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Economie

Le passe sanitaire s’impose à 1,8 million de salariés dès ce lundi


Transports, commerces, loisirs: les réfractaires, parmi les employés au contact avec le public, risquent une suspension du contrat de travail.

Quand les contrôleurs deviennent à leur tour des contrôlés. Les employés amenés à vérifier le passe sanitaire des salariés, et plus généralement ceux opérant dans des espaces accueillant du public, sont obligés, depuis ce lundi, de présenter eux-mêmes leur sésame anti-Covid avant de pouvoir commencer à travailler. Qui dit passe sanitaire dit vaccin à jour, ou résultat négatif d’un test réalisé il y a moins de 72 heures. En première ligne de ce renforcement de la lutte anti-Covid, l’hôtellerie-café-restauration, les magasins et la grande distribution, les transports, mais aussi le monde de la culture et des loisirs. Au total, 1,8 million de salariés devront tous les matins pointer au travail avec un QR Code valide.

En même temps qu’environ 200 000 anti-passe et antivaccin défilaient les samedis du mois d’août, la grande majorité des actifs ont mis à profit l’été pour se faire vacciner. Au 26 août, 85 % des personnes majeures avaient reçu au moins une dose (77 % les deux doses). Dans ce contexte de vaccination de masse, les gros employeurs ne savent pas précisément quel pourcentage de leur main-d’œuvre a reçu ses deux piqûres. «Il est très compliqué d’anticiper combien de salariés disposeront du passe sanitaire au 30 août, reconnaissait en fin de semaine dernière le DRH de Carrefour, Jérôme Nanty. Mais, à part quelques cas isolés, nous n’avons pas eu de demandes de mutation vers des postes ne nécessitant pas de passe.» Un indicateur de la résistance à cette obligation.

Les secteurs qui connaissaient déjà auparavant des difficultés de recrutement s’inquiètent davantage. Tout comme ceux qui comptent de nombreux jeunes salariés, même si les 18-24 ans ont quasiment rattrapé durant l’été le taux de vaccination élevé de leurs aînés de plus de 80 ans. «Nous redoutons à partir de fin août des situations inextricables notamment chez les indépendants, dans la gestion des équipes, témoigne Virgile Caillet, délégué général de l’Union sport et cycle, le principal syndicat des loisirs sportifs marchands. Si les entreprises doivent se priver d’une partie des salariés qui ne souhaitent pas se faire vacciner, cela devient insoluble. Comme pour les restaurateurs, le recrutement chez nous est difficile.» Dans la restauration, justement, prévient Roland Héguy, le président de la fédération professionnelle du secteur, l’Umih, «il est évident que cela va créer des tensions: on ne peut pas dire au cuisinier de faire serveur aussi si on manque de personnel en salle!»

Peu de récalcitrants

Les grands employeurs, en revanche, se montrent confiants. La SNCF dit pouvoir compter sur ses troupes pour assurer les derniers retours de vacances. «Nous recensons depuis plusieurs semaines la situation de chaque agent concerné par cette obligation afin que 100 % des circulations prévues soient assurées au 30 août», indique un porte-parole. Déjà réclamé aux voyageurs depuis le 9 août, le passe sanitaire est désormais exigé de 5 000 employés du rail, en particulier ceux qui circulent dans les trains longue distance. Contrôleurs, baristas ou agents de la sûreté ferroviaire (qui vérifiaient justement la validité des sésames sur les quais et dans les trains) doivent désormais afficher leur propre QR Code.

Chez Air France et ses filiales Hop! et Transavia, un peu plus d’un salarié sur dix, soit 4 300 personnes, est concerné par la nouvelle obligation sanitaire. À savoir les navigants des vols au départ de la France. Les dirigeants d’Air France ne savent pas précisément si tout le monde sera à jour dès lundi. La direction n’a pas souhaité lancer de campagne de recensement. «Nous ne connaissons pas le taux de personnes vaccinées mais il très probablement supérieur à la moyenne nationale», estime, confiant, le DRH d’Air France, Patrice Tizon. Une partie du personnel est rodée à cette problématique. Depuis le printemps, les navigants sont déjà contraints de se faire tester pour voler vers de nombreuses destinations et la compagnie propose un service de vaccination, qui a déjà été utilisé par 7 500 personnes.

