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Finance

Le marché du carbone pris au piège de la flambée des prix de l’énergie


Publié le 8 oct. 2021 à 11:54

La flambée des prix de l’énergie complique le développement du marché européen du carbone . Comment envisager sereinement la hausse à long terme du prix du CO2 alors que les ménages peinent déjà à payer leurs factures de gaz et d’électricité ?

L’examen par les Etats membres du Paquet climat (proposé le 14 juillet dernier par la Commission européenne) vient de commencer et la réforme du marché du carbone concentre les critiques. Certains pays avaient déjà appelé à limiter la spéculation sur le marché des « droits à polluer ». C’est à présent la création d’un nouveau marché pour le transport routier et le chauffage des bâtiments qui se trouve sous le feu des critiques.

La Hongrie, la Pologne, la Slovaquie, Chypre, la Lituanie, Malte, l’Irlande, la République tchèque y sont opposés. D’autres, comme la France et l’Espagne, émettent de sérieuses réserves. « La création d’un nouveau marché du carbone suscite beaucoup d’inquiétudes », a déclaré Barbara Pompili, ministre française de la transition écologique, lors du débat entre les ministres de l’environnement au Luxembourg, mercredi. « Il y a un risque que les prix de l’énergie augmentent sans qu’il y ait un impact clair sur les émissions de carbone », a-t-elle ajouté.

Conséquences sociales

Aujourd’hui, le marché du carbone oblige les producteurs d’énergie, une partie des industriels et les entreprises du transport aérien à acheter des quotas de CO2 pour compenser leurs émissions. Il est prévu que le marché doit être progressivement étendu au transport maritime. Et en 2026, un nouveau marché serait créé pour le transport routier et le bâtiment.

Mais la tonne de CO2 se dirigeant tout droit vers 200 euros sur ce nouveau marché, ce sont les ménages les plus modestes qui risquent de payer au prix fort la transition énergétique, au travers de leurs factures de chauffage et d’essence. « Les prix de l’énergie actuels donnent un argument supplémentaire aux Etats réfractaires au renforcement du marché du carbone pour questionner le Paquet climat », explique Marcus Ferdinand, du cabinet THEMA.

L’extension du marché du carbone au chauffage et aux carburants est controversée depuis le début. Des ONG ainsi que les Verts du Parlement européen s’y opposent pour des raisons sociales, tout comme Pascal Canfin, le président de la commission Environnement du Parlement européen. « Je soutiens pleinement le Paquet climat […], à l’exception de l’extension du marché du carbone au chauffage et aux carburants », déclarait-il encore il y a quelques jours, affirmant travailler à des propositions alternatives.

Fonds social pour le climat

« Mettre un prix du carbone sur les émissions induites par le transport routier, et par le secteur du bâtiment, avec une obligation qui sera portée par les producteurs de carburant, va nécessairement conduire à une augmentation des prix », confirme Emilie Alberola, directrice Europe du sud chez EcoAct. « La question est maintenant de savoir comment les revenus de ce marché, à travers le fonds social pour le climat, vont être utilisés pour compenser cette hausse et protéger les populations les plus fragiles », explique-t-elle.

Ce fonds prévu dans la réforme apporterait, avec la contribution des Etats membres, près de 145 milliards d’euros. « Nous devons être beaucoup plus clairs sur l’emploi de l’argent, pour montrer qu’il ne disparaît pas », a cependant insisté Peter Liese le rapporteur au Parlement européen de la réforme, lors de la conférence Carbon Forward. « La transparence sur l’utilisation des fonds sera essentielle pour garantir une meilleure acceptabilité sociale », approuve Emilie Alberola.

Devant les différentes récriminations contre le coût du CO2, Frans Timmermans, le vice-président de la Commission, a martelé mercredi que le marché du carbone n’était pas responsable de l’explosion des prix de l’énergie et ne devait pas en faire les frais. La Commission met également en avant que le Paquet climat, en ajoutant davantage d’énergies renouvelables dans le mix énergétique des pays de l’Union, leur permettrait de se libérer des contraintes géopolitiques liées aux énergies fossiles et ainsi d’éviter ces brutales hausses de prix à l’avenir. « Nous ne pouvons pas laisser des problèmes de court terme nous faire dévier de nos objectifs de long terme », a insisté mercredi Peter Liese.

Le prix du CO2 reprend sa respiration

Subissant le plus gros décrochage depuis le mois de juillet, le prix de la tonne de CO2 a perdu plus de 7 % mercredi pour retomber sous les 60 euros, avant de reprendre un peu de terrain en fin de semaine. Selon Marcus Ferdinand, spécialiste du carbone chez THEMA, « cette baisse pourrait être due aux positions qu’ont dû débloquer les traders pour faire face aux appels de marge sur d’autres marchés très volatils comme le gaz ». L’Espagne a également distribué des quotas gratuits, que les industriels ont pu remettre sur le marché. La Pologne doit faire de même la semaine prochaine. Certains auraient également pu être tentés par des prises de bénéfices après les pics à plus de 65 euros. THEMA prévoit des cours très volatils entre 60 et 65 euros ces deux prochaines années, puis autour de 76 euros en 2025 et de 80 euros en 2030.



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