Image default
Economie

la dépendance au pétrole russe, un problème européen avant tout


FOCUS – Les pays du G7 se sont engagés, ce week-end, à se sevrer du pétrole russe. Une annonce surtout symbolique, tant l’Union européenne est la première concernée dans ce dossier.

La décision est tombée dimanche. Alors que la Russie poursuit son offensive en Ukraine, les pays du G7 se sont mis d’accord pour durcir les sanctions vis-à-vis du Kremlin. Le Canada, le Royaume-Uni, l’Allemagne, les États-Unis, la France, le Japon et l’Italie se sont ainsi tous engagés à «éliminer progressivement notre dépendance vis-à-vis de l’énergie russe, notamment en réduisant progressivement ou en interdisant l’importation de pétrole russe». Une annonce sans horizon précis : elle doit être menée «en temps opportun et de manière ordonnée, en laissant le temps au monde de trouver d’autres sources d’énergie», est-il simplement indiqué dans un communiqué.

En réalité, les nations du G7 s’étaient majoritairement déjà engagées à réduire leur dépendance vis-à-vis du pétrole russe. Les États-Unis l’avaient annoncé début mars : «nous interdisons toutes les importations de pétrole, de gaz et d’énergie russes», avait alors déclaré Joe Biden, voyant dans cette mesure un «coup puissant porté à la machine de guerre de Poutine». Le même jour, Londres avait précisé vouloir arrêter ses importations de pétrole et produits pétroliers russes d’ici fin 2022. Même constat pour les Européens, qui veulent limiter leur dépendance à leur puissant voisin.

En outre, ces pays extra-européens sont bien moins dépendants de l’énergie russe que les vingt-sept : une coupure aurait des effets plus limités. D’après l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la Russie ne représentait que 1% des importations en pétrole et produits pétroliers du Canada, en 2019, 3% pour les États-Unis et 5% pour le Japon. Des quantités historiquement limitées, puisque ces pays n’ont jamais vu le poids de la Russie dépasser 10%. Plus récemment, sur le mois de novembre 2021, le pays représentait 7% des importations pétrolières américaines, 3% du Japon et… 0% du Canada.

À l’inverse, la dépendance des Européens vis-à-vis du Kremlin est bien connue. L’année dernière, selon Eurostat, la Russie était le premier fournisseur des vingt-sept. Elle était «loin devant le deuxième fournisseur, qui était les États-Unis en 2020 et la Norvège en 2021». Les liens entre le bloc et la Russie sont étroits : si la Chine est le plus grand importateur de pétrole brut russe – 1,6 million de barils par jour, selon l’AIE -, «la Russie exporte un volume important vers des acheteurs en Europe», de l’ordre de 2,4 millions de barils par jour. Au total, «environ 60% des exportations de pétrole de la Russie sont destinées à l’Europe de l’OCDE et 20% supplémentaires à la Chine», résume l’AIE.

Le hic : certains États membres de l’Union restent particulièrement réticents à l’idée de bannir le pétrole russe. Et pour cause : la Hongrie et la Slovaquie sont toutes deux enclavées et importaient, en 2019, entre 75% et 100% de leur pétrole brut de Russie. Des volumes égalés seulement par la Finlande et la Lituanie, et qui restent bien supérieurs à la moyenne de l’UE, fixée alors à un peu moins de 27%.

Ces volumes importants sont à comparer avec ceux, faibles, importés par les autres membres du G7. L’annonce des plus puissantes économies du monde est donc à relativiser, puisqu’elle aura moins d’impact qu’un embargo européen. Elle «revêt un caractère symbolique dans la mesure où les pays non européens du G7 (États-Unis, Canada, Japon) ont soit déjà imposé un embargo ou sont peu dépendants des importations russes», résumait l’IFPEN, ce lundi. Reste à voir quand les Européens parviendront à se mettre d’accord sur un embargo touchant le pétrole russe, et dans quelles conditions celui-ci sera mis en place.


À VOIR AUSSI – Embargo sur le pétrole russe: «Je pense que l’on peut avoir un accord dans la semaine», estime Clément Beaune



Source link

Autres articles

Le coût exorbitant des 15 plus grosses catastrophes climatiques de l’année 2020

administrateur

Les Ateliers du Bocage, entreprise solidaire, menacés par la redevance copie privée sur les smartphones

administrateur

La Haute-Garonne va expérimenter un «revenu d’existence» pour les jeunes

administrateur

Pour sauver l’emploi, dopons nos entreprises

administrateur

les soignants salariés et retraités moins bien payés que leurs confrères libéraux

administrateur

L’Algérie prête à fournir plus de gaz à l’UE «en cas de difficultés»

administrateur