Dans les salles de sport ou les cinémas, les employeurs disent compter sur leurs doigts les récalcitrants. «Sur 1 500 salariés, nous avons eu une dizaine de démissions de personnes “antivaccin”: c’est vraiment à la marge», observe Philippe Herbette, président de Fitness Park, réseau de 250 salles de sport. Au cinéma, où la mise en place le 21 juillet du passe sanitaire pour les clients a entraîné une baisse forte, mais très temporaire, de la fréquentation, on ne s’inquiète guère non plus. Que ce soit dans les multiplex Kinepolis, au sein du réseau CGR (le 3 en France) ou à l’Eden, le plus vieux cinéma du monde sis à La Ciotat, les gérants assurent à l’unisson que l’immense majorité des salariés sont vaccinés.

Pas de mesures couperets les premiers jours

Dans ce contexte, les employeurs se félicitent de l’attitude constructive de la plupart des syndicats. Rares sont les appels à la grève contre le passe sanitaire, comme celui de Sud (organisation minoritaire) aux Galeries Lafayette. Les représentants des salariés cherchent plutôt à s’assurer que ce droit du travail d’exception n’entraîne pas de dérapages. «Les élus et les syndicats sont très attentifs au respect des droits des salariés et à la confidentialité des informations relatives à ces questions», résume Patrice Tizon, le DRH d’Air France.

La plupart des entreprises ne veulent pas appliquer de mesures couperets dès les premiers jours. Jours de congé, mutation vers un poste où le passe n’est pas requis… La SNCF, où les syndicats sont très puissants, n’envisage aucune interruption du contrat de travail. «Chez Air France, notre objectif n’est pas de passer par des mesures disciplinaires, renchérit Patrick Tizon. Mais si le problème se répète plusieurs fois, ce sera la suspension du contrat.» Au sein du réseau de multiplex CGR, le PDG, Jocelyn Bouyssy, se montre très ferme: «Pour les irréductibles, nous suivrons strictement la loi avec suspension du contrat de travail dès le premier jour.»

En fonction du bon déroulement (ou non) de cette extension du domaine du QR Code, le gouvernement envisagera-t-il d’étendre l’obligation à tous les salariés? «Le passe sanitaire dans l’entreprise n’est pas d’actualité, a déclaré le premier ministre, Jean Castex, la semaine dernière. Le passe sanitaire est un outil parmi d’autres, la finalité c’est la vaccination.»

Salles de sport organisées

«Nous avons mis en place des partenariats avec des pharmacies à côté de nos salles, pour installer des barnums quand c’est possible,explique Philippe Herbette, le président du réseau de salles de sport Fitness Park. Nous pensons que, dans 30 jours, 100 % de nos salariés auront reçu au moins une première dose.»

Dans les salles de sport. 409046482/Dusko – stock.adobe.com

Transports diplomates

«Lorsqu’un agent de la SNCF ne pourra pas justifier un passe valide, nous rechercherons la bonne solution: des jours de congé, une autre affectation pour laquelle aucun passe n’est requis, assure-t-on à la SNCF. Aucune interruption du contrat de travail n’est envisagée.»

Dans les trains. BENOIT DURAND/Hans Lucas via AFP

Restaurateurs inquiets

«Il est évident que cela va créer des tensions, surtout au sein des petits établissements de moins de dix employés, s’inquiète Roland Héguy, le président du syndicat professionnel l’UMIH. On ne peut pas dire au cuisinier d‘être serveur aussi.»

Cinémas confiants

«Il y aura sûrement des cas particuliers à traiter parmi les 1 500 salariés de nos 2 000 cinémas, mais l’immense majorité des équipes seront en conformité avec la loi dès ce lundi», précise Marc-Olivier Sebbag, le secrétaire de la Fédération nationale des cinémas français (FNCF).

Dans les cinémas. BOYER Claude/PHOTOPQR/L’INDEPENDANT/MAXPPP



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