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Finance

EXCLUSIF – Les banques centrales, mauvaises élèves de la lutte contre le réchauffement climatique



Publié le 24 nov. 2021 à 6:01

« Faites ce que je dis, pas ce que je fais. » En matière d’investissement destiné à lutter contre le réchauffement climatique, les grandes banques centrales sont plus promptes à imposer des règles au secteur privé qu’à se les appliquer à elles-mêmes, souligne une étude de l’ONG Reclaim Finance que « Les Echos » ont obtenue en exclusivité.

« On a de grands discours des banques centrales sur le climat qui demandent – avec raison – aux acteurs privés de mieux prendre en compte les enjeux environnementaux. Elles leur demandent d’investir de façon durable et d’intégrer le risque lié au changement climatique, alors que de leur côté elles ne le font pas pour leurs propres investissements », regrette Paul Schreiber, de Reclaim Finance.

Le jugement peut paraître sévère. Mais, de fait, un quart seulement des banques centrales des pays du G20 et de l’Eurosystème (qui regroupe la Banque centrale européenne et les banques centrales nationales des pays de la zone euro) affichent des objectifs d’investissement responsable (ISR) pour la gestion de leurs actifs non liés à la politique monétaire.

Forte opacité

C’est très peu, quand on considère que ces portefeuilles (fonds propres, gestion des retraites, gestion pour compte de tiers) ne sont pas soumis aux règles strictes encadrant la politique monétaire. Leurs stratégies d’investissement peuvent donc être facilement modifiées. De plus, comme le souligne Reclaim Finance, « la plupart des acteurs privés vont déjà au-delà de la notion d’ISR, et réalisent des investissements ciblés en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique ». De quoi s’interroger sur la crédibilité de ces banques centrales en matière d’engagement sur le climat.

Sur les quatorze instituts monétaires affirmant procéder à des investissements responsables, neuf sont très opaques sur les critères qu’ils utilisent, et sur la façon dont ils les respectent, selon le rapport. La BCE, dont la présidente – Christine Lagarde – est très fortement attachée aux enjeux environnementaux, et qui a créé cette année son centre sur le changement climatique , fait partie du nombre. Ses grands homologues prennent moins de risques. Qu’il s’agisse de la Réserve fédérale, de la PBOC chinoise, de la Banque d’Angleterre ou de la Banque du Canada, aucune ne se réclame d’une gestion ISR pour leurs actifs propres.

Exception française

La Banque de France fait exception. Elle est la seule à avoir adopté une stratégie visant à limiter le réchauffement climatique , en alignant ses portefeuilles sur un objectif de réchauffement de 1,5 °C comme le préconise l’accord de Paris, en s’opposant à tout nouveau projet de développement d’énergies fossiles et en réduisant son soutien aux acteurs du secteur. « Même si tout n’est pas parfait, la Banque de France doit servir de modèle pour les autres », estime Paul Schreiber.

Outre la Banque centrale française, seules celles de Slovénie, d’Allemagne et de Suisse affichent des objectifs de limitation des énergies fossiles. Mais de façon insuffisante pour ces trois dernières, affirme l’ONG.



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