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Economie

furieux, les professionnels descendent pour la première fois dans la rue


«On marche sur la tête ! On nous fait fermer alors qu’il n’y a pas de cluster ni de taux de contamination élevés dans nos salles !» Au téléphone, Guillaume Schroll, le vice-président de FranceActive, le syndicat professionnel des entreprises des activités physiques de loisirs ne cache pas sa colère. Son organisation se bat depuis plusieurs jours contre la fermeture imposée par l’exécutif des salles de sport dans les zones «en alerte renforcée» afin de lutter contre l’épidémie de coronavirus. Désormais, le combat se poursuit dans la rue. En parallèle, les représentants des salles de sport doivent être reçus ce vendredi à 13h30 au ministère de la Santé.

Pour la première fois, les salles de sport ainsi que de nombreux représentants de la filière sport et bien-être manifestent à Paris, main dans la main. Les professionnels s’insurgent contre une fermeture qui risque de les mettre à genoux économiquement et qu’ils estiment injustifiée d’un point de vue sanitaire.

Le représentant de FranceActive nous répond depuis un TGV, en route pour rejoindre la manifestation parisienne. «Le monde du fitness a déjà fait des efforts considérables, qui ont coûté cher aux salles, alors même que notre bilan sanitaire est bon», juge-t-il, rappelant le faible niveau de contamination dans ces lieux. Son constat est partagé par de nombreux acteurs de la profession. «Les chiffres des cas de contamination montrent que tout ce qui a été mis en place fonctionne. Nos chiffres sont bons», plaide la cofondatrice de l’enseigne Neoness, Céline Rémy-Wisselink, elle aussi en route vers la manifestation. «Nous avons déjà mis en place toutes les mesures nécessaires», abonde le directeur général adjoint de son concurrent Keep Cool, Thomas Monnier.

Les salles dénoncent notamment un «amalgame» réalisé par le gouvernement, qui les aurait associés aux associations sportives pour définir les restrictions, et ce malgré une situation et un fonctionnement différent. «On s’est aperçu que la décision de fermer les salles avait été prise sur la base d’une note de Santé Publique France, qui utilisait beaucoup le conditionnel, et qui disait que les clubs de foot et de rugby avaient donné lieu à un grand nombre de clusters. Mais ceux-ci n’ont rien à voir avec les salles !» s’insurge le délégué général de l’Union Sport Cycle, Virgile Caillet. Avant de critiquer la «précipitation et la maladresse» du gouvernement. «Ils nous ont mis dans le même panier», confirme la dirigeante de Neoness.

Économiquement, la situation des salles est pour le moins tendue. Un maintien de la fermeture serait donc «catastrophique», indiquent nos interlocuteurs. «C’est un désastre. Le modèle économique d’une salle repose en grande partie sur la rentrée, où une bonne partie des abonnements se fait. Quand on les ferme à cette période, non seulement cela fragilise toute l’année, mais c’est comme fermer un magasin de jouets en décembre», soupire Virgile Caillet. «Chaque jour de fermeture ampute notre chiffre et érode la confiance des pratiquants, qui n’étaient déjà pas totalement revenus après le confinement. Ceux qui avaient de la trésorerie s’en sortent, pour le moment, mais beaucoup sont sur la sellette», s’inquiète Guillaume Schroll. Le représentant de FranceActive ajoute que 100 salles ont mis la clé sous la porte, après le déconfinement.

En outre, la fermeture des salles risque d’avoir un effet boule de neige pour l’ensemble de la filière, des cours aux équipements en passant par les distributeurs. «On met à mal toute une filière, qui était pourtant dynamique», met en garde l’Union Sport Cycle. «Tous les acteurs nous font remonter leur mécontentement», note son représentant. De plus, les salles mettront un moment avant de reconstituer leur portefeuille d’abonnés : la remontée de la pente n’est donc pas pour tout de suite.

Vers de nouvelles restrictions ?

Furieux d’avoir été «stigmatisés» et inquiets pour la survie de leurs établissements, les acteurs du monde du sport se veulent «pragmatiques». Un triple combat s’est engagé avec le gouvernement : dans les tribunaux, où les arrêtés préfectoraux imposant aux salles de fermer sont contestés un peu partout en France ; dans la rue, à Paris, ce vendredi ; et dans les ministères, afin de convaincre les autorités de laisser l’activité reprendre.

Les salles sont même prêtes à adopter de nouvelles restrictions pour arracher l’autorisation de rester ouvertes, même en zone d’alerte renforcée, à l’instar de ce qu’ont proposé les restaurateurs, dans la même situation. «Les gérants de bars et restaurants veulent proposer de mettre en place des registres. Or, nous en avons déjà, nous avons des logiciels qui nous permettent de savoir minute par minute, espace par espace, qui entre et sort dans le club. Ce serait surréaliste de permettre aux restaurateurs d’ouvrir parce qu’ils ont des registres papiers, alors que nous en avons aussi !» réagit la cofondatrice de Neoness, qui plaide pour une «sortie par le haut» de la crise. «Nous ne sommes pas obtus à l’idée de remettre une couche. Oui, cela sera contraignant, mais nos adhérents pourront au moins revenir faire du sport dans nos salles», commente son homologue de Keep Cool.

Si la ministre du Sport semble comprendre les difficultés des salles, «tout se joue au niveau du ministère de la Santé». Or ce dernier se montre plus fermé, voire «méprisant», selon certains : «nous stigmatiser, c’est un scandale», siffle un acteur. «Leurs arguments sont faibles, démesurés», lâche un autre. «Il y a un problème de connaissance et de compréhension des mécanismes du sport», regrette un troisième.

La colère est là, palpable. «C’est du jamais vu. C’est la première fois que tous les membres de la filière se retrouvent dans la rue, c’est un signe que la colère gronde chez les salariés, les clients et les patrons. On espère qu’ils l’entendront», déclare FranceActive. Les représentants appellent le ministre de la Santé, Olivier Véran, à accepter de les rencontrer à l’issue de la marche d’aujourd’hui. À défaut d’obtenir la réouverture des établissements, ils demandent au gouvernement de les aider sur le long terme, le temps que leurs comptes reviennent dans le vert. «L’État doit nous accompagner, nous n’avons plus aucune rentrée d’argent alors que nous avons des charges fixes à payer. Nos clients résilient, fatigués des évolutions incessantes. Il nous faudra du temps pour reconstituer notre base client, sans compter que le «bashing» récent des autorités sur la pratique du sport ne nous a pas aidés», déclare Céline Rémy-Wisselink. Pour ces professionnels, le combat se poursuit donc, et il promet d’être sportif.



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