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Economie

les salles de sport inquiètes pour leur avenir


Le parcours du combattant se poursuit pour les professionnels. La crise sanitaire pousse le secteur à s’interroger sur son modèle.

Un mois après la rentrée, les salles de sport ne voient pas le bout du tunnel. Traditionnellement, ces activités reposant sur le modèle économique de l’abonnement comptent sur les mois de janvier et de septembre pour engranger un maximum de nouveaux pratiquants. Les semaines venant de s’écouler étaient donc scrutées de près par la profession, qui espérait voir revenir en masse les Français.

Quelques semaines plus tard, le bilan est amer : si la demande est là, elle ne suffit pas à remettre les comptes d’aplomb. «Cette demande arrive avec un stock négatif de clientèle perdue pendant la crise sanitaire. On reste donc en dessous du niveau de 2019», explique au Figaro le patron du syndicat Franceactive-FNEAPL, Thierry Doll. La tendance est donc positive, mais la courbe de progression n’est pas assez raide, alors que certains professionnels ont perdu jusqu’à 40% de leurs adhérents depuis mars 2020. Le constat n’est «pas enthousiasmant», confirme le délégué général de l’Union sport & cycle, Virgile Caillet. Si certaines activités comme le fitness et le yoga s’effondrent, d’autres comme l’escalade ou le foot en salle sont «dans une reprise favorable».

Les plus gros réseaux, aux reins plus solides, s’en sortent mieux que les indépendants. «L’été a été très dur, avec des ventes vraiment très en dessous de l’avant crise, mais la rentrée de septembre se passe très bien», indique la cofondatrice de Neoness, Céline Rémy Wisselink. «Ça a été une période cataclysmique pour tout le monde […] mais la tendance est bonne», confirme le PDG de Keep Cool, David Amiouni. Mais même dans ces groupes dont les salles émaillent l’Hexagone, le fichier client reste moins garni qu’avant la crise. Dans l’ensemble, «les chiffres ne sont pas du tout ceux qu’on espérait», se lamente Virgile Caillet.

Le parcours du combattant des salles se poursuit donc : avec la crise sanitaire, les résiliations d’abonnement se sont multipliées et les rebonds épidémiques ont rendu les clients frileux à l’idée de s’engager sur le long terme. Le passe sanitaire, instauré durant l’été, n’a pas aidé. «Ça a été une catastrophe, car toutes les activités, sauf l’escalade, accueillent un public plutôt jeune, soit les personnes les plus éloignées de la vaccination. Le passe nous a été extrêmement préjudiciable, au début», souligne Virgile Caillet. «Le passe a été difficile. Les 10% d’adhérents repris en juin, à la réouverture, ont été immédiatement reperdus avec le passe», soupire David Amiouni. À mesure que les injections se multipliaient, cet été, ce boulet s’est allégé, mais il reste pesant dans certains territoires, comme en Méditerranée, moins vaccinée.

Une demande en mutation

Ébranlé par la crise sanitaire, le secteur s’interroge sur son avenir. La base client ne reviendra pas à la normale avant six à dix-huit mois, selon les situations et «la crise va fracturer le marché», résume David Amiouni. Partant du principe que les amoureux du sport voudront revenir dans les salles, les entreprises se livrent une «bataille commerciale» afin de séduire les quelque 40% d’adhérents qui ont rendu leur carte durant la crise, note Thierry Doll. Chacun y va donc de son offre promotionnelle, allant de mois gratuits à une offre «freemium», chez Keep Cool, en passant par un sac de sport en cadeau.

Pour certains, le modèle de l’engagement sur le long terme doit gagner en souplesse, en agilité, à l’instar d’un abonnement Netflix mensuel, annulable à volonté. «La manière dont le pratiquant gère sa consommation va évoluer, souligne Thierry Doll. La crise du Covid a montré qu’il faut inventer autre chose. Les gens sont frileux, ils veulent être plus libres», considère-t-il. «Le modèle devra être questionné, a minima», abonde Virgile Caillet. Keep Cool répond à ces inquiétudes par sa formule freemium, quand Neoness a déjà opéré un virage vers l’abonnement sans engagement il y a plusieurs années.

Autre changement, le télétravail et les mouvements de population post-confinements pourraient transformer la demande. Des salles autrefois fréquentées par un public assidu risquent de perdre des adhérents, quand d’autres territoires pourraient gagner des abonnés en quête de verdure ayant quitté les villes. «Les cartes vont être rebattues, la localisation géographique des clubs sera déterminante, pointe Céline Rémy Wisselink. Les enseignes avec un maillage territorial étroit vont en profiter». De quoi renforcer l’envie des groupes d’étendre leur présence à travers l’Hexagone.

L’ombre de restructurations et rapprochements à venir

Sur le plus long terme se posera la question d’une réorganisation de l’offre. Les professionnels voient venir un «risque de consolidation pour les petites salles indépendantes», qui seront dos au mur d’ici quelques mois, lorsque la fin des aides publiques se fera sentir. «Il y a un vrai sujet sur les petites salles, aujourd’hui dans une situation économique beaucoup plus difficile que les réseaux», s’inquiète un représentant. «Il est possible que les choses bougent, que des indépendants rejoignent des réseaux. Le marché est mature, il peut y avoir une logique de rapprochement, de rachat», concède-t-on chez Neoness. «Nous sommes vigilants. Une recomposition du marché est possible», déclare l’Union Sport & Cycle.

Les entreprises gardent aussi un œil sur les pénuries de main-d’œuvre. Si Neoness et Keep Cool sont épargnés, le secteur dans son ensemble a vu partir «entre 25% et 30% des collaborateurs» durant la crise, selon Franceactive-FNEAPL. Écœurés par des mois d’incertitude et d’arrêt de l’activité, les travailleurs, souvent autoentrepreneurs, se sont mis à leur compte ou ont quitté ce domaine. «C’est une fuite de compétence», insiste Thierry Doll, rejoint par Virgile Caillet, qui ajoute que «le passe sanitaire a pu aggraver la situation». Après la crise se posera, comme dans d’autres secteurs, la question des conditions de travail et des salaires, pour renforcer l’attractivité de ces métiers. «Inévitablement, nous allons avoir des discussions sur ces sujets», admet un représentant.

Un «enjeu de santé publique»

Sur un front plus optimiste, la crise peut aussi constituer une opportunité, soulignent certains acteurs : le rôle du sport comme vecteur de bien-être a été remis en avant, y compris par l’exécutif. «Dans le monde de demain, les services seront la seule chose consommable en illimité, et le bien-être en fera partie», analyse la cofondatrice de Neoness.

En attendant ces lendemains prometteurs, les professionnels comptent sur le soutien de l’État pour passer le cap. Une rencontre avec Bercy est prévue en novembre pour faire un point sur les aides. «Elles doivent être prolongées jusqu’au 31 décembre», considère FranceActive-FNEAPL. La profession suggère également de baisser la TVA pesant sur ses activités, argumentant qu’il y va d’un «enjeu de santé publique». En même temps qu’un coup de pouce bienvenu : car, sans soutien, «les entreprises vont plonger», avertit Virgile Caillet.



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