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Finance

La Fed parvient à durcir son discours sans affoler les marchés


Publié le 13 janv. 2022 à 18:19Mis à jour le 13 janv. 2022 à 18:55

L’affaire semblait entendue. Depuis la dernière réunion de la Fed mi-décembre, les marchés avaient intégré qu’ils devaient se préparer à trois hausses de taux en 2022. De quoi ramener les Fed funds, les taux directeurs de la Réserve fédérale américaine, à près de 1 % en fin d’année. Mais en à peine quelques semaines, la banque centrale a considérablement durci son discours. Dans un entretien au « Wall Street Journal », mercredi soir, James Bullard, le président de la Fed de Saint Louis, plaide même pour un quatrième tour de vis.

James Bullard fait partie cette année des membres votants du FOMC (Federal Open Market Committee, le comité de politique monétaire). Il avait déjà été l’un des premiers à réclamer une normalisation de la politique de la Fed en 2021. Il s’est exprimé alors que l’inflation a atteint en décembre son plus haut niveau depuis 40 ans , à 7 % sur un an.

Une politique monétaire plus restrictive (hawkish) que ce qui était anticipé jusque-là sera selon lui nécessaire. Lui-même estimait encore récemment que la Fed devrait remonter ses taux trois fois cette année. « Je pense en fait maintenant que nous devrions peut-être passer à quatre hausses en 2022 », déclare-t-il au WSJ. Compte tenu de la menace inflationniste, il juge même crucial que la Fed s’y attelle « le plus tôt possible ».

Les marchés pourraient se rappeler au bon souvenir de la Fed

Le raisonnement est le suivant : plus la Fed agira vite, moins elle aura besoin de remonter ses taux au fil du temps. Un point essentiel. Les liquidités ont tellement alimenté la hausse des marchés qu’au-delà d’un certain stade dans le resserrement monétaire, ces derniers pourraient se rappeler au bon souvenir de la banque centrale américaine. « Même si la Fed considère que le taux neutre des Fed funds (celui qui permet une croissance non inflationniste, ndlr) se situe autour de 2,5 %, elle va avoir du mal à les amener au-dessus de 1,5 %, sans que les marchés financiers ne lui coupent les ailes », ironise Albert Edwards, le stratégiste de Société Générale, bien connu pour son biais baissier.

Plus de hausses de taux, plus vite ? Plusieurs membres de la Fed se sont prononcés ces derniers jours en faveur d’un premier relèvement dès mars. Parmi eux, Mary Daly, la présidente de la Fed de San Francisco, généralement considérée comme une « colombe » (favorable à une politique monétaire accommodante) et Patrick Harler, le patron de la Fed de Philadelphie.

Bilan de la Fed

Interrogée sur la rapidité avec laquelle elle estimait que le bilan de la Fed devait se réduire, la présidente de la Fed de Cleveland, Loretta Mester (classée de son côté parmi les « faucons ») a, par ailleurs, déclaré : « Franchement je voudrais le réduire le plus vite possible, à condition que cela ne perturbe pas le fonctionnement des marchés financiers. »

Certains mettent en parallèle le nouveau zèle de la Fed à lutter contre l’inflation et la baisse de la popularité de Joe Biden dans les sondages, alors que les Américains commencent à souffrir de l’augmentation du coût de la vie. Une chose est sûre : les craintes inflationnistes ont fait passer au second plan son souci de pré-annoncer ses décisions très longtemps à l’avance pour ne pas surprendre les marchés. « La communication de la Fed est devenue beaucoup plus agressive en l’espace de quelques semaines. Il y a un mois, rares étaient ceux qui s’attendaient à une première hausse des taux en mars », remarque Vincent Juvyns chez JP Morgan AM.

Virage bien négocié

Malgré cet ajustement très rapide, les marchés obligataires semblent bien négocier le virage, « ce qui est rassurant pour les investisseurs », souligne le stratégiste. Après une première semaine de janvier marquée par de fortes tensions (les taux américains à 10 ans sont passés de 1,51 % à 1,76 %), le marché s’est apaisé.

Nombreux sont ceux qui estiment qu’une bonne partie de l’ajustement des taux longs est désormais faite. « Il existe des forces de rappel importantes qui limiteront de facto la remontée des taux longs. Au-delà de 2 % ou 2,5 % pour le 10 ans américain, les acheteurs de Treasuries seront à nouveau attirés par les rendements. Quant aux risques en termes de valorisation [c’est-à-dire de baisse des prix, les rendements et les prix évoluant en sens inverse, NDLR], ils deviendront alors beaucoup moins importants », explique Vincent Juvyns.

Gilles Moëc, le chef économiste du groupe Axa, explique dans une note pourquoi il maintient sa prévision de 2 % à fin 2022 pour les taux américains à 10 ans. « Une réduction de la taille du bilan de la Fed pourrait être préjudiciable aux actifs risqués , explique-t-il. Compte tenu de la sensibilité du cycle réel américain aux effets de richesse, ce n’est pas quelque chose que la Fed pourrait complètement ignorer. »

Il souligne toutefois le risque que les taux de marché « suivent cette année une courbe en cloche et dépassent momentanément le seuil de 2 % au premier semestre, surtout si le ralentissement attendu de l’inflation tarde un peu. »



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