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Finance

L’euro menacé par la nouvelle vague de Covid



Publié le 22 nov. 2021 à 12:10

L’euro, qui a déjà perdu 8 % contre le dollar depuis le début de l’année, continue de se replier. Le taux de change de la paire évoluait autour de 1,23 dollar en début d’année. Il est tombé sous 1,13 en fin de semaine dernière, touchant vendredi son plus bas niveau depuis juillet 2020, à 1,1250. La chute de la devise européenne reste toutefois assez modérée compte tenu des différentiels de taux de part et d’autre de l’Atlantique et des divergences des politiques monétaires. Pour l’instant 2021 est même la deuxième année la plus calme de l’euro depuis 22 ans.

Mais la nouvelle vague du Covid qui menace l’Europe pourrait ramener l’euro vers le niveau psychologique de 1,10 dollar. Il a rarement été longtemps sous ce seuil dans son histoire et il est même resté au-dessus pendant plus de 12 ans (2003-2015).

« L’euro est pénalisé cette année par les meilleures statistiques sur la croissance aux Etats-Unis que dans la zone euro », estime George Saravelos chez Deutsche Bank, qui anticipe une baisse autour de 1,08 dollar fin 2022. Une « erreur » de la Réserve fédérale consistant à remonter fortement ses taux pour lutter contre l’inflation en sacrifiant la croissance, ferait même chuter l’euro à 1,02 dollar, selon lui.

Correction généralisée

Cette année, l’euro a connu une correction par rapport à la plupart des monnaies à l’exception du yen (+ 3 %). Il enregistre sa plus forte baisse par rapport au renminbi (- 9,5 %) et dollar (-7,4 %) et recule de 6 % contre la livre sterling. Autre mouvement notable, l’euro est repassé sous le niveau de 1,05 franc suisse, ce qui pourrait conduire la Banque nationale suisse à intervenir comme elle l’a fait lors de la crise du Covid . Elle estime toujours que sa monnaie, au plus haut depuis 6 ans face à l’euro est trop forte. Or la nouvelle vague de Covid et le retour des confinements en Europe risquent de profiter à cette monnaie refuge .

Les prévisions sur la principale paire de monnaies au monde, l’euro-dollar , sont ardues pour 2022. Elles dépendent du niveau de l’inflation future des deux côtés de l’Atlantique, « très incertain et qui conditionne l’évolution des politiques monétaires américaines et européennes », souligne la banque Goldman Sachs qui anticipe un euro à 1,18 dollar dans 12 mois. La résurgence du Covid ajoute une inconnue à cette équation.

Sortie de crise chaotique

Lors des précédents cycles de hausse des taux aux Etats-Unis (2004-2006 et 2017-2018), la volatilité de l’euro-dollar a eu tendance à baisser. Mais cette fois « si la crise énergétique se mue en inflation systémique contraignant la Réserve fédérale à des hausses de taux préventives, le marché des changes devrait connaître une volatilité plus forte » estime Olivier Korber, stratège à la Société Générale. La pandémie avait anesthésié la volatilité de l’euro-dollar , du fait des soutiens massifs des banques centrales, mais la sortie de crise pourrait s’avérer bien plus délicate et chaotique.

BCE à la traîne de la Fed

La banque HSBC anticipe une chute de l’euro à 1,10 dollar en fin d’année prochaine. La Banque centrale européenne (BCE) opterait d’autant plus pour le statu quo en 2022 que le Covid viendrait de nouveau entraver la reprise économique. La Fed devrait être devancée par la Réserve fédérale, qui pourrait agir en réaction au bond de l’inflation outre-Atlantique, ce qui favorisera le dollar par rapport à l’euro.

Lors des cinq derniers cycles de hausse des taux d’intérêt aux Etats-Unis, les marchés ont commencé à anticiper la hausse du billet vert en achetant des dollars contre des euros plusieurs mois avant le premier resserrement monétaire. Sept mois avant la première hausse des taux de la Fed, l’euro perd en moyenne 3,7 % face au dollar, selon la banque Citi. Il avait plongé de 11,4 % dans les sept mois précédant le premier resserrement monétaire de la Fed (30 juin 1999) empêtrée dans la bulle internet .

Présidentielle française

Autre élément à prendre en compte à moyen terme, « les marchés devraient être prudents avant l’élection présidentielle française. C’est un facteur de risque qui incitera les intervenants à se détourner de l’euro au premier trimestre », indique Dominic Bunning, responsable de la recherche européenne sur les changes de HSBC.

En 2017, le marché des changes avait estimé, avant l’élection, que l’euro chuterait de 3 % à 5 % au lendemain d’une victoire de Marine Le Pen . Deux mois après celle d’Emmanuel Macron, la devise européenne évoluait à son plus haut niveau depuis 2015 . Les investisseurs notamment étrangers, s’étaient alors de nouveau rués sur la dette française , le risque de « Frexit » étant écarté. Les investisseurs étrangers vendent les dettes européennes depuis des années car elles n’offrent pas assez de rendement. L’incertitude présidentielle est une raison de plus de persister au moins jusqu’en avril prochain.



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