dépendant du tourisme (40 % du PIB), s’est retrouvé dans une situation dramatique en 2020. Sur le point de faire défaut sur un emprunt obligataire de 553 millions de dollars, il avait commencé par négocier avec ses créanciers le report du paiement des intérêts à l’échéance de la dette, en 2034. Le pays a déjà restructuré sa dette 5 fois en 15 ans.

Mais le 5 novembre dernier, le Bélize est finalement parvenu à un accord pour racheter sa dette à ses créanciers. Avec une décote importante : il a payé les titres 55 % de leur valeur faciale. Pour financer ce rachat, il a bénéficié du soutien de l’ONG américaine, The Nature Conservancy. Celle-ci a soucrit un nouvel emprunt obligataire de 364 millions de dollars émis par le Bélize. Sa particularité ? Il s’agit d’un « blue bond », dédié à la préservation des océans.

Allégement de la dette

Cette obligation bleue a été structurée par Credit Suisse et assurée contre le risque politique à hauteur de 610 millions de dollars. Cette garantie, fournie par la Development Finance Corporation (DFC), l’agence de développement des Etats-Unis, couvre à la fois le principal et les intérêts du prêt. Le Bélize doit rembourser The Nature Conservancy sur une période de 19 ans avec un rendement de 6,1 %.

Cet accord va non seulement permettre au Bélize de rembourser ses créanciers mais aussi de protéger ses fonds marins. Le pays dispose de la deuxième plus grande barrière de corail au monde derrière l’Australie et abrite pas moins de 77 espèces animales menacées.

Le gouvernement s’est engagé à mettre en place une dotation de 23,4 millions de dollars destinée à financer des projets de conservation marine ainsi qu’à faire passer 30 % de sa surface océanique en zone protégée. Quatre millions de dollars supplémentaires par an, pendant 20 ans, seront également versés sur un fonds visant à préserver l’océan et le littoral du pays.

Au total, la DFC estime que l’accord générera 180 millions de dollars destinés à la protection et à la gestion du milieu marin, à la restauration des récifs coralliens et des mangroves, ainsi qu’à la diversification économique, au tourisme et à la pêche durable.

Une opération gagnant-gagnant

« Nous avons pensé que cette obligation bleue était une très bonne idée car c’est une opération gagnant-gagnant, explique Cecely Hugh, conseil en investissement sur la dette émergente chez Abrdn, l’un des créanciers du Belize. « Elle aide le Belize à réduire sa dette en même temps qu’elle l’aide à protéger l’environnement marin », poursuit-elle.

« Nous n’avons pas hésité à donner notre feu vert », explique également Luc d’Hooge, responsable de la dette émergente chez Vontobel AM, un autre créancier du Bélize. Il précise qu’outre l’aspect écologique, l’offre financière de rachat avec décote était déjà très acceptable.

Une garantie importante et des engagements réels

« Il y a déjà eu d’autres opérations comme celle-ci, mais les montants étaient nettement moins importants. Ce qui rend celle-ci exceptionnelle, c’est le montant de la transaction », estime Claudia Calich, responsable de la dette émergente chez M & G. Une opération similaire avait eu lieu aux Seychelles en 2018 mais seulement sur 15 millions de dollars. Elle note aussi que l’opération a été largement favorisée par le montant de la garantie. « C’est assez inhabituel et cette garantie réduit considérablement le risque du financement », explique Claudia Calich.

D’autres pays émergents pourraient être tentés de recourir à ce genre de restructuration de dette contre des engagements écologiques. Toutes les situations sont différentes rappelle cependant Cecely Hugh, chez Abrdn. « Pour le Belize, il y avait une motivation politique très claire, car la conservation marine peut apporter un avantage considérable au pays.

La structure du capital était assez simple : 75 % des détenteurs d’obligations devaient accepter une décote, et ensuite la dette pouvait être restructurée », détaille-t-elle. Cecely Hugh insiste enfin sur l’importance des acteurs impliqués : « l’obligation bleue a été placée sous la supervision de The Nature Conservancy et repose sur de vrais engagements et non de vagues promesses. »



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