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Economie

Les épiciers de quartier pris à la gorge par le couvre-feu à 18 heures


Relais traditionnels des magasins de grande distribution qui ferment en milieu de soirée, ils subissent de plein fouet la fermeture à 18h.

«Hier, je suis partie avec vingt euros», soupire Naminata, gérante d’Ivoire Market, une épicerie du nord-est parisien. Du jamais vu pour les épiciers nocturnes, véritable institution à Paris, qui d’ordinaire dépannent les citadins jusqu’à minuit ou parfois plus tard et sont désormais contraints de baisser le rideau à 18h, en raison du couvre-feu en vigueur.

«Souvent le soir, je peux faire deux-cents euros, trois-cents euros», explique Naminata. «Fermer à 18h juste, c’est pas facile», abonde Brahim, responsable de l’épicerie «Momoprix», rebaptisée «Momo» à la suite d’un contentieux avec la chaîne Monoprix. Il ne cache pas avoir déjà débordé sur le couvre-feu «parce qu’il faut finir (de servir) les clients».

Relais des magasins de grande distribution qui ferment en milieu de soirée, les épiceries de quartier, souvent noctambules en France, subissent de plein fouet la crise du Covid-19 depuis l’instauration le 16 janvier d’un couvre-feu sur tout le territoire, qui force les citoyens à se précipiter immédiatement chez eux après le travail, et qui bouscule profondément leur quotidien.

«Il y a un chiffre (d’affaires) qui est vraiment en baisse par rapport à avant. Ça représente quand même 50% de chiffre en moins, ouais ! Parce que nous, on travaille plutôt le soir», explique Brahim. «Ça nous embête parce qu’on a l’habitude de venir tard, à n’importe quelle heure, et aujourd’hui on est contraint de venir avant 18h», note Mamadou, client régulier venu acheter une bouteille de gaz chez «Baba alimentation générale» dans le vingtième arrondissement, qui ferme à 2h du matin en temps normal.

«L’essence de l’épicerie c’est d’être ouverte jusqu’à minuit»

«L’essence de l’épicerie c’est d’être ouverte jusqu’à minuit (…). Moi j’ai tendance à fonctionner beaucoup en faisant des petites courses d’appoint de dernière minute (…). C’est sûr que là je ne le fais plus (…) et donc je passe plus de temps à faire des listes», ironise Éléonore, habitante du quartier, bouteille de sirop en main, pour le goûter de son fils. À 80 ans, Irène confie à l’AFP préférer faire ses courses en épicerie plutôt qu’en grande surface en période de crise sanitaire, mais aussi pour avoir «fréquenté beaucoup le Maghreb» et y reconnaître une «ambiance amicale».

En France, l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) a recensé 16.748 commerces d’alimentation générale dont 2461 à Paris en 2019. Qu’elles soient tenues par des Maghrébins, des Indiens ou des Sri-lankais, c’est un peu partout le même son de cloche. Avec six heures d’ouverture en moins chaque jour, c’est autour de 60% de chiffre d’affaires en recul pour l’établissement de Khan. «Les épiceries, normalement, ça marche bien tôt le matin et après 22h», souligne Anu, un autre gérant, turc.

Et à l’heure où un troisième confinement est envisagé en France, beaucoup de ces petites épiceries de quartier se demandent encore combien de temps elles pourront tenir. «Dans la rue, il n’y a personne, c’est un gros problème. Il y a beaucoup de loyer, il y a l’Urssaf, il y a les impôts et je fais travailler quelqu’un, je n’ai pas de chômage partiel», soupire Sudrata, le patron d’une autre boutique.



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