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Economie

«J’achète ici parce que je sais d’où viennent les produits»


REPORTAGE – À rebours du développement du commerce en ligne, La Ruche qui dit Oui! ouvre sa première boutique en dur, un lieu de convivialité pour manger local au cœur de la ville de Sceaux.

«Les grandes surfaces c’est fini, j’ai changé ma conception de la consommation». Annick, voisine de la nouvelle boutique de La Ruche qui dit Oui! à Sceaux l’a découverte avec bonheur. Une autre cliente ajoute: «j’achète ici parce que les produits sont de qualité, et on sait d’où ils viennent». Et Bénédicte, responsable de la boutique confirme: «les gens reviennent parce que tout est bon, c’est super positif». Qu’ils soient adeptes de la consommation bio et locale, ou simplement attirés par les cagettes en plastiques aux couleurs vives où s’entassent des légumes aux formes étranges, les clients tournent dans la petite boutique aux airs d’entrepôts, installée depuis un peu plus d’un mois dans une rue commerçante de Sceaux.

Depuis dix ans La Ruche qui dit Oui ! met en relation producteurs locaux et consommateurs qui passent leurs commandes en ligne avant de venir les chercher dans un point relais, une « Ruche », un lieu ouvert à l’initiative de tous ceux qui le désirent, comme un marché éphémère où se rencontrent directement producteurs et consommateurs. À rebours de la tendance actuelle, la Ruche qui dit Oui ! diversifie donc aujourd’hui ses canaux en passant de la vente en ligne à la boutique «en dur». Elle espère ainsi rendre plus accessible une alimentation locale et agroécologique encore réservée aux initiés.

Philippe Crozier, directeur des opérations de La Ruche qui dit Oui! explique : « 90% de la distribution alimentaire se fait encore en magasin, nous on a toujours été en ligne, c’est notre cœur de métier, alors on s’est dit retour aux basique, en ouvrant une boutique on limite les contraintes pour les clients et les producteurs, et on poursuit l’ouverture au plus grand nombre. »

La Ruche qui dit Oui ! a donc créé un concept de boutiques plutôt atypiques qui respecte ses valeurs de départ.

La transition écologique est au cœur des préoccupations de La Ruche qui dit Oui! Le Figaro

La consommation locale d’abord : le magasin de la Ruche qui dit Oui ! ne propose que des produits de saison en circuit court. Tous les matins, le chauffeur du camion dédié à la boutique de la Ruche apporte les produits tous issus d’exploitations situées à moins de 70km. «Il se gare là juste devant, on déballe les paquets et on installe les étalages, comme au marché!», détaille Philippe Crozier. Sur chaque produit, une étiquette indique son origine, l’exploitation dont il est issu, la distance à laquelle elle se situe en kilomètres et les méthodes de production. Cette transparence chère à la Ruche encourage par ailleurs le lien avec les producteurs, deuxième valeur fondamentale de l’entreprise.

Garder le contact avec les producteurs au quotidien

Depuis sa création, La Ruche qui dit Oui ! soutient les producteurs en leur permettant de fixer eux-mêmes leurs prix, souvent moins chers que ceux du marché en bio, « ou s’ils le sont, on sait d’où ça vient, les prix se justifient », explique le responsable des opérations. Annick approuve : « si on veut se nourrir correctement, cela a un coût. Il faut rémunérer les gens à la juste valeur de ce qu’ils produisent ». Contrairement aux Ruches de départ, où les agriculteurs devaient transporter eux-mêmes leurs produits, la Ruche qui dit Oui ! organise toute la logistique d’approvisionnement de sa boutique, ce qui leur facilite la vie. Cependant elle garde le contact avec les producteurs au quotidien. Sélectionnés pour leurs méthodes de production respectueuses de l’environnement, ils sont moins de dix à fournir la boutique, « on les connaît, on explique les choses » assure Philippe Crozier. Bénédicte raconte : « j’ai une productrice de yaourt qui fait du riz au lait, un jour une cliente me dit que le riz n’est pas assez cuit, alors j’appelle la productrice, je dis à la cliente que j’ai transmis son retour, et le lendemain le riz est plus cuit », « on est dans le contact-client/contact-producteur, c’est l’éthique de la boîte ». Ce sens du contact contribue à créer l’esprit de convivialité présent dans les Ruches d’origine et reproduit dans la boutique.

La Ruche qui dit Oui! encourage une alimentation saine et responsable. Le Figaro

Autour de l’îlot central qui organise le magasin, meublé d’un mobilier de réemploi, les clients discutent conseils de cuisine. Les recettes écrites à la craie donnent de bonnes idées pour utiliser des légumes peu communs. «Ces endives-là, vous pouvez les cuire ou les manger crues, tout est bon» assure Annick. Le «mur qui dépote» explique l’agriculture raisonnée. Les clients peuvent réagir en écrivant leurs petits mots à la craie. «Je laisse vivre mes légumes comme bon leur semble», peut-on lire. Dès que la situation le permettra, la Ruche qui dit Oui! compte faire venir des agriculteurs pour échanger avec les consommateurs, et organiser des ateliers «do-it-yourself» autour de savoir-faire écologiques. En passant des commandes en ligne au magasin, La Ruche qui dit Oui! veut recréer du lien et animer le quartier. «La boutique attire toute sorte de clients, des personnes âgées aux familles avec enfants» explique Bénédicte, «on a eu jusqu’à 300 personnes de passage un samedi quelques semaines après l’ouverture» souligne Philippe Crozier. Si le nom de la Ruche qui dit Oui! ne leur est pas inconnu, ils n’ont pour beaucoup d’entre eux jamais passé commande en ligne, «je préfère faire mes courses en direct», explique Annick. En voyant plus loin que le contexte actuel, La Ruche qui dit Oui! semble donc croire aux magasins comme lieux de rencontres et de convivialité. Elle prévoit d’ouvrir une deuxième boutique à Bois-Colombes dans les prochains mois, et continuer ainsi à transmettre ses valeurs de transition écologique et de consommation locale au plus grand nombre. «Comment fait-on pour s’alimenter dans la vie de tous les jours comme à la campagne?» questionne Philippe Crozier, «on repense le système et on essaie d’avoir le plus d’impact possible» conclut-il.

À voir aussi – Arnaud Courdesses (Babymoov) : «Le consommer local commence dès la petite enfance»



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