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Economie

Contre le travail illégal, les plateformes de livraison proposent une «charte d’engagement»


Lors d’une réunion avec les ministres du Travail et des Transports, ce mardi, les plateformes ont avancé plusieurs pistes pour lutter contre les fraudes et la sous-location de comptes.

La lutte contre le travail illégal sur les plateformes de livraison de repas à domicile va s’accentuer. Ce mardi matin, les ministres du Travail et des Transports ont reçu plusieurs acteurs du secteur – Frichti, Deliveroo, Stuart et Uber Eats -, afin de faire un point sur les dispositifs en place contre la «sous-location irrégulière de comptes» et de discuter des outils à renforcer pour limiter les abus.

La réunion de mardi était l’occasion de dresser un «état des lieux de ce qui existe, des mesures déjà en place», explique au Figaro le general manager d’Uber Eats en France, Bastien Pahus. L’ensemble des plateformes sont «déterminées à aller plus loin», se félicite le représentant, qui précise que l’exécutif n’a pas tapé du poing sur la table, mais a souhaité renforcer la coopération entre les plateformes. Même constat positif chez Deliveroo : un porte-parole de l’entreprise salue un «échange constructif, permettant de présenter l’ensemble des moyens supplémentaires que nous proposons de mettre en œuvre pour lutter contre ce phénomène».

Dans un communiqué, mardi soir, la rue de Grenelle précise que «plusieurs actions» ont été proposées par les entreprises aux ministres. D’abord, la mise en place par les plateformes elles-mêmes de «mécanismes plus performants, permettant de mieux déceler les anomalies et les fraudes». Il pourra par exemple s’agir de contrôles de données bancaires des coursiers ou de systèmes de reconnaissance faciale afin de vérifier l’identité du livreur. Ensuite, le «renforcement de la collaboration avec les services de l’État», qu’il s’agisse des forces de police ou de la direction générale du Travail. Enfin, la création d’une «charte d’engagement des plateformes», signée largement, et qui devra permettre de «susciter une dynamique vertueuse dans le secteur, intégrant des actions communes de lutte contre les fraudes».

«Le plan d’actions présenté par les différentes plateformes concernées est une première étape qui devra être suivie d’effets rapides et concrets pour offrir de meilleures conditions de travail aux livreurs et mettre fin aux pratiques inacceptables qui ont été observées dans le secteur», a commenté la ministre du Travail, Élisabeth Borne, citée dans le communiqué. Son collègue chargé des Transports a quant à lui estimé que «le développement de ce modèle passe par le plein exercice de la responsabilité des plateformes vis-à-vis des livreurs».

Un problème connu de longue date

Une première rencontre avait eu lieu en juillet dernier. Le gouvernement se penchait sur «l’exercice illégal de la profession» de livreur, et demandait aux acteurs de revenir avec des pistes pour «corriger ces pratiques». Ce problème est connu depuis de longues années : les acteurs du secteur de la livraison de repas à domicile sont régulièrement pointés du doigt par les utilisateurs, les autorités et les livreurs eux-mêmes, qui les accusent de mettre des moyens insuffisants dans le combat contre la fraude et les formes de travail illégal. Un mineur peut par exemple falsifier des documents pour faire des livraisons malgré son jeune âge, ou un étranger ne pouvant travailler en France peut sous-louer un compte, moyennant un paiement au propriétaire du compte. Certains cas médiatiques, comme celui de livreurs de Frichti, révélé par Libération , ont récemment mis l’accent sur ces situations précaires.

Au fil des ans, alors que les contrôles s’intensifiaient, les techniques se sont aussi diversifiées : sous-location illégale de comptes, notamment par des étrangers sans papier n’ayant pas le droit de travailler en France, vente de comptes sur les réseaux sociaux, manipulation de documents pour valider un compte… Les géants du secteur font face à des fraudeurs prêts à employer les grands moyens.

Le mal est connu, mais son ampleur l’est moins. Difficile de cerner précisément le nombre de fraudeurs, tant ceux-ci cherchent à rester sous les radars. Les plateformes le reconnaissent cependant sans ambages : «c’est un phénomène réel». Uber Eats détecte ainsi, chaque mois, entre 300 et 500 comptes présentant une «anomalie», et qui doivent être supprimés. Les coursiers le constatent sur le terrain : «il y a deux ans, se souvient un livreur syndiqué du sud-ouest de l’Hexagone, la flotte de ces plateformes était plutôt blanche, des gens qui avaient le choix, des étudiants, des personnes faisant cela par passion du vélo. Aujourd’hui, c’est plutôt une population de travailleurs d’origine immigrée, qui travaille sans papier et sous-loue des comptes».

Selfie, charte commune, vérification de documents…

Les plateformes agissent déjà pour lutter contre le travail illégal, assurent-elles. Deliveroo compte «avancer en coopération avec les pouvoirs publics sur la question de la sous-traitance illégale». Uber Eats a déjà mis en place plusieurs processus contre la fraude, comme un selfie exigé des livreurs, «au moins une fois par semaine», de manière aléatoire, depuis fin 2019. Si la personne se prenant en photo n’est pas la même que celle ayant créé le compte, «celui-ci est temporairement désactivé». Le géant vérifie également les documents transmis par les livreurs au moment de leur inscription, dont leur numéro SIRET et leur carte d’identité. Désormais, le groupe va aussi employer un outil technologique pour analyser ces documents, «identifier les similitudes entre les documents envoyés par différents coursiers», par exemple, ou repérer des éléments «non reconnaissables à l’œil nu», permettant de distinguer les éléments falsifiés.

Lors de la réunion, Uber Eats a souhaité «que tout le monde joue le jeu», en partageant les mêmes niveaux d’exigence. Le groupe a soutenu le principe d’une «charte commune» homogénéisant les pratiques. Une simplification qui aiderait également ses livreurs, qui travaillent pour les deux tiers pour plusieurs plateformes dont les règles divergent aujourd’hui. Le géant américain s’est aussi prononcé pour que chaque plateforme réalise un «audit de tous ses comptes», afin de les réévaluer au prisme de règles nouvelles, plus restrictives. «Rien que pour Uber Eats, cela représente environ 50.000 comptes à revoir», note le dirigeant, un travail que l’entreprise pourrait démarrer d’ici la fin de l’année, et poursuivre durant le premier semestre 2022.

Si les échanges entre les participants ont été constructifs, ce travail est cependant loin d’être terminé. «Nous en sommes au début du processus», tempère Bastien Pahus. «Nous avons convenu de nous revoir à échéance régulière», affirme un représentant de Deliveroo. Des «réunions de suivi et de bilan des actions engagées» sont d’ores et déjà promises par les ministères concernés, afin que ces engagements se concrétisent bien dans les faits.



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