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Economie

la nouvelle méthode controversée des entreprises britanniques pour faire des économies


Ce procédé, qui consiste à renvoyer un employé pour le réembaucher immédiatement avec de plus faibles conditions de travail, est en pleine expansion outre-Manche.

Près d’un employé britannique sur dix s’est déjà retrouvé devant ce dilemme: signer un nouveau contrat de travail avec des conditions inférieures, ou bien être renvoyé. C’est le constat d’un sondage du syndicat Trades Union Congress (TUC) réalisé en début d’année. Le procédé n’est pas nouveau dans le pays, mais il est beaucoup plus fréquemment utilisé depuis le début de la crise du Covid.

Si la pratique n’est pas illégale en Grande-Bretagne, le fait que la majorité des employeurs qui y font appel, aient, dans le même temps, touché des aides de l’État, la rend particulièrement inacceptable pour les syndicats et de nombreux hommes politiques. Selon une enquête du journal britannique Observer, neuf des treize entreprises accusées d’avoir licencié puis réembauché des salariés ont réalisé des bénéfices ou augmenté la rémunération de leurs dirigeants.

L’an dernier, le personnel de la compagnie aérienne British Airways s’était battu avec la direction au sujet d’une série de licenciements puis de réembauches. En 2019, les employés d’Asda, géant britannique des supermarchés étaient confrontés à une situation similaire.

Effet d’opportunité avec la crise Covid

Récemment c’est le fournisseur d’énergie British Gas qui a laissé le choix à ses 20.000 employés entre être renvoyés ou accepter de travailler trois heures de plus par semaine, pour un total de 40 heures, et perdre la majoration des heures travaillées le week-end et les jours fériés. Si la grande majorité a resigné, malgré un sentiment de trahison, 500 ingénieurs ont fait l’autre choix, après plusieurs mois d’âpre bataille.

Les cas se multiplient outre-Manche. Actuellement les chauffeurs de bus de Manchester, les travailleurs de l’usine de café Jacobs Douwe Egberts et les employés des centres de distribution Tesco sont en conflit ouvert au sujet de nouveaux contrats, dénoncés par les syndicats comme une tactique de licenciement.

Pour Alexander Bryson, professeur en sciences sociales à l’University College de Londres, l’épidémie a permis à certaines entreprises de «faire preuve d’un excès de zèle et de surestimer leurs problèmes financiers». «Ce n’est pas évident que la pandémie ait créé les circonstances propices à la généralisation» de cette pratique, estime le chercheur, qui privilégie plutôt la thèse «d’employeurs agissant de manière opportuniste pour faire avancer des choses qu’ils espéraient faire auparavant», comme des plans de restructuration.

Une pratique impossible en France

Si les travaillistes sont vent debout contre le procédé et demandent à la majorité de prendre des mesures pour réduire son utilisation, du côté des conservateurs on est plus divisé. Le premier ministre, Boris Johnson, a qualifié la pratique d’«inacceptable». En revanche le sous-secrétaire d’État parlementaire aux Petites entreprises, aux Consommateurs et aux Marchés du travail, Paul Scully, a tenu à rappeler que les entreprises «en réelle difficulté financières ont besoin de flexibilité dans les termes et conditions (du contrat) pour sauver autant d’emplois que possible».

La pratique n’a que peu de chance de traverser la Manche: «elle est rendue possible du fait de la législation britannique, qui ne demande pas de motif pour licencier et verse de faibles indemnités» explique Muriel Pariente, avocate en droit du travail, associée au cabinet Ashurst. À l’inverse le système français est beaucoup plus protecteur et les indemnités d’un licenciement sans motif sont particulièrement élevées: «elles dépendent de l’ancienneté, auquel il faut ajouter des indemnités compensatoires… Économiquement ça n’a aucun sens» justifie l’avocate.



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