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Finance

Les prix du gaz poursuivent leur folle envolée


Publié le 6 oct. 2021 à 10:14Mis à jour le 6 oct. 2021 à 14:03

« Complètement hallucinant ! » Les experts les plus chevronnés manquent de mots pour expliquer l’envolée des cours mondiaux du gaz. La flambée paraît sans fin. Après une petite journée de répit la semaine dernière, les prix de gros européens, cotés aux Pays-Bas, ont franchi ce mercredi matin la barre des 140 euros du mégawattheure, en hausse de 25 %, avant de retomber à 115 euros en début d’après-midi. Malgré des niveaux déjà record, des progressions quotidiennes de plus de 10 % sont devenues monnaie courante depuis le mois dernier.

Le contrat pour le mois de novembre 2021 affiche une hausse de plus de 500 % en un an. « La progression devient exponentielle », s’alarme Geoffroy Hureau, secrétaire général de Cedigaz, un fournisseur de données pour le secteur.

Destruction de la demande

Pour donner une idée de ce que représentent des prix aussi élevés pour les consommateurs, Edoardo Campanella, économiste chez UniCredit, les a comparés au pétrole. A intensité énergétique équivalente, le prix actuel du gaz naturel en Europe correspondrait à un baril de brut à 175 dollars, plus du double du prix actuel de 82 dollars. Pour mémoire, le baril de brent n’a jamais atteint les 150 dollars, même au plus fort de la crise énergétique de 2008.

« Avec des cours du gaz aussi élevés, on commence à voir une destruction de la demande », analyse Anne-Sophie Corbeau, chercheuse au Center on Global Energy Policy de l’université de Columbia. Des fabricants d’engrais comme BASF et Yara ont réduit leur production européenne , invendable avec un coût du gaz aussi élevé.

D’autres secteurs gros consommateurs de gaz comme l’aluminium ou la chimie pourraient suivre, prévient l’analyste d’UniCredit. En France et ailleurs en Europe, les gouvernements sont contraints de bloquer les prix pour les ménages afin d’éviter une inflation sans précédent des factures. L’Union européenne s’est, elle aussi, saisie du dossier , sous la pression de certains Etats membres, dont la France.

Exportations russes

Les raisons de la flambée des cours ont été largement exposées ces dernières semaines. La demande repart à toute allure en Asie après la pause de la crise sanitaire. Elle est vigoureuse aussi en Europe, où les stocks de gaz sont inférieurs à la normale en conséquence d’une saison froide plus longue que d’ordinaire en début d’année. Ou encore au Brésil, où la sécheresse, qui limite la génération d’électricité hydraulique, force le pays à importer toujours plus de gaz naturel liquéfié (GNL).

En face, l’offre est contrainte par des problèmes techniques en mer du Nord norvégienne, une production qui décline rapidement aux Pays-Bas… Les capacités d’exportation de GNL aux Etats-Unis, elles, tournent déjà au maximum.

« Un cercle infernal »

Quant aux exportations russes vers l’Europe, elles sont au plus haut mais elles restent insuffisantes. Cela conduit certains -la Maison-Blanche, l’Agence internationale de l’énergie- à accuser Moscou de limiter volontairement ses volumes afin de favoriser son gazoduc Nord Stream 2, qui relie la Russie à l’Allemagne en passant sous la mer Baltique. Le pipeline ne pourra pas, quoi qu’il en soit, être mis en service avant l’an prochain. Trop tard pour desserrer l’étau cet hiver.

Jusqu’où les cours peuvent-ils encore monter ? « Rien ne laisse présager une détente à court terme », explique Anne-Sophie Corbeau. En temps normal, des prix du gaz élevés conduisent les électriciens à privilégier le charbon. Mais en ce moment, les cours du charbon battent eux aussi tous les records , et l’offre n’est pas suffisante pour répondre à la demande, en Asie notamment. « Les prix du gaz et du charbon s’autoalimentent, c’est un cercle infernal », poursuit la chercheuse.

Un seul espoir, la météo

La seule porte de sortie espérée à ce stade, c’est… la météo. « Un automne plus doux que la normale permettrait de décaler de quelques semaines les tirages sur les stocks et de calmer les cours », explique Geoffroy Hureau. Mais rien ne peut le garantir aujourd’hui. Une bonne surprise pourrait aussi venir de Chine, où la demande est « parfois imprévisible » en raison du manque de visibilité sur les stockages gaziers du pays, ajoute l’expert.

En attendant, la flambée continue. « Les prix devraient rester élevés tout l’hiver », écrivent les analystes de MUFG, avant de baisser au printemps puis de « se normaliser » au second semestre 2022. Sur les marchés de gros européens, le contrat pour le deuxième trimestre de l’an prochain s’échangeait mercredi à moins de 52 euros le mégawattheure. Un prix toujours très élevé, mais loin des sommets atteints cette semaine.



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