Image default
Finance

La fintech chinoise Ant Group en route vers une introduction en Bourse historique



L’opération était attendue depuis trois ans par tous les investisseurs : Ant Group, émanation du géant chinois de l’e-commerce Alibaba, a déposé mardi son prospectus d’introduction en Bourse, simultanément sur les places de Hong Kong et de Shanghai. Cette double introduction pourrait lui permettre, selon des sources de marché, de lever près de 30 milliards de dollars, pour une valorisation estimée autour de 250 milliards de dollars. La plus grosse fintech du monde, créée en 2004, vaudrait ainsi presque quatre fois la valeur de la première banque européenne, BNP Paribas.

De quoi réaliser la plus importante opération de cotation de l’histoire. Un titre jusqu’ici détenu par le géant pétrolier saoudien, Saudi Aramco, qui avait attiré 25,6 milliards de dollars de capitaux en décembre 2019. Toutefois, dans son document, Ant Group n’a dévoilé ni le montant de l’opération, ni sa valorisation, ni même le calendrier prévu. Mais, de l’avis de nombreux analystes, la société devrait être la fintech « la mieux valorisée au monde ».

Un géant des paiements mobiles

De fait, Ant Group est un monstre, notamment dans le domaine des paiements mobiles, avec Alipay. Il a naturellement appuyé son développement sur Alibaba qui a, en vingt ans, complètement révolutionné le commerce en Chine et créé, sous la houlette de son charismatique fondateur, Jack Ma, le plus grand bazar en ligne du monde.

Ant s’est depuis transformé en super plateforme de produits financiers, avec « un regard constant sur l’international, les grands pays émergents comme l’Inde et l’immense diaspora chinoise », précise Eva Balligand, spécialiste des marchés asiatiques.

Les chiffres annuels du groupe, clos au 30 juin, donnent le tournis : 17.000 milliards de dollars de transactions (malgré le Covid), soit trois fois plus que Paypal, un milliard d’utilisateurs et 80 millions de commerçants connectés à Alipay. Et 2,6 milliards de dollars de profits dégagés sur le dernier exercice.

Le signal fort de la double cotation

« Cette opération sera un succès pour au moins deux raisons : Ant Group est une énorme machine à cash et le soutien des autorités chinoises sera total », avance Michel Audeban, directeur général de Gemway Assets, société de gestion spécialisée sur les marchés émergents. En clair, toutes les caisses de retraite, les compagnies d’assurances et les banques chinoises seront incitées à acheter des titres, tout comme les centaines de millions de clients épargnants chez Ant Group.

Le timing peut cependant poser question en plein regain de tensions sino-américaines. « Le choix d’une double cotation à Hong Kong et Shanghai tranche avec le passé du groupe Alibaba (coté à Wall Street, ndlr) et résonne comme un signal fort de changement de paradigme pour les grosses sociétés chinoises cotées aux Etats-Unis », estime Eva Balligand.

Selon des sources de marché, le groupe pourrait céder jusqu’à 15 % de son capital (le minimum exigé pour une double cotation étant de 10 %), mais selon une clé de répartition qui avantagerait nettement Shanghai par rapport à Hong Kong.

Ce que souhaite Pékin, c’est ravir la place prépondérante de Wall Street sur le terrain de l’e-commerce et du numérique. Il est même probable que les autorités chinoises aient imposé la place asiatique à Jack Ma. Lorsque ce dernier avait choisi, en 2014, de coter son groupe Alibaba à Wall Street, c’était avant tout pour des raisons circonstancielles : le NYSE avait en effet accepté le principe des droits de vote double, une demande du fondateur pour conserver le contrôle qui avait été fermement refusée par les autorités chinoises et de Hong Kong.

A cette époque, Jack Ma avait alors pris soin, à la surprise des investisseurs, de « sortir » Ant Group du périmètre coté d’Alibaba (en échange d’une clause de partage de bénéfices). Avec la prochaine mise en Bourse d’Ant, Alibaba sera à nouveau actionnaire du groupe, dont l’actionnaire majoritaire (à 50,1 %), Jack Ma, pourra faire une entrée dans le Top 5 du classement Forbes des plus riches du monde.



Source link

Autres articles

Prêts participatifs : Bercy casse sa tirelire pour attirer les investisseurs

administrateur

La néoassurance Leocare lève 15 millions d’euros

administrateur

Conflits d’intérêts : les universitaires sommés d’être plus transparents

administrateur

Comment la pandémie bouscule le marché des fusions et acquisitions

administrateur

La Fed ratisse large pour ses achats de dette d’entreprise

administrateur

La collecte du livret A au plus haut depuis douze ans

administrateur