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Finance

Lutte anti-blanchiment : « Les néobanques sont systématiquement impliquées »



Des failles dans la vigilance d’une banque française ont été pointées dans l’affaire des biens mal acquis. La supervision des institutions financières dans la lutte anti-blanchiment est-elle au niveau ?

De manière générale, le dispositif de supervision des banques en France est aujourd’hui très efficace. Une zone grise pose cependant problème au niveau international, c’est celle des néobanques, aux frontières des circuits des banques traditionnelles et des crypto-monnaies. Systématiquement, dans tous les dossiers que nous traitons, au moins une néobanque apparaît. Même si elles sont soumises aux mêmes contrôles de lutte anti-blanchiment que les banques, elles connaissent moins leurs clients, du fait de l’absence de réseaux physiques d’agences. Surtout lorsqu’elles ne sont pas localisées en France et que la réglementation qui leur est imposée est moins stricte. Il est facile pour des délinquants d’ouvrir depuis la France des comptes dans ces nouvelles banques à l’étranger, plus facile même que dans une banque étrangère en France.

Quel est le profil de ces délinquants ? 

Ce sont des blanchisseurs classiques, multi-bancarisés. Ils créent des comptes rebond dans différentes géographies du globe, ce que les procédures de néobanques, par essence à distance, facilitent. Avant il fallait des « mules bancaires » pays par pays que l’on rémunérait pour ouvrir des comptes et y passer les flux, ou que l’on devait faire transiter en passant des contrôles physiques. Avec les néobanques, c’est beaucoup plus simple.

Dans quels Etats la surveillance de ces néobanques est-elle la plus lâche ?

A l’image des banques traditionnelles dans certains pays, la coopération avec les néobanques de ces zones y est plus difficile. Les pays les plus réfractaires à ces échanges sont notamment situés en Asie. En revanche, contrairement à une idée reçue, nous coopérons très bien avec le Luxembourg ou la Suisse.

La protection des données personnelles, à la lueur de récentes prises de position du superviseur européen et de la Cour de justice européenne, pose-t-elle problème ? 

C’est notre quotidien, que nous intervenions au niveau national, européen ou international. En France, nous devons agir de surcroît dans les règles posées par la CNIL. L’une des avancées attendues de la réforme de la lutte anti-blanchiment en Europe sera la possibilité de consulter des fichiers bancaires centralisés à travers tous les Etats de l’Union. Ce type de registre, le Ficoba, existe déjà depuis trente ans en France. La supervision bancaire y est robuste. Si l’on veut un système de supervision européen aussi solide, il faudrait créer rapidement des fichiers bancaires similaires dans chaque pays, comme le prévoit la dernière directive. Mais il ne faudrait pas que des règles de protection des données très différentes d’un pays à l’autre en viennent à freiner cet usage dans la lutte contre la criminalité financière.



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