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Economie

Les sages-femmes peu satisfaites des annonces du gouvernement malgré la revalorisation de 500 euros


Les professionnels regrettent que les conditions de travail n’aient pas été au cœur des annonces de l’exécutif concernant leur métier.

Un «geste substantiel» pour «réinstaurer le dialogue social avec une profession en souffrance». Ce lundi, le ministère de la Santé a annoncé un paquet de mesures pour revaloriser la place et la rétribution des sages-femmes. Parmi les changements annoncés, une revalorisation salariale et une refonte des études de maïeutique, qui vont durer six ans au lieu de cinq, pour adoucir la dernière année d’études réputée pour être très intense.

Le gouvernement met ainsi en avant une revalorisation financière à hauteur de «500 euros par mois». Mais les organisations syndicales et les professionnels veulent lire entre les lignes. Tout d’abord, cette somme annoncée comprend les revalorisations salariales annoncées au moment du Ségur de la Santé, soit 183 euros nets par mois. Par ailleurs, cette somme comprend 240 euros nets de prime. «Cela signifie que cette somme ne sera pas prise en compte au moment du calcul de la retraite, et en plus qu’elle peut être supprimée à tout moment», déplore Catherine*, sage-femme de 48 ans exerçant dans un hôpital public.

«Je sais pour ma part que je ne toucherai pas cette somme», déplore Juliette*, sage-femme libérale dans le sud est de la France. La somme totale annoncée par le gouvernement ne concernera en effet que les sages-femmes salariées à l’hôpital public – ne sont pas incluses les libérales, les contractuelles et celles qui travaillent dans des cliniques privées. «On n’a ni les primes que reçoivent les paramédicaux, ni le salaire des médicaux. Sur ce point, nous ne sommes pas du tout entendus», juge Constance Verbeke, sage-femme salariée d’une clinique privée amiénoise et syndiquée à la CGT.

Statut particulier

Longtemps dotés du statut de personnel paramédical, avant d’acquérir un statut spécifique, les sages-femmes (la profession est composée à 97% de femmes) n’ont pas le statut de praticien hospitalier malgré leur première année de médecine. Cela se ressent notamment sur leur grille de salaire. Cette question fait l’objet de dissensions depuis de nombreuses années et a alimenté un mouvement de grève qui dure depuis décembre dernier dans les maternités.

«On n’est pas des capricieux» fait valoir Judith, sage-femme dans un hôpital public breton. «On reconnaît l’effort du gouvernement sur le plan financier, mais il ne faut pas oublier que la première cause de mobilisation, ce sont les conditions de travail». Les professionnels de la maïeutique critiquent en effet les décrets de 1998 concernant la périnatalité, qui régissent le nombre de soignants qui doivent être présents en salle d’accouchement en fonction du nombre de naissances dans l’établissement chaque année.

«Je travaille dans un hôpital qui accueille 1100 accouchements par an et nous sommes à peine 1,5 personne en salle d’accouchement», déplore encore Daphné. Une question qui soulève en creux le problème du manque d’effectifs. «Nous avions demandé leur refonte», souligne Camille Dumortier, présidente de l’Organisation Nationale Syndicale des Sages-Femmes (ONSSF), qui a participé aux discussions avec les ministères. «Mais on nous a dit que ce n’était pas le bon timing», dit-elle, amère.

Conditions de travail difficiles

Les sages-femmes interrogées décrivent un quotidien dicté par l’urgence, où la péridurale n’est plus seulement un recours pour le confort des patientes, mais aussi une manière de soulager les équipes soignantes quand les cas urgents s’accumulent. «Les équipes sont complètement épuisées par les gardes», s’inquiète Catherine, salariée d’hôpital public. «Quand j’entre dans une chambre, je ne demande plus ‘comment allez-vous?’ car cela ouvre la porte à la réponse ‘mal’, sur laquelle je n’aurais pas le temps de m’attarder. J’ai remplacé cette question par ‘tout va bien?’».

Ce tableau sombre est aussi celui qui se présente aux étudiants sages-femmes au cours de leur formation, qui se déroule en compagnonnage avec des professionnels sur le terrain. «Ils ne peuvent que voir qu’on est débordés» soupire Camille Dumortier. «Si la sage-femme avec qui ils travaillent n’a pas le temps ni de prendre une pause, ni de déjeuner, eux non plus. Ces jeunes collègues ne sont pas dupes: dans ce contexte, pourquoi ne pas choisir des études de chirurgie dentaire plutôt que sage-femme ? D’autant que les salaires varient du simple au triple d’une profession à l’autre».

Michelle Pascale Hassler, sage-femme enseignante à l’école de maïeutique du campus santé nord d’Aix- Marseille Université, estime que la «crise des vocations» est déjà là. «Nous avons mené une étude sur la vie étudiante auprès de ces jeunes. 25% d’entre eux sont sous anxiolytiques, même si l’on essaie d’être très à l’écoute», rapporte-t-elle. Au niveau national, une enquête «Bien-être étudiant» menée par l’Association nationale des étudiants sages-femmes (Anesf) en 2018 révélait déjà que sept étudiants en maïeutique sur dix présentent des symptômes dépressifs.

*Noms modifiés à la demande des intéressées.



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