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Economie

Le canal de Suez affiche un chiffre d’affaires record


Un an après son blocage suite à l’accident de l’Ever Given, le canal de Suez a repris des couleurs grâce à la hausse de ses droits de passage.

Alors que les nuages semblent s’amonceler sur le commerce mondial en ce début d’année 2022, le canal de Suez affiche une bonne santé presque insolente au regard de la crise économique que connait actuellement l’Egypte, avec des revenus qui auraient «augmenté de 13,6%» selon Oussama Rabie, président de l’Autorité du Canal (SCA).

Un axe majeur de la mondialisation

Cette augmentation, qui permet à la SCA d’afficher des revenus mensuels de 605 millions de dollars, se doit d’être replacée dans un contexte particulier. En effet, il y a un an, l’Ever Given, porte-conteneurs de 400 mètres de long appartenant à la compagnie Evergreen, s’était échoué en diagonale le long du Canal, bloquant ainsi l’ensemble de l’activité maritime du 23 au 29 mars 2021. Selon la SCA, l’Égypte aurait perdu entre 12 et 15 millions de dollars par jour étant donné que 425 navires se sont retrouvés bloqués de par et d’autres du Canal.

De par sa centralité au sein de l’environnement économique mondial, le canal de Suez est donc pleinement exposé aux soubresauts géopolitiques et politiques. Long de plus de 190 km, reliant la Mer Méditerranée à la Mer Rouge, l’héritier du «canal des pharaons» est ainsi le plus long canal maritime au monde, accueillant des porte-conteneurs de plus en plus importants. La «charge utile nette par an», soit le poids total des marchandises déclarées par an, est d’ailleurs passée de 281 305 à 1 041 576 tonnes entre 1980 et 2017. Avec l’inauguration du «Nouveau canal de Suez» en août 2015, il représentait ainsi 10% du transport maritime mondial en 2021.

Une augmentation des droits de passage

Outre l’effet rattrapage, comment expliquer cette hausse qui arrive au cœur d’un environnement particulièrement incertain marqué par la Guerre en Ukraine ? Celle-ci est principalement due à une décision prise par la SCA le 1er mars 2022, celle de relever les droits de transit des navires marchands qui passent par le Canal. «La [SCA] a décidé d’aligner les droits de passage du Canal sur le prix du pétrole» précise Paul Tourret, docteur en géographie et directeur de l’ISEMAR à Saint-Nazaire. Ainsi, plus le prix du pétrole est élevé, plus cela avantage financièrement «Suez» étant donné que «l’ensemble des navires seront obligés de passer par le Canal car cela restera toujours moins cher pour un porte-conteneurs de prendre cette route que de faire le tour de l’Afrique, même si les droits de passage augmentent fortement» rajoute Paul Tourret.

À VOIR AUSSI – Après l’avoir bloqué, l’Ever Given traverse avec succès le canal de Suez

Ainsi, les autorités du Canal profitent de la forte augmentation des prix du pétrole [la tonne de fioul lourd est passée de 312,3€ à 558,5€ entre mars 2021 et mars 2022] pour entamer une hausse de ses droits de transit. En effet, le Canal de Suez constitue un réel raccourci pour les navires marchands, étant donné qu’il faut 24 jours pour rejoindre le Golfe Persique depuis Londres en passant par le Cap de Bonne Espérance, contre 14 en passant par l’Egypte. Ainsi, sachant qu’une compagnie maritime dépense 4 millions d’euros de carburant en passant par le sud de l’Afrique contre 2,3 millions d’euros s’il transite par Suez, il sera toujours plus rentable, financièrement, de prendre le «raccourci» égyptien, même si on rajoute les 700 000 dollars [663 558 euros] de droit de passage de la SCA. «Le Canal est la deuxième source de revenu l’Égypte, avec plus de 5,6 milliards de dollars par an» explique Paul Tourret.

Des risques de déstabilisation limités

Cependant, toute la question reste de savoir si le Canal va réussir à assurer, sur le long terme, des revenus aussi conséquents pour les autorités égyptiennes avec le déclenchement de la guerre en Ukraine en février dernier, qui constitue un risque de «désintégration» majeur du commerce international sur le long terme, selon ce rapport de l’OMC, ou encore les confinements en Chine.

«Malgré l’existence de l’ensemble de ces risques, le flux maritime du Canal ne devrait pas vraiment s’estomper cette année grâce à un jeu de chaises musicales entre les clients européens et asiatiques de la Russie» estime Paul Tourret. En effet, alors que les États-Unis et l’Europe ont entamé une série de sanctions contre la Russie, dont la mise en place d’un embargo sur ses produits pétroliers et gaziers, celle-ci cherche à diversifier ses partenaires commerciaux et débouchés. C’est le fameux «virage vers l’Asie» entamé par Vladimir Poutine quelques années auparavant. «L’Inde et la Chine, qui n’ont pas suivi le régime de sanctions occidentales, continuent de se procurer du pétrole russe qui passe donc nécessairement par le canal de Suez» poursuit Paul Tourret. «Tout l’enjeu pour le Canal est surtout de pas seulement apparaître comme une simple voie de passage maritime mais de réussir à en tirer davantage en devenant, par exemple, une zone franche. Cependant, les investisseurs étrangers continuent de considérer l’Égypte comme un pays à risque, même s’il est le point de passage obligé et souvent indispensable de 10% du trafic commercial mondial» conclut-il.


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