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Finance

Les marchés émergents fragilisés par le retour du risque politique en Chine



Publié le 3 sept. 2021 à 7:47

Avant même le début du resserrement de la politique monétaire américaine, la plupart des places boursières émergentes sont déjà fragilisées. L’indice MSCI Emergents, qui sert de référence aux investisseurs, progresse de 1,6 % seulement cette année, très loin de la performance du S&P 500 américain (+24 %) ou du CAC 40 parisien (+ 21 %). Signe du désamour des investisseurs pour les actions des pays émergents, sa valorisation relative par rapport au S&P 500 est tombée à son plus bas niveau depuis 20 ans.

Impact de la pandémie

Les facteurs de vulnérabilité sont aussi divers que les pays qui composent cette classe d’actifs (de Taïwan au Mexique, en passant par la Russie et l’Afrique du Sud). Ils sont toutefois nombreux à souffrir de la pandémie. Avec un accès restreint aux vaccins, les dernières vagues épidémiques ont été particulièrement dures en Inde ou encore au Brésil.

L’économie brésilienne s’est contractée au deuxième trimestre, à la surprise des analystes qui s’attendaient à une croissance légèrement positive. La banque centrale a relevé ses taux pour combattre l’inflation, ce qui pèse également sur l’activité. L’indice Ibovespa a cédé 1 % depuis le début de l’année.

Soutien des matières premières

Quelques pays ont toutefois tiré leur épingle du jeu. Le marché indien a grimpé de plus de 20 % cette année, à de nouveaux records historiques, grâce à la vigueur de ses entreprises technologiques et à la politique accommodante de sa banque centrale. La remontée des cours du pétrole, en hausse de plus de 40 % cette année, a pour sa part largement profité aux marchés russe (+ 20 %, à un record historique) et saoudien (+ 30 %).

Mais les marchés émergents dans leur ensemble restent dominés par la Chine, qui représente plus d’un tiers de l’indice MSCI Emergents. Et avec l’offensive réglementaire tous azimuts lancée par les autorités cet été, le risque politique associé à la Chine a été soudainement réévalué à la hausse.

Onde de choc

L’onde de choc causée par les décisions prises par Pékin a fortement secoué les investisseurs exposés à l’Empire du Milieu. Pas moins de 1.700 milliards de dollars de capitalisation ont été effacés, principalement parmi les grandes sociétés de l’Internet chinois.

L’indice MSCI China, qui regroupe des valeurs chinoises quel que soit leur lieu de cotation, a chuté de plus de 26 % depuis son pic de la mi-février. Il était alors à son plus haut niveau depuis 1993.

Offensive réglementaire tous azimuts

L’ampleur et la sévérité des mesures prises par Pékin a surpris les vétérans du marché chinois. Après s’être attaquée à Didi dans la foulée de son IPO new-yorkaise, la Chine a multiplié les annonces ciblant les plus grands groupes chinois comme Alibaba, Tencent ou encore Meituan, le spécialiste de la livraison à domicile.

D’un trait de plume, les autorités ont étouffé l’industrie du soutien périscolaire, très populaire auprès des investisseurs étrangers. Plus récemment, elles se sont attaquées au secteur des jeux vidéo en ligne .

« Des instruments de l’Etat »

L’activisme des autorités chinoises a obligé les investisseurs à regarder la réalité en face et, dans certains cas, à reconsidérer leurs stratégies. Le président chinois Xi Jinping « considère toutes les entreprises chinoises comme des instruments de l’Etat et de son parti unique », avertit le milliardaire George Soros dans une récente tribune publiée par le « Financial Times ».

Gare aux illusions, prévient-il. Le régime communiste chinois ne suit pas les mêmes règles que les gouvernements des pays développés. « Les investisseurs qui cherchent à profiter du rebond des cours seront confrontés à un réveil brutal. »

Chasse aux opportunités

Pour certains, au contraire, le moment est venu de saisir des opportunités. La gérante américaine Cathie Wood, célèbre pour ses paris gagnants sur la tech, est repartie à l’achat en Chine après avoir liquidé ses positions au début de l’été. Sa société Ark Investment Management a acquis des titres de la plateforme d’e-commerce JD.com la semaine dernière.

Elle n’est pas la seule à revenir sur le marché chinois. Au cours des neuf dernières séances, les investisseurs étrangers ont acheté plus de titres chinois qu’ils n’en ont vendus, selon Bloomberg. L’indice MSCI China a d’ailleurs repris environ 9 %.

Pari de long terme

Les grands gérants d’actifs mondiaux comme BlackRock ou Amundi se montrent également confiants sur les perspectives à long terme des Bourses chinoises. Selon eux, les autorités chinoises ont tout intérêt à conserver un secteur privé solide et en croissance.

Revenant sur de précédentes offensives réglementaires en Chine, notamment la campagne anti-corruption lancée lors de l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping, Amundi estime que ces épisodes « ont finalement profité à l’économie, ainsi qu’aux investisseurs sur le long terme ». En conséquence, « cette phase de correction du marché pourrait créer des points d’entrée intéressants. »

Xi Jinping veut lancer une Bourse à Pékin pour les petites et moyennes entreprises

La Chine, qui compte actuellement deux places boursières principales, à Shanghai et à Shenzhen, pourrait bientôt en créer une troisième, à Pékin. Objectif : inciter ses entreprises à se coter sur le sol national plutôt qu’à l’étranger, a annoncé jeudi le président chinois Xi Jinping. Cette nouvelle Bourse serait destinée aux petites et moyennes entreprises. « Nous continuerons à soutenir le développement innovant de petites et moyennes entreprises […] en lançant la Bourse de Pékin », a déclaré le dirigeant.



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