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Economie

la pression monte autour d’Activision-Blizzard, le géant américain du jeu vidéo


Une enquête du Wall Street Journal affirme que le dirigeant Bobby Kotick était au courant d’affaires de viols et d’agressions sexuelles au sein des studios et n’en a pas informé son conseil d’administration.

Pour la deuxième fois en quatre mois, des salariés d’Activision-Blizzard ont cessé le travail. Mardi, ils étaient près de 150 à s’être rassemblés devant le campus de l’éditeur de jeu vidéo Blizzard, à Irvine (Californie) – un chiffre important au regard de la faible culture de la manifestation dans cette industrie – peu après la publication d’une enquête du Wall Street Journal. Leur mot d’ordre : la démission de Bobby Kotick, l’emblématique patron d’un des plus puissants éditeurs de jeux vidéo au monde. Ils ont été rejoints mercredi par un groupe d’actionnaires minoritaires, qui réclament à leur tour du départ du PDG ainsi que de deux autres membres du conseil d’administration.

Call of Duty, World of Warcraft, Candy Crush… Activision-Blizzard et ses 10.000 salariés pèsent près de 50 milliards de dollars en Bourse pour un chiffre d’affaires de 8 milliards de dollars en 2020. Mais ce titan du jeu vidéo est dans la tourmente depuis cet été. Une plainte déposée par le Department of Fair Employment and Housing, une agence publique de l’État de Californie, a révélé une culture d’entreprise toxique et sexiste, allant de la difficulté pour les femmes (20% des effectifs) de progresser dans leur carrière à des accusations de harcèlement moral et sexuel.

La plainte affirmait également que le suicide d’une salariée du groupe lors d’un voyage d’affaires était dû au harcèlement intense qu’elle subissait de la part d’un de ses supérieurs. Une photo intime de la jeune femme avait été partagée sans son consentement lors d’une soirée organisée par l’entreprise.

Un licenciement annulé par Bobby Kotick

Depuis, les ressources humaines d’Activision-Blizzard ont reçu plus de 500 plaintes de salariés, anciens ou actuels, évoquant tour à tour des situations d’inégalités de salaires entre hommes et femmes, de harcèlement moral ou d’agressions sexuelles. Trente salariées de la division e-sport ont ainsi dénoncé les agissements de leurs supérieurs, qui commentaient leur physique, les rabaissaient et se permettaient de les toucher. Autre problème récurrent, la consommation excessive d’alcool au sein des studios. En un trimestre, une vingtaine de salariés mis en accusation ont été licenciés et autant ont fait l’objet de mesures disciplinaires.

Mais Bobby Kotick était-il au courant de ces débordements avant que l’affaire n’éclate ? Oui, affirment les journalistes du Wall Street Journal dans l’enquête qui a mené au débrayage des salariés. Le média américain évoque le cas d’une ex-salariée accusant son supérieur de l’avoir violée à deux reprises. Son avocat avait envoyé en juillet 2018 un email à Bobby Kotick en menaçant l’entreprise de poursuites judiciaires. Un accord financier a finalement été trouvé entre les deux parties quelques mois plus tard, et l’agresseur présumé a été licencié. Mais le patron n’a pas jugé bon d’informer les membres du conseil d’administration d’Activision-Blizzard de cette affaire.

Le Wall Street Journal explique aussi que Bobby Kotick est intervenu en 2019 pour annuler le licenciement du co-directeur du studio Treyarch, qui travaille sur la très puissante licence Call of Duty. Ce dernier était accusé d’avoir agressé sexuellement une subordonnée après une soirée alcoolisée. Le directeur a annoncé sa démission peu après la publication de l’article.

La direction fait bloc

Ces révélations ont fait tanguer l’action Activision-Blizzard, qui a perdu mardi plus de 6% de sa valeur à Wall Street et près de 3% mercredi à l’ouverture des échanges. La chute est encore plus sévère si l’on remonte à l’éclatement de l’affaire, fin juillet. En moins de quatre mois, la valorisation boursière du groupe a fondu de plus de 25%.

La direction du groupe a immédiatement fait bloc derrière son PDG, à la tête d’Activision depuis 1991. L’enquête du Wall Street Journal donnerait une «vision trompeuse et inexacte de l’entreprise», affirme-t-elle dans un communiqué. «Des mesures ont été prises pour les cas de harcèlement sexuel qui ont été portés à son attention.» Le conseil d’administration a renouvelé sa confiance envers Bobby Kotick dans une autre déclaration publique.

Le patron s’est lui-même défendu dans une vidéo envoyée à l’ensemble des salariés. «Tous ceux qui doutent de ma détermination (à faire de l’entreprise) le lieu de travail le plus accueillant et le plus inclusif possible ne se rendent pas compte à quel point ces questions sont importantes pour moi», clame-t-il. Bobby Kotick est l’un des patrons américains les mieux payés du pays, avec une rémunération estimée à 154 millions de dollars en 2020. Le patron a demandé fin octobre à ce que son salaire soit réduit à 62.500 dollars.

Les autorités boursières enquêtent

L’affaire Activision-Blizzard intéresse vivement le gendarme de la bourse américaine, la Securities and Exchange Commission (SEC). Ses équipes ont ouvert fin septembre une enquête afin de déterminer à quel point la direction de l’éditeur de jeux vidéo était au courant des affaires de discrimination et de harcèlement, et si les actionnaires du groupe auraient dû en être informés. La SEC réclame une copie des minutes des conseils d’administration tenus depuis 2019, des dossiers RH de plusieurs salariés, des accords financiers conclus avec des ex-collaborateurs, et des emails échangés entre Bobby Kotick et la direction du groupe à propos de ces affaires.

Activision-Blizzard a déjà perdu le directeur de la filiale Blizzard (World of Warcraft, Overwatch), J. Allen Brack, qui a démissionné en août. La plainte du Department of Fair Employment and Housing l’accusait de ne pas avoir agi malgré sa connaissance de faits de harcèlement et de discrimination au sein de ses studios.

J. Allen Brack a été immédiatement remplacée par une direction duale, composée de Mike Ybarra et Jen Oneal. Mais coup de théâtre : moins de trois mois après son entrée en fonction, la jeune femme a remis sa démission. Selon le Wall Street Journal, son salaire était inférieur à celui de son alter ego masculin.

À VOIR AUSSI – Activision Blizzard: des employés manifestent contre le harcèlement dans leur entreprise (29/07/2021)



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