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Economie

Les caméras thermiques dans les lycées sont-elles légales?


Inutile de sourire devant les caméras qui viennent d’être installées dans trois lycées de la région Auvergne-Rhône-Alpes : elles ne captent que votre température. Plus pratiques qu’un thermomètre, ces caméras thermiques doivent permettre de limiter la propagation du Covid-19 en repérant des personnes malades à l’entrée des établissements.

Ce dispositif expérimental a été inauguré mardi par le président de la région Auvergne Rhône-Alpes Laurent Wauquiez. Si ce test est concluant, des appareils seront proposés aux 576 lycées de la région.

Le dispositif n’est pas nouveau. Dès la mi-mai, des caméras thermiques ont été mises en place à l’aéroport de Paris-Charles de Gaulle pour contrôler la température des voyageurs. Fin juillet, la SNCF en a également installé Gare de Lyon.

Une débauche de technologie qui inquiète la Cnil. Le gendarme français des données personnelles a publié en juin les règles à respecter pour mettre en place des caméras thermiques dans le respect du RGPD. «Lorsque les images thermiques des personnes captées par ces caméras peuvent permettre l’identification des personnes, ce sont des données à caractère personnel», met en garde la Cnil. «Il s’agit en outre de données de santé», ajoute-t-elle. Elles sont donc d’autant plus sensibles, et soumises à une réglementation plus stricte.

L’importance du consentement

Les dispositifs qui les prélèvent doivent donc tout d’abord faire la «démonstration de leur proportionnalité». Leur impact sur la vie privée des citoyens doit être justifié vis-à-vis du problème qu’ils se proposent de résoudre. Dans le cas du Covid-19, la Cnil rappelle que «les dispositifs légalement mis en œuvre dans cette période doivent être considérés comme exceptionnels».

Ils doivent également être anonymes, facultatifs et les données récoltées doivent être conservées durant un temps limité. Dans le cas des caméras installées dans les lycées rhônalpins, «on ne stocke pas les données. Seul l’élève est informé de sa température et c’est sur une base de volontariat», a assuré Laurent Wauquiez. Ce système semble donc cocher toutes les cases, tout comme celui de Gare de Lyon.

En revanche, la solution déployée à l’aéroport de Paris-Charles de Gaulle est plus problématique, puisque les caméras mises en place balayent un large champ de vision. Les voyageurs filmés ne peuvent donc pas donner leur autorisation au préalable, ce qui contrevient aux principes de la Cnil, même si les données ne sont pas enregistrées. Ce dispositif est toujours en place aujourd’hui, confirme un porte-parole de l’aéroport.

Une solution proposée à la Cnil consisterait à permettre aux personnes qui s’opposent au prélèvement de leurs données personnelles de l’exprimer par un «non» de la tête. Mais cette dernière estime qu’elle est «peu praticable dans les faits et difficilement généralisable. Elle contraint également les individus à afficher publiquement leur opposition au traitement et fait porter une charge trop importante sur la personne, a fortiori si les dispositifs de ce type se multiplient».

Déjà une interdiction du Conseil d’État

Si la Cnil ne s’oppose pas aux caméras thermiques dans le cadre de la lutte contre le Covid-19, le Conseil d’État a pris une position plus ferme. L’institution a interdit fin juin l’installation de ces appareils dans une école de l’Essonne. Saisie par la Ligue des droits de l’Homme, elle estime qu’ils «portent manifestement atteinte au droit au respect de la vie privée des élèves et du personnel».

Dans tous les cas, la Cnil reste méfiante quant aux caméras intelligentes qui mesurent la température, s’assurent du respect des mesures de distanciation sociales et détectent le port du masque. «Une grande partie de ces dispositifs ne respecte pas le cadre légal applicable à la protection des données personnelles», accuse-t-elle. De plus, elle estime que «leur développement incontrôlé présente le risque de généraliser un sentiment de surveillance chez les citoyens, de créer un phénomène d’accoutumance et de banalisation de technologies intrusives, et d’engendrer une surveillance accrue, susceptible de porter atteinte au bon fonctionnement de notre société démocratique».

C’est également la crainte de la Ligue des droits de l’Homme, dont le président Malik Salemkour a exprimé son opposition aux caméras thermiques des lycées de la région Auvergne Rhône-Alpes. «On est dans un détournement d’outils pour des mauvaises raisons. On veut déceler des cas de Covid. Or, l’essentiel des jeunes est asymptomatique. L’intérêt de cette mesure est quand même à apprécier par rapport à l’impact que cela a, en termes d’accoutumance, à des mesures de surveillance généralisée», a-t-il déclaré à France Inter. Il compte saisir à nouveau le Conseil d’État.



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