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Economie

Qu’est-ce que le «panic buying», qui touche actuellement les consommateurs ?


Depuis peu reviennent les achats guidés par la panique. Emily Mayer, chercheuse à l’IRI, et Fanny Parise, anthropologue, nous éclairent sur la question.

«La cigale ayant chanté/ Tout l’été,/ Se trouva fort dépourvue/ Quand la bise fut venue.»: il est fini le temps des chansons, place aux provisions ! Appelé communément le «panic buying», littéralement l’achat lié à la panique, un comportement particulier de consommation sévit actuellement dans les rayons des supermarchés et hypermarchés.

Expliquer pourquoi l’huile manque trop rapide

Les inquiétudes autour de la disponibilité d’huile de tournesol ainsi que de colza en raison de la guerre en Ukraine ont poussé certains consommateurs à se ruer sur ces produits. Au global, le prix des huiles a augmenté de près de 10% en avril, selon l’IRI. Pourtant des solutions existent. Et selon Emily Mayer, experte à l’IRI, les réserves d’huile de tournesol sont suffisantes jusqu’au mois d’octobre.

Alors comment expliquer cette crainte subconsciente du manque, matérialisée par le «panic buying» ?

Différents types de comportements

Pour mieux comprendre, il est nécessaire de revenir aux sources. Le dieu Pan est le dieu de la nature sauvage. C’est de cette origine mythologique que vient l’adjectif «panique»: cet état émotionnel serait mû par des «forces invisibles et mystérieuses de la nature» selon le dictionnaire CNRTL.

C’est précisément ce comportement que l’on retrouve chez les consommateurs qui se ruent actuellement dans les rayons des magasins, à la recherche du précieux sésame, l’huile de tournesol et désormais celle de colza.

Pourtant, ces consommateurs sont loin d’avoir des motifs tout à fait irrationnels, comme le souligne Fanny Parise. Selon l’anthropologue, il existe différentes logiques d’acteurs et les classes populaires, qui ne disposent guère d’autres choix, adoptent des stratégies tout à fait justifiées: il faut acheter avant que les prix ne se mettent à grimper. Cette surconsommation s’explique: chaque individu voit dans la consommation une valeur refuge puisqu’elle était synonyme de richesse au XXème siècle, selon Fanny Parise.

« Les gens voient cette crise logistique comme une crise de la modernité. »

Fanny Parise

Au-delà, l’émotion face à cette crise est celle face au changement, qui crée un sentiment de manque. La peur, c’est celle de voir la fin d’une routine, précieuse et stable dans cette période où s’ensuivent des périodes de crise.

L’anthropologue observe aussi que le «panic buying» met en exergue une tendance manichéenne à vouloir catégoriser les individus en Bien ou en Mal: d’un côté, les individus irrationnels qui se jettent sur les bouteilles d’huile et de l’autre, «les enfants gâtés», pour reprendre le titre éponyme de Fanny Parise. Ce terme fustige dans son ouvrage des individus moralisateurs, «sans conscience de classe qui critiquent la société de consommation tout en permettant au système de perdurer».

De plus en plus répétitif

Les ruptures de chaînes de logistiques dues à des achats atypiques de masse sont comme un relent du premier confinement en mars 2020 avec un retour d’une forme de rationnement, appelée «quotas», sur des produits élémentaires. « J’avais une collègue, mère de quatre enfants, qui ne pouvait même pas prendre assez de yaourts pour sa famille pendant le premier confinement» témoigne Emily Mayer, qui dénonce le « panic buying» comme une «pénalisation du collectif». In fine, cet écho au «panic buying» de mars 2020 semble augurer le caractère cyclique de ce phénomène.

Ce comportement, dans notre société d’abondance, devrait devenir un élément structurel de notre société, souligne Fanny Parise. D’autant que les aléas climatiques, selon Emily Mayer, de plus en plus récurrents, renforcent une inflation encore aujourd’hui conjoncturelle mais qui pourrait se généraliser. Et par conséquent, le risque de pénuries et de tendance au «panic buying» serait de plus en plus répétitif selon Emily Mayer.

Peut-être nous reste-t-il à danser, comme nous le suggérerait notre bon La Fontaine, pour faire tomber la pluie? Il est néanmoins peu probable que de l’huile nous tombe du ciel…



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