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Economie

Le manque de confiance entre autorités et citoyens, un mal français qui a compliqué la gestion de la crise sanitaire


Dans une note du Conseil d’analyse économique, deux experts soulignent que la pandémie a été, dans l’Hexagone, une «crise sociale autant que sanitaire».

Et si la méfiance réciproque qu’ont les Français envers leurs gouvernants avait compliqué la gestion de la crise sanitaire ? Dans une note publiée ce mercredi par le Conseil d’analyse économique, rattaché à Matignon, deux experts voient dans la pandémie une «crise sociale autant que sanitaire», et appellent à reconstruire le lien entre les différents acteurs de la société pour mieux préparer l’Hexagone aux futures crises.

Pour les deux auteurs, la «confiance interpersonnelle et la confiance dans le gouvernement» ont joué un «rôle crucial» dans la gestion de la crise et dans la capacité des différentes nations à y apporter une réponse concertée. S’appuyant sur des données mesurées avant l’émergence de la pandémie, le professeur à HEC Yann Algan et le président de l’École d’économie de Paris (PSE) Daniel Cohen soulignent que la France est arrivée dans l’épidémie avec un «stock de confiance plus faible que ses voisins». L’Hexagone partait donc avec un handicap face à la crise, et a géré différemment les difficultés.

Les autorités ont privilégié une approche infantilisante, partant du principe que les Français renâcleraient à suivre les règles : à titre de comparaison, «les pays qui sont rentrés dans la crise avec des niveaux de confiance interpersonnelle plus élevés ont eu recours à des politiques de confinement moins strictes […], qui ont davantage reposé sur la confiance envers les citoyens», souligne l’étude. On se souviendra, en comparaison, des fameuses attestations parfois rocambolesques exigées par les autorités tricolores pour sortir de chez soi durant les confinements…

Perte de confiance envers les scientifiques

En outre, la confiance des citoyens envers les scientifiques a été gravement atteinte lors de la crise sanitaire, expliquent les experts. C’est une spécificité française : elle s’est effondrée de vingt points de pourcentage entre l’émergence de la crise et la fin de l’année 2020. «La France sera l’un des seuls pays où celle-ci va s’effondrer sur cette période», a noté Daniel Cohen lors d’un point presse, ce mercredi.

Or, cette dégringolade «va avoir un impact massif dans la gestion, car c’est la confiance des citoyens envers les scientifiques qui explique en partie l’adhésion aux politiques de restrictions et recommandations sanitaires». En d’autres termes, les pays qui ont vu leur confiance envers les scientifiques s’effondrer sont aussi ceux où l’adhésion aux mesures de lutte contre l’épidémie s’est écroulée au fil des mois. En France, un «très fort recul de l’adhésion» a ainsi été rapporté par les auteurs entre mars 2020 et décembre 2020.

Cette perte de crédibilité, qui a aussi pesé lourdement sur les débuts de la campagne vaccinale, s’explique «en partie par la composition du conseil scientifique», analysent les auteurs : accompagnant l’exécutif dans sa gestion de la crise, ce dernier était «dominé par des médecins, des épidémiologistes, qui ont été dans leur rôle en se focalisant sur la propagation du virus, mais ils n’ont tenu compte que de cet indicateur pour élaborer des recommandations, notamment sur le confinement». Or, la santé de l’activité économique et l’équilibre psychologique des Français auraient aussi dû être pris en considération, fin 2020 : à la place, le conseil s’est retrouvé «à rebours de la situation des Français, et cela a mené à une polarisation du débat entre le gouvernement et les experts», a noté Yann Algan. Il s’est révélé «hors sol».

Autre élément explicatif du désaveu des scientifiques, ces derniers ont été «pris au piège de la médiatisation, en se surexposant sur la question du reconfinement ou non». «C’est une spécificité française […], cette BFMTVisation d’un certain nombre de membres du conseil scientifique, parfois avec un discours et des postures contradictoires par rapport à leurs collègues», a souligné Daniel Cohen. Un «effet Raoult» a également joué, brouillant la clarté de l’expertise.

Reconstruire la confiance entre citoyens et gouvernement

Pour les experts, la confiance doit être reconstruite pour préparer la France aux futures crises, qu’elles soient économiques, climatiques, sanitaires ou politiques. Un renforcement de la culture scientifique de l’ensemble des citoyens – décideurs publics compris – est évoqué dans les recommandations, de même qu’une meilleure coopération entre les acteurs comme Santé Publique France, les hôpitaux, les rectorats. La gestion économique de la crise fait figure d’exemple. La réactivité de Bercy et les processus simplifiés mis en place pour soutenir les entreprises ont bien fonctionné, «avec un souci de confiance entre les acteurs : les contrôles étaient réalisés après la réception des aides, pas avant, ce qui montre un changement d’attitude de l’administration vis-à-vis des acteurs économiques», a jugé Yann Algan.

Le simple indicateur épidémiologique ne peut non plus rester le seul indicateur à garder en tête pour gérer une crise sanitaire. Autre point, une véritable politique de données publiques doit être mise en place pour mieux suivre la crise au quotidien et donner aux acteurs des informations fiables et à jour, indispensables pour prendre des décisions éclairées.

Un renforcement du lien entre gouvernants et gouvernés est possible, veulent croire les auteurs. «Au début de la crise, le gouvernement a mis en place des mesures sanitaires beaucoup plus tatillonnes que d’autres pays, car la France partait d’un stock de confiance plus faible. Puis, sentant que cette posture paralysait la reprise, il a beaucoup plus fait appel à la responsabilité des citoyens», ont expliqué les auteurs. Appelant à «capitaliser» sur cette posture, les experts ont averti que «la confiance entre le gouvernement et les citoyens se construit dans un rapport réciproque : les citoyens ne pourront regagner confiance dans le gouvernement que si celui-ci leur fait confiance». Responsabiliser plutôt qu’infantiliser, donc.



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