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Economie

quand des maires s’agacent des exigences démesurées de certains médecins


Logement de fonction, impôts payés… Pour venir s’installer dans des zones blanches, certains praticiens n’hésitent pas à faire monter les enchères.

«Une prime d’installation, un logement de fonction pendant deux ans, une voiture de fonction, un terrain constructible et un salaire de 6770 euros nets après impôts.» Voilà la liste d’exigences exorbitantes d’un jeune médecin de région parisienne pour venir s’installer dans la commune de Barneville-Carteret, dans la Manche, à la recherche d’un médecin généraliste depuis de longs mois. Après avoir reçu ce message le 28 octobre dernier, qui l’a excédé, le maire David Legouet a décidé de pousser un coup de gueule. «C’est une situation inadmissible», gronde l’élu, dénonçant un véritable «chantage».

Le cas de ce jeune praticien n’est pas isolé, selon l’édile. Avec la désertification médicale à l’œuvre dans de nombreuses communes – trois quarts n’ont aucun médecin généraliste selon le décompte de l’Insee -, le rapport de force est désormais du côté des médecins. Du coup, certains n’hésitent plus à faire monter les enchères. «Avant, ces demandes, par exemple de logement gratuit, étaient énoncées à l’oral. Aujourd’hui, certains jeunes médecins ne se cachent même plus», fustige David Legouet, qui refuse néanmoins de mettre toute la profession dans le même panier.

Un ras-le-bol partagé par nombre de ses confrères et consœurs, selon le maire de la bourgade touristique de 2300 habitants. «J’ai reçu beaucoup de soutiens de la part de maires», explique celui qui a remis en mains propres une lettre à Emmanuel Macron mercredi soir pour lui faire part de ses difficultés. «Mais il y a une omerta, personne n’ose en parler, par crainte de faire fuir les potentiels futurs médecins.»

Matériel informatique et prise en charge des impôts

Si elles se font en effet moins bruyantes que David Legouet, qui a partagé son indignation dans pléthore de médias, certaines autres mairies n’hésitent pas non plus à faire part de leur agacement vis-à-vis des exigences en hausse d’une partie des médecins. «Ils imposent aux communes des charges inadmissibles, comme l’exonération de loyer, un appartement ou une maison de fonction, la prise en charge de leur matériel informatique et de leurs logiciels. On doit tout leur fournir en contrepartie de simplement l’exercice de leur métier», fulmine Jean-Pierre Legrand, adjoint aux affaires sociales à la mairie du Croisic (Loire-Atlantique), qui ne dispose plus que d’un seul médecin après le départ récent de trois praticiens. Ces requêtes sont fréquentes, affirme-t-il. «Sur les dix médecins que nous avons rencontrés, la moitié a formulé des demandes intolérables», relate-t-il. La mairie se refusant de se plier à toutes ces exigences, notamment par souci budgétaire, elle se trouve toujours aujourd’hui en cruel manque de professionnels de santé.

Même problématique du côté de Dordives (Loiret). «Comme il y a plus d’offres que de demandes, les exigences augmentent», pointe, désabusé, Jean Berthaud, maire de cette commune de 3500 habitants. «Certains demandent un logement de fonction, et on a même vu quelqu’un nous demander de prendre en charge ses impôts», raconte l’édile. Et lorsque la mairie pensait avoir trouvé la perle rare, le candidat choisi a finalement refusé d’exercer temporairement dans un petit cabinet mis à sa disposition le temps qu’une maison médicale flambant neuve sorte de terre, courant 2022.

Des incitations financières inefficaces

Président de l’Association des maires ruraux de la Nièvre, et lui-même maire de Varzy (1100 habitants), Gilles Noël tient à nuancer. «Ces demandes disproportionnées sont assez rares», assure-t-il. Elles proviennent souvent de «la jeune génération», note Jean-Pierre Legrand, adjoint au Croisic. «Il y a un effet générationnel», confirme Cédric Szabo, directeur de l’Association des maires ruraux de France (AMRF), pour qui «on a habitué les jeunes médecins à se faire dérouler le tapis rouge à leur arrivée dans un territoire». Plusieurs dispositifs d’incitation financière et fiscale ont en effet été créés ces dernières années pour encourager les jeunes diplômés à s’implanter dans des déserts médicaux, par exemple le contrat d’aide à l’installation des médecins (CAIM), qui prend la forme d’une aide de 50.000 euros (versée en deux fois), pour une activité de quatre jours par semaine.

«Vu que l’incitation ne fonctionne pas, il faut passer par l’obligation», estime le maire de Barneville-Carteret, David Legouet. C’est tout l’objet d’une proposition de loi déposée ce vendredi par une quarantaine de députés, qui vise notamment à obliger les jeunes médecins à exercer trois ans dans des zones «sous-dotées», au terme de leurs dix ans d’études. Elle souhaite également conditionner l’installation de médecins dans des zones dites «surdotées» au départ d’un praticien. Cette dernière mesure figure aussi parmi les pistes proposées par le député communiste de Seine-Maritime Sébastien Jumel, dont la proposition de loi «pour une santé accessible à tous et contre la désertification médicale» sera discutée le 2 décembre à l’Assemblée nationale.

À VOIR AUSSI – À Montluçon, le désert médical progresse face à la fermeture du centre de santé



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