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Economie

Jean-Baptiste Pietri, l’architecte devenu bâtisseur


Lorsque l’on travaille dans un groupe immobilier, Constructa, dont une part importante de l’activité reste centrée autour de Marseille alors que son siège est à Paris, on est forcément habitué à concilier des choses que beaucoup de gens opposent. L’architecte Jean-Baptiste Pietri a donc eu peu de mal à endosser la tenue de promoteur après le décès brutal, survenu en février 2020, du patron fondateur de Constructa, son père Marc Pietri. «Pendant longtemps, on a opposé ces deux mondes qui ne se parlaient pas, explique-t-il dans son bureau parisien. Les grands architectes ne travaillaient pas avec le privé, ils vivaient surtout de la commande publique. D’où cette mythologie du conflit d’intérêts.»

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Les choses ont sensiblement évolué depuis mais Jean-Baptiste Pietri quand il a pris la tête du groupe familial s’est immédiatement «dénoncé» auprès de l’ordre des architectes et a démissionné de la présidence de son cabinet d’architectes pour n’y devenir qu’un collaborateur. «Mes nouvelles fonctions ne m’empêchent pas de continuer à faire de la conception, souligne-t-il avec son faux air d’Arno Klarsfeld. Être maître d’œuvre et maître d’ouvrage, c’est le vrai rôle d’un bâtisseur. Cela oblige à assumer l’entière responsabilité de la construction.» D’ailleurs, il se plaît à rappeler que bon nombre d’illustres prédécesseurs ont cumulé ces deux rôles, comme les frères Perret, maîtres du béton armé, ou encore Fernand Pouillon. Il n’hésite pas non plus à avouer son admiration pour François Spoerry, un architecte moderniste longtemps ridiculisé, qui a créé de toutes pièces Port-Grimaud en achetant lui-même le terrain (s’attirant au passage les foudres de l’ordre des architectes).

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Avec ses ambitions artistiques, architecturales et urbanistiques, il compte bien démontrer que la production d’un promoteur n’a pas à être industrielle. Tout en admettant que les réalisations de Constructa ne «comptent pas que des chefs-d’œuvre», il souligne: «nous ne sommes pas le plus gros promoteur mais celui qui a les bâtiments les plus ambitieux, nous nous considérons comme des éditeurs urbains». D’ailleurs, à la manière d’un éditeur, l’enseigne développe depuis peu une «collection» d’immeubles situés en bord de fleuves.

Assurer la vue tout en protégeant du soleil

Mais le projet le plus ambitieux du moment, c’est la Porte Bleue, à Marseille. Cette tour de 56 mètres est voisine de La Marseillaise, dessinée par Jean Nouvel pour Constructa. Ce projet est d’autant cher au cœur du patron actuel de Constructa que c’est lui-même qui l’a dessiné. «Mon dessin a été influencé par Nouvel, avoue-t-il, c’est une architecture très contextuelle, nous sommes à l’entrée du port et à la sortie de la ville, sur la Méditerranée, d’où la Porte bleue.» Ce qui a guidé le dessin, c’est une volonté monumentale assumée et une envie de profiter au maximum des vues sur mer tout en se protégeant du soleil. Cela se traduit par une tour dotée de 414 voûtes de béton porteuses qui permettent de disposer d’une surface vitrée de 50% là où bon nombre de projets résidentiels se tiennent à 20%. Et avec près de 90 centimètres de profondeur, ces mêmes voûtes doivent assurer une bonne protection contre le vent et le soleil.

L’immeuble, qui comportera une résidence de tourisme et des appartements de standing dans les étages les plus élevés, doit être livré au deuxième trimestre 2023. Côté chantier, la construction de cette tour, en collaboration avec Vinci Construction France se veut particulièrement innovante et écologique. Le béton très clair est une version bas carbone réalisée à partir de déchets revalorisés issus de l’industrie sidérurgique. Et surtout, l’ensemble des voûtes de la tour sont préfabriquées dans l’usine de Méditerranée Préfabrication, à Aubagne, à une vingtaine de kilomètres du chantier. «C’est une solution intéressante qui permet de limiter les nuisances du chantier tout en garantissant la qualité du produit, précise Jean-Baptiste Pietri. Sans oublier que cela permet aux ouvriers de travailler dans de bien meilleures conditions que lorsque l’on est sur le chantier.»

Une région de maçonnerie plutôt que de bois

Et côté écologie, pourquoi ne pas avoir envisagé le bois, très en vogue actuellement, y compris pour des tours de 50 mètres? «La Méditerranée, ce n’est pas la culture du bois, répond du tac au tac l’architecte. On n’en produit pas et l’on a quasiment jamais construit en bois. C’est ici qu’ont été inventés la maçonnerie et les murs épais qui gardent la fraîcheur.» Tout en suivant de près ce chantier emblématique, le patron de Constructa compte bien poursuivre la voie ouverte par son père, celle d’une «plateforme de services immobiliers». À côté de sa vocation nationale de promoteur (logement, hôtellerie et bureaux), le groupe est en effet présent également sur l’activité de transaction et de gestion d’actifs. «On m’a rapidement expliqué qu’il fallait se positionner pour avoir un modèle compréhensible par tous, à savoir vendre une partie de nos activités, mais il n’en est pas question ,notre aspect multifonctionnel et indépendant est fondamental.» Après une année 2020 «tout à fait honorable» au vu de la situation, le jeune dirigeant est confiant pour 2021.



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