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Finance

Sous pression, les réassureurs misent sur des hausses de prix



Publié le 13 sept. 2020 à 10:17

Le soleil de Monaco doit sembler bien loin aux réassureurs mondiaux. Ce week-end, nombre d’entre eux auraient dû se retrouver à Monte-Carlo pour leur grand-messe annuelle. C’était sans compter sur l’épidémie de Covid-19 qui force ces acteurs assurant les assureurs à multiplier les visioconférences à l’approche de la date de renouvellement des contrats (dits traités), avec l’espoir d’augmenter significativement leurs prix l’an prochain pour mieux encaisser des factures très élevées de sinistres.

« Des hausses de prix sur toutes les lignes de métiers sont clairement nécessaires », a insisté il y a quelques jours Swiss Re, le champion mondial du secteur dont les comptes sont passés dans le rouge au premier semestre sur fond de pandémie . Comme ses concurrents, Munich Re, Hannover Re ou encore SCOR, le groupe s’est félicité dès cet été de redressements de prix.

Des budgets déjà épuisés

Le mouvement est attendu car la situation est tendue. Alors que la facture finale de l’explosion à Beyrouth , des derniers ouragans ou encore des incendies aux Etats-Unis n’est pas encore connue, « les pertes liées à l’épidémie et à d’autres catastrophes ont déjà épuisé les budgets annuels alloués pour faire face aux événements catastrophiques de plusieurs réassureurs », prévient l’agence de notation Moody’s qui a placé ce mois-ci le secteur sous « perspective négative » en raison de « l’affaiblissement de sa profitabilité ».

A ce jour, la crise sanitaire a coûté quelque 12 milliards de dollars aux 20 premiers acteurs du secteur, selon l’agence de notation concurrente S & P Global Ratings. L’addition pourrait être encore plus salée à l’heure où la sortie de crise semble toujours éloignée et où des incertitudes demeurent sur les coûts liés aux confinements, par exemple les pertes d’exploitation des entreprises que les assureurs pourraient avoir à prendre en charge.

Un secteur bien capitalisé

Dans un secteur conçu pour encaisser les coups durs, les grands acteurs affichent des niveaux de fonds propres élevés. « Les réassureurs ont accédé aux marchés financiers pour augmenter leurs fonds propres avec des conditions favorables », souligne l’agence Fitch. Il n’empêche, l’industrie compte beaucoup sur les prix pour faire face à une série de phénomènes qui la bouscule depuis des années.

A commencer par la faiblesse persistante des taux d’intérêt, qui pèse sur les revenus d’investissements. Les acteurs du marché pointent aussi du doigt la tendance des tribunaux à accorder des indemnités de plus en plus élevées en cas de litiges (ils parlent d’inflation sociale). Enfin, sur fond de changement climatique, les réassureurs doivent faire face à des catastrophes naturelles qui semblent toujours plus fréquentes et sévères, notamment dans des zones très assurées.

Hausse significative

La facture de ces catastrophes a atteint en point haut en 2017, avec les ouragans Irma, Harvey et Maria. Elle a été également très élevée dans les années suivantes. Avant même que la pandémie ne rebatte les cartes de l’économie mondiale, cette série noire avait favorisé un redressement des prix des réassureurs, pour la plus grande satisfaction des intéressés qui avaient vu leurs tarifs s’éroder au cours des années précédentes.

Cependant, l’augmentation est restée « modérée » et « régionalisée », explique Marc-Philippe Juilliard, directeur chez S & P Global Ratings. A l’avenir, « il est probable qu’on assiste à une hausse plus significative qu’observée les années passées ».

Les réassureurs devraient en tous les cas surveiller de très près les risques qu’ils souscrivent, en faisant évoluer leur portefeuille et apportant une attention particulière à la façon dont sont rédigées les garanties offertes. Ils le feront d’autant plus facilement qu’ils tablent sur une augmentation de la demande de couverture en assurance, sur fond d’aversion au risque en pleine pandémie.

« Nous sommes plus optimistes qu’il y a un an à la même période », n’a pas hésité à déclarer vendredi le patron de SCOR, Denis Kessler.



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