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Economie

Nord Stream 2, gazoduc russe de la discorde, est achevé


Il relie directement la Russie à l’Allemagne en passant sous la mer Baltique, en contournant la livraison via l’Ukraine du gaz russe à l’Europe.

« Ce matin, à 8h45, heure de Moscou, la construction du gazoduc Nord Stream 2 a été complètement achevée. » C’est en ces termes factuels qu’Alexei Miller, le directeur général du géant russe Gazprom, a annoncé la nouvelle vendredi. Moins sobre, la porte-parole de la diplomatie russe a salué « l’une des plus grandes constructions énergétiques au monde », laquelle relie directement la Russie à l’Allemagne. La fin de ce chantier pharaonique – 1230 kilomètres sous la Baltique, 10 milliards d’euros investis – marque une victoire incontestable pour Moscou alors que les États-Unis, l’Ukraine, la Pologne et les pays baltes restent hostiles au nouveau pipeline. Pour autant, ce feuilleton diplomatico-énergétique commencé avec la conception de Nord Stream 1 en 2005, n’est pas terminé.

Le consortium Nord Stream (dont Gazprom est le premier actionnaire, aux côtés des allemands Wintershall et Uniper, de l’autrichien OMV, de l’anglo-néerlandais Shell et du français Engie) espère livrer ses premières molécules de méthane d’ici la fin de l’année. Le nettoyage et la mise en pression prendront plusieurs mois.

Obstacles juridiques

Sur le plan juridique, la situation est plus compliquée. Certes, l’Administration Biden a levé au printemps les sanctions imposées aux partenaires de Nord Stream notamment en raison de l’annexion de la Crimée par la Russie. Ces sanctions ont retardé le chantier «d’un an et demi » et coûté « des centaines de millions » d’euros, déclarait cet été le président – allemand – de Nord Stream 2 , Matthias Warnig, au journal Handelsblatt.

Washington a levé ses sanctions en échange d’un engagement, pris avec Berlin à ce que l’Ukraine, qui compte sur les milliards de dollars engendrés par le transit de gaz russe, ne soit pas entièrement déshabillée.

Un autre obstacle juridique pourrait retarder la mise en service de Nord Stream. Pour obtenir la dernière certification lui manquant, l’exploitant du gazoduc doit être juridiquement distinct du fournisseur, et doit autoriser d’autres sociétés que Gazprom à utiliser les tuyaux. Une directive européenne dicte ces conditions. La société Nord Stream serait prête à se plier à ces règles mais a néanmoins attaqué ce texte devant la Cour de justice de l’Union européenne. Elle s’en prend à un « amendement de la directive européenne, illégal et discriminatoire » explique un porte-parole de Nord Stream. De leur côté, des États de l’UE hostiles au tuyau russe pourraient bien aussi attaquer en justice au nom d’un manquement à « la solidarité énergétique » prévue dans les traités européens, prévoit Georg Zachmann, expert du cercle de réflexion Bruegel.

Le gaz fourni via Nord Stream 2 peut-il en définitive contribuer à baisser les prix en Europe ? Oui, ont toujours, argumenté la Russie et l’Allemagne, vantant ce tracé plus direct. Ses adversaires pointent la dépendance accrue envers le fournisseur russe, à l’origine de la moitié des importations européennes au premier trimestre. Les prix dépendront de la stratégie de Gazprom, ajoute Zachmann.

Plusieurs observateurs du marché européen du gaz estiment que Gazprom assoiffe actuellement les Européens en limitant les livraisons transitant par l’Ukraine au moment où la demande repart fort. L’accord signé entre Gazprom et l’ukrainien Naftogaz pour la période 2021-2024 prévoit des livraisons annuelles de gaz russe via l’Ukraine de 40 milliards de mètres cubes seulement contre 65 milliards en 2020. Gazprom aurait pu vendre des quantités supplémentaires mais ne l’a pas fait, sans doute, jugent plusieurs experts, pour souligner l’utilité de l’alternative Nord Stream.

Reste qu’en doublant la capacité de Nord Stream 1 (55 milliards de mètres cubes annuels en plus soit 12 % de la consommation de l’UE) le nouveau tube n’est-il pas surdimensionné pour une Europe qui vise la neutralité carbone en 2050 ?

Matthias Warnig, confiant, prévoit une hausse de la consommation de gaz en Europe dans les prochaines années mais il prépare l’étape suivante : « Nord Stream 2 devrait être prêt à transporter de l’hydrogène dans dix ans. »



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