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Finance

Métaux : l’aluminium victime de la crise du secteur automobile



Dans le monde des métaux industriels, l’optimisme est plutôt de mise : le cuivre a gagné plus de 20 % depuis son point bas en mars, le minerai de fer continue de s’envoler au-delà des 100 dollars la tonne. Mais pour l’aluminium, c’est encore la déprime. Le métal peine toujours à remonter la pente : il cote à 1.600 dollars la tonne, contre 1.800 dollars avant la crise.

« L’aluminium est particulièrement touché car les trois grands secteurs qui représentent plus de 50 % de la consommation ont été très ralentis », explique Antoine Chacun d’Oddo BHF Metals. Que ce soit, la construction automobile, l’aéronautique ou le BTP, l’activité y a été fortement réduite en raison de l’épidémie de coronavirus. Au mois d’avril, le négociant estime que ses volumes ont chuté à 60 % de leurs niveaux habituels.

Incertitude dans la construction automobile

Malgré la reprise dans certains sites, le monde de l’aluminium reste dans le flou. « On ne sait pas encore quand la réouverture des usines va se traduire en amont par une demande en métal », indique Antoine Chacun citant les véhicules invendus pendant la crise.

Les montagnes d’aluminium constituées pendant la crise pèsent aussi sur les prix. « On ne peut pas se limiter aux stocks LME ou ceux de Shanghaï. On sait qu’il y a des stocks industriels, ils sont difficiles à lire, mais ils sont considérables », prévient Yves Jégourel, codirecteur de CyclOpe et maître de conférence à Bordeaux.

A cette incertitude conjoncturelle s’ajoute une autre inconnue pour la construction automobile : « Avec la crise sanitaire et les plans de relance orientés vers l’électrique, le secteur automobile fait face à un choc de demande et à un choc technologique », explique Antoine Chacun. Entre un moteur à explosion et un moteur électrique, les besoins en aluminium ne sont pas les mêmes.

La pression sur les cours est d’autant plus forte que contrairement aux autres métaux, l’offre en aluminium primaire a été marginalement perturbée. Résultat, le marché s’annonce excédentaire dans des proportions astronomiques. Les analystes de Deutsche Bank anticipent une offre supérieure à la demande à hauteur de 1,7 million de tonnes, « un surplus record ». Le cabinet CRU met en garde contre un possible excédent de 5,25 millions de tonnes.

Les exportations du Bahreïn explosent

Dans cette situation de baisse durable, les producteurs avaient deux choix : soit limiter l’offre, soit maintenir les niveaux de production au risque de déclencher une guerre des prix. « C’est bien cette seconde éventualité qui semblait se dessiner à la fin du premier trimestre avec une offre d’aluminium primaire en hausse par rapport à celle de 2019 », analyse Yves Jégourel.

L’origine de cette guerre des prix est plus surprenante qu’on ne pourrait l’imaginer. Certes, la Chine y joue un rôle important, mais l’universitaire invite également à regarder du côté des pays du Golfe. En effet, les exportations de Bahreïn ont explosé de 130 %. Grâce à ses ressources en gaz et donc en électricité peu chère, l’Etat détient un avantage comparatif.

La guerre des prix devrait se doubler d’une guerre du carbone. La production de ce métal par électrolyse est extrêmement gourmande en énergie. Selon le cabinet CRU, une tonne produite en Chine (60 % de l’offre) avec des centrales à charbon émet 15 tonnes de CO2, contre 4 tonnes seulement en Europe où le recours à l’hydroélectricité est plus important. Pour répondre à la pression des investisseurs et aux exigences de clients, la Bourse des métaux de Londres envisage, selon le « Financial Times » de lancer dès 2021 une plateforme de trading d’aluminium labellisé bas carbone.



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