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Finance

Comment les assureurs ont repensé la couverture du terrorisme après le 11 Septembre



Publié le 10 sept. 2021 à 12:00

Le 11 septembre 2001 a ébranlé tout le monde, y compris les experts en catastrophes hors normes que sont les réassureurs. « On ne pensait pas qu’un aussi petit nombre de personnes puisse et surtout veuille causer de tels dommages », explique « aux Echos » Christian Mumenthaler, patron du géant de la réassurance Swiss Re.

Celui-ci se souvient d’avoir assisté à l’effondrement des tours jumelles de New York sur son écran d’ordinateur. Pour l’industrie, l’attentat reste, de loin, la catastrophe d’origine humaine la plus coûteuse de l’histoire, avec 28 milliards de dollars de pertes assurées, selon Swiss Re. De quoi faire plonger les résultats des réassureurs dans le rouge.

Grand ménage dans les polices

Mais ce n’est pas seulement le coût qui a frappé le secteur. « Cela a changé profondément notre perception du risque », résume Christian Mumenthaler. « Le choc a été de réaliser que de très nombreuses branches de l’assurance pouvaient être touchées par un même événement », détaille Corinne Van Peuter-Couet, responsable réassurance chez le courtier Marsh France.

Qui plus est, ce coup de massue est intervenu à quelques mois du renouvellement des contrats d’assurance des entreprises. « Tout le monde a été un peu perdu et tout le monde a arrêté de souscrire [des risques] pendant quelque temps. C’est sûr qu’au 31 décembre 2001, beaucoup d’entreprises n’étaient pas assurées », poursuit-elle.

Les réassureurs et assureurs n’ont plus voulu couvrir les dégâts du terrorisme. Ils ont réalisé que ce risque n’était pas bien isolé dans les contrats dommages. Le 11 Septembre a donc donné lieu à un grand ménage dans les polices et provoqué une hausse des prix.

Cela a changé profondément notre perception du risque

Christian MumenthalerCEO de SWISS RE

Des polices d’assurance dédiées

« C’est vraiment le 11 Septembre qui est à l’origine de la structuration du marché de l’assurance terrorisme », insiste Sandrine Pierron-Loubens, responsable terrorisme et violence politique chez Marsh France. Aujourd’hui, les assureurs proposent des polices dédiées au terrorisme et peuvent couvrir aussi plus largement les violences politiques, comme les émeutes.

Au fil des années et devant le faible nombre d’attentats de très grande ampleur, la tension sur le marché est retombée. « Aujourd’hui il y a une offre d’assurance contre le terrorisme et autres violences politiques qui croît d’année en année. Ce ne sont pas des garanties qui sont chères », estime Jean-Luc Debievre, directeur chez le courtier Gras Savoye Willis Towers Watson.

Le 11 Septembre a par ailleurs poussé le secteur à se doter de structures de partage des risques spécifiques au terrorisme dans de nombreux pays. C’est notamment le cas en France. Faute de pouvoir s’appuyer sur des réassureurs fuyant ce type de risques, les assureurs se sont trouvés démunis pour se protéger.

Bombe sale

Pour pallier cette situation, le secteur a mis en place un système public-privé de réassurance qui est encore sur pied aujourd’hui. «Les assureurs avaient le couteau sous la gorge. C’étaient des discussions très intenses», souligne Nicolas Boudias, délégué général de l’Association des professionnels de la réassurance en France (APREF).

« En trois mois, on a créé le groupement de Gestion de l’assurance et de la réassurance des risques attentats et actes de terrorisme (Gareat) qui a pu être opérationnel au premier janvier 2002 », complète Elisabeth Rousseau, secrétaire générale de cette structure.

Le Gareat a été relativement peu sollicité à ce jour. Résultat, la Caisse centrale de réassurance (CCR) , le réassureur public qui le soutient, a pu engranger des réserves. Le système français a cependant la particularité de couvrir les dégâts matériels du terrorisme y compris en cas de « bombe sale ».

Car il peut intervenir quand des terroristes ont recours à des agents nucléaires, biologiques, chimiques ou radiologiques. « En cas de scénarios extrêmes, on sait que les dommages pourraient aller bien au-delà des réserves constituées par CCR », note Antoine Quantin, directeur des réassurances et fonds publics chez le réassureur public.



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