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Finance

Dette : La France se finance à nouveau à taux positif



Le retour des taux français en territoire positif se confirme et la parenthèse de presque 2 ans pendant laquelle les investisseurs étaient prêts à payer pour détenir de la dette tricolore à long terme commence à se refermer. Ce jeudi, Bercy a émis 6,81 milliards d’euros d’obligations assimilables du Trésor (OAT) à 10 ans. Et cela lui a coûté un peu plus cher que les dernières fois. Le placement des titres – l’échéance de 10 ans est la référence pour les emprunts à long terme – s’est fait à un taux de 0,13 %.

Le rendement à l’émission de la France avait déjà fait quelques passages au-dessus de 0 %, au printemps dernier. Mais pour trouver un coût d’emprunt supérieur sur cette maturité, il faut remonter à juin 2019. Pour le moment, pour la dette plus « courte » (échéances allant jusqu’à 7 ans), les taux de marché restent négatifs.

Cette évolution n’est pas vraiment une surprise. A l’instar de l’ensemble des pays de la zone euro , la France a vu ses taux grimper de façon quasi continue depuis le début de l’année sur le marché secondaire . Ils avaient commencé à remonter en janvier et février, entraînés par la hausse des rendements américains , sur fond de retour de l’inflation outre-Atlantique.

Rebond économique

Depuis, la dynamique a trouvé des relais sur le Vieux-Continent. « Malgré un démarrage dont la lenteur a été critiquée, les campagnes de vaccination en Europe commencent à afficher des résultats encourageants, et l’on peut s’attendre à un fort rebond économique d’ici à la fin de l’année. Celui-ci ne s’est pas encore traduit entièrement dans les taux qui restent à des niveaux très bas », estime Jean-Christophe Machado, stratégiste taux chez Natixis.

De quoi susciter, chez les investisseurs, un sentiment de retour à la normale. Dans leur ensemble, les taux allemands et français ont en effet retrouvé peu ou prou, leurs niveaux d’avant la crise. Et les stratégistes envisagent un taux à 10 ans français autour de 0,3 % d’ici la fin de l’année.

Certains mécanismes de marché se remettent aussi en place. C’est notamment le cas de la corrélation entre les rendements des Bunds allemands et des Treasuries américains. « Traditionnellement, quand les taux américains montent, les taux allemands suivent le mouvement, dans une proportion un peu plus faible, témoigne Stéphane Déo, responsable de la stratégie de marché chez Ostrum AM. Ces derniers mois, les interventions de la Banque centrale européenne avaient cassé ce lien. Mais il reprend de la vigueur. »

Moindre intervention de la BCE

La BCE, même si elle reste très attentive au fait qu’une hausse brutale et injustifiée des taux pourrait tuer dans l’oeuf la reprise en zone euro, semble relâcher la pression sur les marchés. « Bien qu’elle s’en défende, la banque centrale avait mis de facto en place une forme de contrôle des courbes de taux pendant la crise, analyse Stéphane Déo. Elle s’en éloigne désormais. »

Christine Lagarde, la présidente de l’Institution de Francfort, avait promis en mars une hausse significative des achats d’obligations réalisées dans le cadre de son programme d’urgence pandémie (PEPP) pour maintenir à des niveaux faibles les coûts d’emprunts dans la zone euro. Et de fait, leur rythme a augmenté passant d’environ 14 milliards à 18 milliards d’euros par semaine en moyenne. Mais ce montant reste un peu en retrait de ce à qui s’attendaient les investisseurs. Ce qui pourrait signifier qu’elle n’est pas inquiète de la situation actuelle.

Nouveaux risques

Mais la situation pourrait se tendre dans les prochaines semaines. Les marchés vont peut-être vouloir tester la détermination de la banque centrale à poursuivre ses achats au même rythme. La décision devrait être prise lors de sa réunion du 10 juin, qui s’annonce houleuse, certains membres du Conseil des gouverneurs ayant déjà appelé à un arrêt du PEEP au troisième trimestre.

Et en France, la perspective de l’élection présidentielle pourrait déjà commencer à peser sur les taux. Il y a cinq ans, l’hypothèse d’une victoire de Marine Le Pen avait effrayé les investisseurs, notamment étrangers. Ces derniers devraient se montrer très attentifs aux résultats des élections régionales et départementales. « En cas de mauvais score de la République en marche et de poussée des extrêmes, ce risque pourrait se manifester de façon anticipée », explique Jean Christophe Machado.



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