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Economie

que vont-ils faire de leurs montagnes d’invendus ?


Le couvre-feu à 18 heures les empêche de profiter des soldes pour écouler suffisamment d’articles. Et la collection de printemps arrive bientôt…

Petits commerçants comme grandes enseignes de l’habillement, tous ont entamé la période des soldes d’hiver avec des stocks au plus haut. Pour se débarrasser de cet héritage des confinements et couvre-feux successifs, beaucoup avaient décidé de «mettre le paquet», avec dès les premiers jours des décotes plus importantes qu’à l’accoutumée. Las, le couvre-feu à 18 heures et le climat anxiogène ont fait chuter les ventes. Même si les Français ont encore jusqu’au 16 février pour en profiter, le constat est sans appel : impossible d’écouler les stocks de vêtements accumulés cette année. Qu’en faire, alors que la nouvelle collection arrive déjà ?

«C’est une catastrophe», répète inlassablement Sabrina. Propriétaire avec son mari d’un magasin de vêtements indépendant dans le neuvième arrondissement de Paris «depuis des décennies», elle se dit «désespérée». La situation est telle qu’elle n’arrive pas à se projeter : «j’ai décidé de tout mettre au prix de revient ; malgré ça rien ne part, on verra après les soldes.» Comme chez la plupart des commerçants, impossible de vendre la précédente collection. «On a l’habitude d’avoir 10 à 15% d’invendus. En général on les écoule dans le courant du mois de mars ou aux soldes suivants», ajoute-t-elle. Mais cette année, il lui reste sur les bras près d’un vêtement sur deux.

Je prie pour avoir un mois de mars froid avec de la neige, sinon c’est la faillite

Sabrina, propriétaire d’une boutique de vêtements dans le neuvième arrondissement de Paris

Premier problème : les commerçants n’ont pas assez de place pour mettre en rayon la nouvelle collection. Mais plus grave, ils risquent de ne pas avoir la trésorerie nécessaire pour acheter les vêtements de printemps. «Les indépendants sont propriétaires de leur stock, c’est de la trésorerie immobilisée», explique Eric Mertz, président de la Fédération nationale de l’habillement (FNH). «Ils ne peuvent pas se permettre de ne pas les vendre. Donc ils vont devoir les garder, en espérant pouvoir les écouler plus tard.» Sabrina confirme : «Je prie pour avoir un mois de mars froid avec de la neige, sinon c’est la faillite.» Ce dépit est partagé par nombre de commerçants indépendants, esseulés face à cette montagne de stocks. «La filière amont ne nous a pas aidés, déplore Eric Mertz. Les fabricants, les marques… n’ont le plus souvent pas accepté les différés de paiement ou les remises.»

Des enjeux dont les succursales et les grandes enseignes se trouvent davantage préservées. Les premières peuvent renvoyer les invendus à leur maison mère, qui les gardera un temps avant de les envoyer en établissement de déstockage, ou de les remettre en vente avec une nouvelle collection. «Le propriétaire possède une quinzaine de magasins de vente pour le neuf et un d’outlet, explique Sarah, vendeuse dans une boutique parisienne. C’est ce dernier qui va récupérer le surplus.»

Les déstockeurs premiers bénéficiaires de la hausse des invendus

Les grandes enseignes comme Zara ou H&M, elles, sont des habituées de la gestion d’invendus. Elles se sont développées sur le modèle du «fast fashion», qui consiste à renouveler les collections très régulièrement. Ce que les soldes n’ont pas permis d’écouler ira en priorité aux entreprises de déstockage comme les français Veepee (anciennement Vente privée) ou Showroomprivé. Pour ces sites de vente en ligne, l’année 2020 a été en tout point incroyable. D’un côté, la hausse des invendus leur a permis d’accroître considérablement leur offre. Ainsi Showroomprivé a augmenté de 30% le nombre de marques partenaires au cours de l’année. De l’autre, les consommateurs se sont tournés massivement vers le commerce en ligne pour faire leurs achats. «De nouveaux clients sont arrivés, explique Thierry Petit, cofondateur de Showroomprivé, sur Europe 1. L’e-commerce a gagné deux à trois ans de pénétration, c’est-à-dire de part de marché par rapport à la vente physique». Une évolution qui se voit dans les résultats. Son entreprise anticipe un bénéfice avant impôts supérieur à 30 millions d’euros en 2020 contre -31,4 millions en 2019.

Quant aux dernières pièces qui ne trouvent pas preneur, les grands groupes ont l’habitude de les écouler sur des marchés à plus faible pouvoir d’achat. «Le reste peut se retrouver envoyé à l’étranger, notamment sur le marché africain ou oriental», explique Yohann Petiot, Directeur général de l’alliance du commerce. Certaines enseignes choisissent de donner à des associations. Le recyclage, en revanche, présente encore des limites : «on arrive assez bien à effilocher les anciens vêtements pour en faire des isolants ou autre, mais c’est plus difficile de produire de nouveaux habits avec», précise-t-il.

Quid de la destruction pure et simple, pratique qui a scandalisé l’opinion publique à plusieurs reprises ? Elle n’existe quasiment plus, assure Yohann Petiot, qui rappelle que l’industrie s’est d’ores et déjà mise en conformité avec la loi sur l’économie circulaire et la lutte contre le gaspillage qui entrera en vigueur au plus tard le 31 décembre 2021. «Même ce qui est brûlé va être valorisé en énergie», défend-il.

Quelle que soit la technique utilisée par les magasins pour valoriser tant bien que mal leurs invendus, les pertes financières seront considérables. Une réalité dont le ministère de l’Économie a bien conscience. «Il pourrait y avoir une mesure spécifique sur les stocks», a déclaré le ministre chargé des petites et moyennes entreprises Alain Griset jeudi 4 février sur Sud Radio. L’heure est cependant à l’urgence : selon les estimations de la FNH, 30% des boutiques de vêtements indépendantes pourraient fermer dans les 60 prochains jours.

À voir aussi – Soldes: au Printemps Haussmann, coup d’envoi sans la foule habituelle



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