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Economie

un air d’insouciance souffle pour les Parisiens


La réouverture des bars et des restaurants a été l’occasion de retrouvailles heureuses entre amis. Devant l’engouement, certains bars ont joué les prolongations après le couvre-feu.

À quand remonte leur dernière terrasse ? «Je ne sais plus… C’était peut-être en septembre, ou en octobre ?» tente Elisabeth. Une seule certitude : c’était il y a trop longtemps. Accoudée devant un verre de vin, la jeune femme savoure la redécouverte d’un bar dont elle est une habituée, avenue Daumesnil (XIIe arrondissement), à Paris, avec ses deux comparses Gary et Sébastien. Gary est arrivé dès 16 heures, pour leur assurer une place au premier rang. La météo capricieuse tout au long de la journée leur offre un temps de répit. En cette fin de journée, il fait même beau. Ils comptent bien en profiter jusqu’au couvre-feu à 21 heures. Le front déjà humide, William, serveur, observe l’assemblée survoltée. Il sert verre sur verre, bière sur bière, mais assure, l’air goguenard : «ça va bien se passer, ce service. On est des professionnels.»

De l’énergie, il en faut aux serveurs qui mènent tambour battant la soirée de reprise après près de sept mois d’interruption d’activité. Des tables sont arrangées tant bien que mal sur les trottoirs étroits, rue de Lappes. Certaines chaises sont presque en équilibre sur le caniveau. Les clients n’ont pas le temps de faire les fines bouches. «On a pris la première table venue», rit Coline, sur une terrasse adjacente. Son petit ami, Robin, est soulagé : il a très peu vu ses amis ces derniers mois, «c’était quasiment le black-out», avoue-t-il. Il va pouvoir prévoir à nouveau des rencontres hors de chez lui. Désormais, le champ des possibles semble vertigineux : bars, musées restaurants, boutiques… Tout est de retour, au moins partiellement.

Trouver les dernières places

Et n’importe quelle activité a soudain une saveur différente après ces mois de privation des lieux de loisirs. «Je pensais que les terrasses ne me manquaient pas spécialement, admet Maylis, la vingtaine, à la terrasse du café Rey près de l’opéra Bastille. Mais en les voyant ouvertes à nouveau je comprends que ce sont vraiment elles qui donnent de la vie à Paris.» En face d’elle, son amie Jeanne et la mère de cette dernière, Angélique, sirotent un cocktail et un verre de vin. «Ce n’est pas du tout comme se retrouver chez soi, s’émerveille Jeanne. Regardez, nous avons toutes notre téléphone dans notre sac et pas sur la table. Nous retrouver ici, ça donne vraiment envie d’échanger, de profiter de la foule, sans avoir le nez sur notre portable». Dans la foulée de leur verre, elles iront s’offrir une manucure. «Le coronavirus, on ne veut pas en parler, s’exclame Angélique. J’ai presque l’impression que c’est du passé, maintenant.»

Maylis, Jeanne et Angélique ont réussi à mettre la main sur une table en terrasse, une gageure en cette journée de réouverture. Le Figaro

Une ambiance de monde d’avant règne aussi du côté d’Oberkampf, où dès 19h, il est impossible de trouver une table libre. Les terrasses ont été étendues tant que faire se peut. Félix et Tristan se sont retrouvés devant « le QG » de ce dernier, un petit bar adjacent à la rue d’Oberkampf. L’économiste et le statisticien ont dû sortir une table du restaurant pour pouvoir s’installer dehors et profiter de leur première gorgée de bière pression.

Vêtu de turquoise, un livreur à vélo attend seul devant l’enseigne d’un traiteur thaï. Les cyclistes Deliveroo ou Uber Eats ne dominent plus le trafic, ce soir. Le couvre-feu ayant été repoussé à 21 heures, la circulation est dense et se manifeste régulièrement par des coups de klaxon joyeux. Les restaurants, de leur côté, n’ont ce soir pas forcément les faveurs des clients qui leur ont massivement préféré les bars. Dans certains bars justement, l’affluence est telle que toute notion de distanciation physique a disparu. Les tables sont agglutinées et parfois rapprochées entre elles, de sorte que des tablées de 6, 8 voire 15 personnes se sont formées.

Partie remise

Le personnel des établissements ne semble pas s’en formaliser, même si cela contrevient aux règles qui ont conditionné la réouverture. Devant un bar noir de monde, un groupe de jeunes filles soupirent, dépitées : «nous avions réservé une table mais visiblement, ils ne nous l’ont pas gardée. Ça ne devait pas valoir le coup, pour eux. Nous allons certainement consommer debout.»

Les quelques heures de liberté gagnées passent à une vitesse folle. Vers 20h30, les clients songent à reprendre le chemin du retour, mais ils languissent et profitent jusqu’aux derniers instants. Joséphine et Marie ont, à quelques minutes du couvre-feu, encore une demi-bière devant elles. «On ne nous a pas encore demandé de partir», sourient-elles. De toute manière, elles seront encore là, au carrefour entre Oberkampf et République, demain matin pour le café et demain soir pour une nouvelle salve de bières pression.

Certains établissements jouent les prolongations jusqu’à 21h30. Alors que les Parisiens quittent les terrasses et se dispersent, un groupe de trois garçons s’en va avec autant de pintes, versées dans des gobelets en plastique, qu’ils ont de bras. Un peu plus loin, deux grappes de jeunes qui ne se connaissent pas s’arrêtent ensemble et s’émerveillent : « vous avez vu, tout le monde est heureux ! »



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