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Finance

Private equity : les épargnants poussés dans les bras des fonds d’investissement



Publié le 14 oct. 2021 à 6:18

Quand Wall Street débarque à Main Street. Aux Etats-Unis, l’homme de la rue est devenu la nouvelle cible des gérants du capital-investissement. En Europe aussi.

Des vétérans de l’industrie, Frédéric Stolar, cofondateur de Sagard, et Maurice Tchénio, celui d’Apax en France, viennent à leur tour de lancer Altaroc une plateforme Internet qui vise les épargnants particuliers. Elle vient en concurrencer d’autres comme Moonfare, fondé par un ancien de l’Américain KKR, Private Corner ou encore Althos Invest. Le principe ? Offrir aux particuliers aisés un accès direct à des parts de fonds de private equity, jusqu’ici réservées aux assureurs et grands investisseurs institutionnels.

Frédéric StolarCofondateur de Sagard

« Avec les taux bas et l’inflation , la rémunération de l’épargne est quasi nulle . En Europe, les banques ont migré moins de 1 % du patrimoine de leurs clients vers le private equity, contre 15 % aux Etats-Unis. Il faut libérer ce marché », explique Frédéric Stolar, qui promet à ses clients un rendement annuel net supérieur à 10 % sur longue période.

L’intérêt des épargnants existe. Leurs investissements ont bondi de plus de 50 % au premier semestre, selon la fédération France Invest qui espère drainer 10 milliards d’euros par an des particuliers vers le secteur .

Le numéro 1 mondial à l’offensive

L’offensive d’Altaroc intervient quelques jours seulement après celle du numéro un mondial du private equity. Blackstone a levé 250 millions d’euros auprès d’épargnants européens qui vont investir dans ses portefeuilles d’actifs privés en immobilier.

« L’allocation dans les actifs alternatifs reste faible à travers le monde, en Europe comme aux Etats-Unis », déclare Todd Myers, directeur des solutions de placements privés du fonds américain, qui gère 100 milliards de dollars d’investisseurs individuels sur ses 684 milliards de dollars d’actifs. De 5 % aujourd’hui, la part de ces actifs pourrait tripler, note-t-il. « L’élargissement de l’accès à nos fonds est un axe de croissance majeur pour Blackstone, et une tendance à très long terme », dit le dirigeant du fonds, qui a investi en parallèle dans iCapital, une plateforme Internet d’accès au private equity.

Même axe stratégique chez Ardian, qui gère 114 milliards de dollars, dont 8 % pour le compte des particuliers. De plus en plus de fonds lancent des supports d’assurance-vie avec des assureurs, comme Apax, en plus de leurs canaux habituels de placement avec les banques privées.

C’est que les fonds eux-mêmes y trouvent leur intérêt, bien qu’ils croulent sous les demandes des institutionnels. « A moyen-long terme, les fonds euros sont amenés à décroître, et il est nécessaire de diversifier notre clientèle », dit un responsable de fonds.

Un boulevard s’ouvre aux fonds

Aux Etats-Unis aussi, c’est une nécessité en raison de la migration de l’épargne retraite vers des supports individuels comme les 401k, où le particulier choisit lui-même ses placements et supporte directement le risque de performance. C’est aussi une gigantesque opportunité : le département américain du Travail recommande un volant de private equity jusqu’à 15 % du portefeuille de chaque épargnant sur un marché évalué à 9.000 milliards de dollars, selon State Street. La tendance est accentuée par la division de moitié du nombre de sociétés en Bourse et la baisse des taux souverains suite à la crise sanitaire, ce qui restreint les opportunités de placement.

Un boulevard s’ouvre donc aux fonds. « Pour les clients éligibles qui peuvent absorber l’illiquidité de cette classe d’actifs, le private equity remplace dans certains cas partiellement la poche obligataire », constate déjà Olivier Dubs, gérant senior de JP Morgan Private Bank.

Chez certains clients de banques privées, la part de non coté peut atteindre 40 %. « Les clients sont en très forte recherche de rendement, c’est le meilleur mixte risque/performance que nous pouvons offrir aujourd’hui », dit aussi Guillaume Pietruschi, directeur de l’offre chez BNP Paribas Banque Privée.

Même constat chez Anne-Hélène Illich, coresponsable à Paris de l’équipe de Banque Privée de Goldman Sachs, qui note un besoin croissant de diversification des clients.

Très forts écarts de performance

Mais face à la multiplication des canaux et la « démocratisation » du non coté, les banques privées, canal historique de vente sur ces actifs auprès des particuliers fortunés, pointent aussi les risques. « Les écarts de performance entre les gérants de private equity sont très importants, davantage même que dans l’univers des hedge funds, souligne Olivier Dubs. La sélectivité est essentielle. »

« De nombreux investisseurs particuliers se tournent vers le private equity aujourd’hui, mais la première erreur est de l’envisager comme un placement liquide. Les déconvenues seront fortes le moment venu », prévient Alain Massiera, responsable de la banque privée et de la gestion d’actifs chez Rothschild Martin Maurel.



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