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Finance

Les prix alimentaires atteignent des niveaux record


Publié le 2 sept. 2021 à 13:28Mis à jour le 2 sept. 2021 à 18:01

Alerte sur les prix ! Après deux mois de répit , l’indice du coût des denrées de base calculé par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) est reparti à la hausse. Il a progressé de 3,1 % et atteint 127,4 points en août, du jamais vu depuis 10 ans . A ce niveau, l’indice se situe à quelques encablures du record historique de 2011 (137,11 points).

L’inflation du panier moyen a été soutenue par la flambée des cours des céréales, du sucre et des huiles végétales sur fond d’accident climatiques. Le gel et la neige au Brésil ont dévasté les récoltes de canne à sucre. Les dômes de chaleur en Amérique du Nord ont grillé les champs de blé dur, que l’on utilise dans les pâtes, et ils ont ruiné les perspectives de récolte de colza, dont l’huile est très consommée en Amérique et en Asie.

Alignement des planètes contre le monde agricole

En Europe de l’Ouest, ce sont à l’inverse les pluies incessantes qui ont dégradé les quantités et la qualité des blés moissonnés. L’humidité était telle que des épis ont même germé sur pied ! En Russie, grenier à grain du monde, les conditions climatiques n’ont guère été plus favorables : selon les prévisions, la fédération ne devrait produire que 72,5 millions de tonnes de blé contre 85 millions l’an dernier.

Dans ces conditions, les cours se sont envolés sur les marchés internationaux. Le blé tendre à Paris a par exemple progressé de 26 % depuis le début de l’année. Il se facture désormais 245 euros la tonne après avoir dépassé 270 euros en août. Le record historique de 286 euros remonte à 2008, au moment d’une grave crise alimentaire. Le prix de colza s’est lui aussi emballé avec une tonne propulsée à 569 euros contre un peu moins de 400 euros il y a un an.

Les achats massifs de la Chine

La hausse des cours est particulièrement spectaculaire car la situation est sous tension depuis un certain temps. « Les marchés se sont nettement tendus l’an dernier avec les achats massifs de la Chine , rappelle Sébastien Poncelet, directeur du développement chez Agritel. Les stocks étaient tels que nous n’avions pas de place pour un accident climatique lors de cette campagne, or nous en avons eu plusieurs en l’espace de quelques semaines dans des régions clefs de production agricole. »

Les prix vont-ils continuer à grimper ? « Tout dépendra du comportement des pays importateurs », explique l’expert. « La hausse des prix met des mois à se transmettre sur les marchés à terme car elle se matérialise au fur et à mesure des achats », précise encore Sébastien Poncelet. Lorsqu’ils sont confrontés à des prix plus élevés, les acheteurs ont en effet tendance à réduire les volumes commandés.

« Un marché tendu a vocation à rationner la demande, explique Sébastien Poncelet. On commence par la nourriture animale, c’est le plus simple et ensuite on passe à la nourriture humaine. En la matière on a peu d’expérience car ces 20 dernières années, nous n’avons connu que trois flambées. » Le rationnement de la demande a donné lieu à de graves crises alimentaires et politiques avec pour conséquence des émeutes de la faim en 2007-2008. La crise alimentaire a également joué un rôle dans les printemps arabes en 2010.

Bis repetita ?

Avec la crise sanitaire et la flambée des produits agricoles, le spectre d’une crise alimentaire revient hanter la planète. Pour les ménages les plus modestes, c’est la double peine : les prix augmentent quand les revenus chutent, comme en 2007-2008 . « Quand on regarde la tension entre les stocks et leur utilisation – un ratio qui permet de comparer dans le temps et de prendre en compte la hausse démographique -, on se rapproche de la situation de 2007-2008, notamment pour le blé meunier ou pour le colza », souligne le consultant d’Agritel.

Il existe toutefois des solutions : une grande partie de la production agricole ne nourrit ni humains, ni animaux, mais des machines. C’est le cas de 60 % de la canne à sucre au Brésil ou de 30 % du maïs américain transformé en éthanol. Le colza et l’huile de palme servent de leur côté en grande majorité à produire du biodiesel. « Le débouché des agrocarburants peut devenir l’objet d’un débat dans les mois qui viennent, estime Sébastien Poncelet. En réduisant la voilure sur les programmes énergétiques, on peut dégager un peu de marge pour nourrir les humains ».



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