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Economie

Des dizaines de milliers de porcs britanniques menacés à cause des pénuries de main-d’œuvre


Conséquences du Brexit et de la pandémie, ces pénuries obligent les abattoirs et les usines à lever le pied.

Alerte sur les cochons. Outre-Manche, l’inquiétude gagne les éleveurs de porcs, frappés vivement par une «tempête parfaite» combinant divers facteurs affectant leur activité. Manquant de main-d’œuvre, la filière se retrouve en difficulté, a alerté la National pig association (NPA), qui représente les producteurs de porc britanniques. Et les conséquences risquent de se ressentir dans les rayons comme sur les tables des consommateurs.

Faute de personnel en nombre suffisant pour s’occuper des animaux, les activités en aval des éleveurs de porc, dont les abattoirs et les usines, ont été forcées de lever le pied. Une décision lourde de conséquence pour les agriculteurs : les éleveurs de porcs doivent «garder les porcs à la ferme plus longtemps que la normale», souligne la NPA dans un communiqué. Le retard s’est peu à peu accumulé, les porcs les plus anciens devant être abattus en priorité et traités par les usines. «Les arriérés commencent à s’accumuler dans les fermes», s’inquiète la patronne de l’organisation professionnelle, Zoe Davies. Selon la profession, un surnombre de 85.000 porcs était dénombré dans les élevages britanniques, début septembre, «un nombre qui augmente d’à peu près 15.000 par semaine».

Ce retard a un coût : les éleveurs doivent nourrir davantage de porcs, augmentant leurs dépenses, alors que leurs recettes décroissent, le cours du porc ayant baissé. Ils devront également payer un surcoût à l’abattoir, les animaux ayant grossi au fil du temps. En outre, les matières premières fourragères restent chères suite à de mauvaises récoltes, une situation qui ne devrait pas s’améliorer ce trimestre, selon la NPA. Autant d’éléments qui forcent les producteurs à puiser dans leurs caisses en attendant un déblocage de la situation.

Malgré une demande vigoureuse de la part des consommateurs, les porcs se font donc plus rares, la chaîne étant grippée. «Cela conduira à des étalages vides, ce qui entraînera probablement plus d’importations, à un moment où les consommateurs recherchent plus que jamais auparavant du porc britannique», note Zoe Davies. Un véritable gâchis, aux yeux des producteurs : ils ont perdu «environ 116 millions de livres sterling au cours des six premiers mois de l’année», constate son organisation.

Brexit et Covid-19 mis en cause

Pour la filière, plusieurs éléments viennent expliquer ce retard progressif. D’abord, certaines liées au Brexit : de «nouvelles règles plus strictes concernant les travailleurs européens» recrutés au Royaume-Uni sont notamment mises en cause par la profession. En outre, la pandémie a également infligé un coup dur au secteur, une partie des travailleurs ayant quitté ce domaine, d’autres, considérés comme des cas contact, étant forcés de s’isoler. «Nous sommes devenus dépendants de personnes travaillant pour nous, venant d’un autre pays, puis, lorsque les restrictions liées au Covid ont été levées, nous avons vu ces travailleurs repartir dans leur pays d’origine voir leur famille, perdant toute cette main-d’œuvre», a résumé Zoe Davies à nos confrères de Business Insider.

À VOIR AUSSI – Entre Brexit et pandémie, le Royaume-Uni s’inquiète d’un manque de chauffeurs routiers

Les producteurs de porc ne sont pas les seuls à se retrouver en difficulté : début août, les producteurs de volailles ont également tiré la sonnette d’alarme. «Les entreprises font état d’un taux d’absence moyen de plus de 16% de leur main-d’œuvre totale», s’est inquiété le British poultry council, dans un communiqué. La production de poulet a donc été réduite, et la production de dindes attendues pour les fêtes de Noël est aussi menacée. «Il incombe à notre gouvernement de réparer cette débâcle catastrophique», a martelé Richard Griffiths, patron de l’organisation.

Les difficultés sont éprouvées dans l’ensemble du secteur. Dans un rapport publié en août, de nombreuses organisations professionnelles britanniques de l’agroalimentaire – dont la NPA – notaient que 1,3 million de travailleurs étrangers ont quitté le Royaume-Uni depuis le début de la pandémie, et qu’il est «peu probable que ceux-ci reviennent un jour». Sur les quelque 2,3 millions de citoyens européens travaillant au Royaume-Uni, environ «un cinquième» travaillait dans l’industrie agroalimentaire. Leur absence est donc vivement remarquée : de nombreux pans de la chaîne sont concernés, jusqu’aux chauffeurs de camions, attirés par les géants de la vente en ligne qui leur proposent des salaires plus attractifs.

Le secteur agroalimentaire attend donc des actions fortes de Londres pour se sortir de ce guêpier. Les industriels suggèrent notamment la mise en place d’un «Covid-19 recovery visa», durant un an : aux contours encore imprécis, ce dernier permettrait de faciliter le recrutement d’étrangers pour des postes considérés comme essentiels. Il s’agirait d’une réponse à court terme, le temps que les entreprises «recrutent et forment du personnel» britannique. Mais ces appels n’ont pas encore emporté l’adhésion du gouvernement, estime la profession. Sans amélioration, des «porcs en parfaite santé vont être abattus et gâchés», avertit la NPA.



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