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Economie

Soubacq recycle les belles étoffes


FIGARO DEMAIN – Louise Drouhet, qui s’est lancée pendant le premier confinement, confectionne des bleus de travail très chics dans des chutes de tissu de grandes maisons de couture.

C’est au fond d’une petite cour pavée, à Paris, dans le 11e arrondissement. Quelques marches à descendre et une porte s’ouvre sur une grande pièce où chacun est concentré devant son écran d’ordinateur. Le calme qui règne pourrait être celui d’une bibliothèque mais ces jeunes gens studieux sont entrepreneurs. Ils ont élu domicile au Noyoco Lab.

La jeune marque de mode Noyoco, lancée en 2014, accueille ici, dans son incubateur, d’autres griffes plus jeunes encore: Valet de pique, OTA, Loom… Et Soubacq. Louise Drouhet, sa créatrice, s’est jetée à l’eau pendant le premier confinement avec une idée bien arrêtée: confectionner un bleu de travail dans les chutes de tissus de maisons de haute couture. Un vêtement unisexe décliné en séries limitées de cinq ou six exemplaires à une trentaine, selon la quantité d’étoffe récupérée. C’est le côté imprévisible, voire ludique de l’affaire.

«Où vont-ils, ces rouleaux?»

«Le bleu de travail est un intemporel populaire, analyse la jeune femme. Selon le tissu, il est chic, décontracté ou extravagant. On m’a objecté que le bleu est un uniforme. Avec Soubacq, c’est un uniforme propre à chacun.» Son idée a mûri pendant son master au Moda Domani Institute (ISG), école de commerce tournée vers les métiers du luxe, en 2019. Pendant ses stages, Louise Drouhet s’est étonnée du nombre de rouleaux de tissu finalement non utilisés et mis au rebut. Avec une interrogation: «Où vont-ils, ces rouleaux?»

Elle s’est renseignée. Il était possible d’en récupérer auprès des maisons elles-mêmes. Elle a aussi découvert l’existence d’un intermédiaire qui achète et revend ces chutes. «Dans son entrepôt, je suis émerveillée comme une enfant, dit-elle. Il y a des choses incroyables, comme ce vinyle de Courrèges à base d’algues dans lequel est taillé le modèle Supernova. J’ai constitué mon propre réseau auprès des maisons de haute couture mais je sais que, chez lui, je dénicherai toujours de belles choses.»

Une image non militante

L’étudiante a mis le projet Soubacq noir sur blanc dans son mémoire de fin d’études. «Je voulais créer la marque la plus parfaite possible, précise-t-elle, avec un beau vêtement, un impact environnemental neutre, un savoir-faire et une image positive non militante. La beauté était primordiale dans le projet: sur un vêtement aussi simple que le bleu, le moindre défaut saute aux yeux.»

L’encre de son mémoire à peine sèche, elle est passée de la théorie à la pratique, avec 4 000 euros en poche: toutes ses économies et un coup de pouce de ses parents. «Avec un minibudget, on fait le maximum, on optimise», sourit Louise Drouhet. Elle a trouvé, toujours par le bouche-à-oreille, un atelier parisien pour confectionner ses bleus et elle a préparé sa campagne de précommande sur la plateforme de financement participatif Ulule.

En mars 2020, tout était prêt quand la France a été mise sous cloche. La prudence invitait à remiser Soubacq, en attendant des jours plus propices. Louise Drouhet a hésité, mais pas longtemps. «À 23 ans, sourit-elle, je ne risquais pas grand-chose et je voulais donner du sens à mon travail, trouver des solutions.»

Elle a récolté 26.000 euros sur Ulule en mai. Cet argent a financé la confection des premiers exemplaires, la création de la boutique en ligne, les prises de vue pour Facebook, Instagram et le site web, l’achat de liens sponsorisés sur les réseaux sociaux…

Une mode plus vertueuse

En 2020, Soubacq a réalisé près de 100 000 euros de chiffre d’affaires, avec près de 500 pièces, dans les clous du plan d’affaires calé sur un modèle frugal. L’atelier ne produit qu’à la commande afin de limiter le besoin en fonds de roulement et éviter les stocks. C’est aussi une manière de ne pas produire trop afin de ne pas retomber dans le travers si critiqué de l’industrie textile.

«J’aimerais même faire un bleu Soubacq avec des chutes de chutes! J’ai essayé mais je n’ai pas encore réussi», confie Louise Drouhet. Chaque bleu est vendu 205 euros pièce. «C’est le prix de l’artisanat français en petites séries, c’est aussi le prix qui me permet de vivre et de continuer, souligne-t-elle. J’ai l’impression de faire quelque chose qui va dans le bon sens: parce que Soubacq leur plaît, mes clients adhèrent naturellement à une mode plus vertueuse.»

Amoureuse d’un bel ouvrier

L’entreprise individuelle Soubacq devient maintenant une SAS, avec un associé: Côme de Cherisey, ancien dirigeant de Gault&Millau. «Il m’accompagne depuis le début. Je l’ai rencontré pendant que je rédigeais mon mémoire. J’ai le nez dans le guidon, il m’aide à la fois à gérer l’entreprise et à me projeter», explique la chef d’entreprise qui a en tête d’autres idées de produits, tous aussi mixtes et intemporels.

Son site internet raconte une belle histoire, celle de Mademoiselle Soubacq, Antoinette de son prénom. Jeune fille de bonne famille, elle est tombée amoureuse d’un bel ouvrier. C’était il y a plus d’un siècle. «C’est l’histoire de mon arrière-grand-mère, dit Louise Drouhet. Elle a vécu 107 ans. J’espère que la marque Soubacq vivra aussi longtemps qu’elle.»

Le Figaro

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