Image default
Finance

Le fonds souverain norvégien redoute de perdre 500 milliards d’euros



La hausse du pétrole et du gaz fait les affaires de la Norvège, grand exportateur mais pas de son fonds souverain, lancé en 1996 et investi sur les marchés mondiaux. Il est frappé de plein fouet par l’inflation, la détérioration de la croissance mondiale et la chute généralisée des marchés, aggravées par la guerre en Ukraine . Le fonds suit un indice de référence et ne peut s’en écarter que faiblement. Il suit donc l’évolution générale des marchés sans flexibilité ni marge de manoeuvre. Cette politique de gestion définie en lien avec le ministère des finances norvégien trouve ses limites dans l’environnement actuel.

« Nous sommes probablement face aux plus grands changements de ces 30 dernières années » a déclaré son directeur général, Nicolai Tangen , devant le Parlement norvégien. L’ancien gérant de hedge fund , ne peut gérer cette crise avec les mêmes outils que ceux dont il disposait dans son fonds (vente à découvert, grande flexibilité dans la gestion de ses positions et de sa liquidité).

Il affronte une crise mondiale et géopolitique un an après son arrivée à la tête du plus grand fonds souverain au monde. Il a reconnu que celui-ci n’avait à sa disposition « aucune classe d’actifs où se réfugier ». Dans le scénario le plus défavorable possible, celui d’une stagflation (stagnation de la croissance mondiale et hausse persistante des prix), le fonds pourrait perdre 40 % de ses actifs, soit 500 milliards d’euros. Il effacerait ainsi sept années de hausse de ses capitaux. Au 3 mai, ses actifs ont chuté de 5 % (60 milliards d’euros), à 1.187 milliards d’euros.

Le fonds peut espérer recevoir une partie des recettes pétrolières du pays. Il bénéficierait de liquidités à investir sur les marchés à des niveaux de valorisation bien plus bas. Cela a été le cas en 2009 dans le sillage de la grande crise financière consécutive à la faillite de Lehman Brothers le 15 septembre 2008. Après une année noire (-23,3 %), le fonds avait fait le pari d’investir massivement sur les actions. Ce qui lui avait profité après le fort rebond des marchés boursiers provoqué par les soutiens massifs des banques centrales.

Faible diversification

Mais la situation est différente actuellement. Confrontées en 2022 à une inflation élevée, ces mêmes banques centrales ont bien moins de capacités de soutien. Un scénario prolongé de stagflation et des marchés financiers atones seraient ainsi très problématiques pour un fonds peu outillé pour gérer un tel environnement.

A la différence d’autres fonds souverains qui se sont diversifiés de manière importante sur des actifs de protection contre l’inflation (infrastructures, immobilier, matières premières…), le fonds norvégien est investi en majorité sur deux classes d’actifs, les actions ( 72 % de ses capitaux ) et les obligations (25 %). L’immobilier non coté ne représente que 2,5 % de ses capitaux.

Ce choix d’un nombre restreint de classes d’actifs a suscité des débats en interne dès la création du fonds, il y a près de 30 ans. Les considérations de coût l’ont emporté. Développer en interne des compétences sur des classes d’actifs spécialisées est coûteux et recourir à des prestataires externes l’est tout autant. Le fonds a opté pour la simplicité . Les arbitrages dans la répartition de ses actifs entre actions et obligations sont une source de rendement tout comme les paris géographiques sur les marchés (Wall Street, Europe, émergents).

Les résultats de l’ambitieuse politique de diversification d’autres institutionnels ont incité le fonds norvégien à la prudence. Des fonds de pensions comme Calpers (fonctionnaires de Californie) ou les fonds des grandes universités américaines ( Yale, Harvard ) ont été très investis sur les classes d’actifs alternatives (hedge funds, capital investissement, immobilier, matières premières…). Cette politique de placements variés s’est avérée très onéreuse, risquée et souvent pour une faible valeur ajoutée .



Source link

Autres articles

Terminaux de paiement : bataille de prix entre acteurs historiques et fintech

administrateur

Fonds activiste : la cour d’appel de Paris réduit légèrement la sanction infligée par l’AMF à Elliott

administrateur

Evergrande se rapproche encore du défaut de paiement

administrateur

GameStop : la folle envolée d’une action au coeur d’une guerre entre les boursicoteurs et Wall Street

administrateur

OPA Veolia-Suez : l’AMF règle ses comptes

administrateur

A Reims, chez les producteurs de Champagne : « Que ferions-nous si l’accès au crédit se raréfiait?»

administrateur