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Finance

Wall Street: la vente à découvert au plus bas depuis 2013



Publié le 19 févr. 2021 à 15:12

Avant de parier sur la chute des actions les plus populaires chez les courtiers en ligne, les traders professionnels y regardent désormais à deux fois. Ils ont de nouveaux adversaires: la cohorte disparate des millions de particuliers qui se sont rués sur les actions depuis la crise de la COVID-19. Ils sont plus de 13 millions à utiliser la plateforme de trading Robinhood .

Onde de choc

La spéculation à la baisse est au plus bas depuis 2013, avec 3,5 % de capitalisation boursière américaine vendue à découvert. Elle a été divisée par trois sur le titre GameStop. Mais pas seulement. L’onde de choc a provoqué une réduction des paris spéculatifs à la baisse sur une série de valeurs comme AMC Networks et Bed Bath and Beyond, promues par les boursicoteurs abonnés à « WallStreetBets » du forum Reddit. Des hedge funds et traders ont même jugé prudent de se tenir, au moins provisoirement à l’écart de ces « bombes à retardement » boursières.

Risques accrus

L’affaire GameStop tombe mal après une année 2020 déjà pénible pour les vendeurs à découvert. L’an dernier, les vendeurs à découvert activistes ont mené seulement 157 campagnes sur tous les grands marchés, selon Activist Insight shorts. C’est la plus faible activité depuis 6 ans. En 2015 et 2016, ils menaient entre 260 et 290 raids sur les entreprises. Les positions spéculatives à la baisse ont diminué de 18 % en Europe en 2020.

Le rebond des marchés boursiers a accru les risques pour les vendeurs à découvert. Sur le Vieux Continent, ils ont ciblé des entreprises dans des secteurs comme l’immobilier, l’énergie et les matériaux de base. En janvier, les hedge funds ont déclaré 51 positions vendeuses à découvert significatives (portant sur au moins 0,2 % du capital) à l’Autorité des marchés Financiers en France.

Discrétion

Face à des particuliers qui unissent leurs forces, les vendeurs à découvert partagent leurs recherches et informations entre eux et se coordonnent pour gagner en efficacité. Ils s’organisent pour accroître leur audience et communiquer auprès du plus grand nombre ( chaîne de télévision dédiée …) leurs idées et thèses. Ils publient leurs analyses, parfois sous des pseudonymes, sur des sites communautaires comme Seeking alpha . Aux Etats-Unis, les hedge funds ne sont pas, comme en France, tenus de déclarer publiquement leurs positions vendeuses à découvert. Mais ils communiquent avec leurs clients et parfois les informations fuitent à l’extérieur. S’ils spéculent à la baisse par le biais d’options de vente, ils sont tenus de déclarer leurs positions au marché.

Compte à rebours

« Les vendeurs à découvert sont bien moins maîtres de leur calendrier et de leur horizon de trading que les investisseurs traditionnels. Dès qu’ils vendent à découvert un titre un compte à rebours s’enclenche à leur détriment » rappelle sur son blog Aswath Damodaran, professeur de finance à la Stern School of Business de l’Université de New York. Pour vendre à découvert, le hedge fund doit emprunter des titres à un coût variable et parfois très élevé comme sur GameStop. Chaque jour qui passe lui coûte ainsi de l’argent. Il souhaite que le titre baisse rapidement pour le racheter à un cours plus bas qu’il ne l’avait vendu.

Depuis l’affaire GameStop, un vendeur à découvert démasqué devient une cible et ses risques augmentent. Les boursicoteurs achètent l’action visée pour la faire progresser et contraindre le vendeur à découvert à racheter sa position en catastrophe avec des pertes à la clef. A la différence d’un gérant traditionnel qui peut perdre au maximum 100 % de son investissement, le vendeur à découvert fait face à des pertes illimitées. L’action dont il anticipe la chute peut largement gagner plus de 100 % comme Tesla l’a démontré.

Recul des revenus du prêt de titres

En 2020, les revenus tirés du prêt de titres, qui permet la vente à découvert, ont chuté de 11 % à 7,6 milliards de dollars selon DataLend. En Europe, la baisse a été de près de 19 % et en Asie de 27 %. Les restrictions et interdictions de la vente à découvert imposées dans plus d’une dizaine de pays à partir de mars ont fait chuter l’activité de prêts de titres. En 2018, une année marquée par la chute des marchés boursiers, 10 milliards de dollars de profits avaient été générés grâce aux vendeurs à découvert, alors particulièrement actifs. L’année dernière le fort rebond des actions les a incités à la prudence, entraînant une diminution de la demande de prêts de titres. Ce sont les investisseurs institutionnels comme le fonds souverain norvégien ou le géant BlackRock détenant de volumineux portefeuilles qui gagnent beaucoup d’argent en prêtant leurs actions aux hedge funds. Le courtier en ligne Robinhood prête aussi les titres de ses clients aux vendeurs à découvert qui spéculent sur la baisse d’une action. Il peut le faire sans leur accord car ils n’en sont pas propriétaires. En prêtant des titres aux vendeurs à découvert, il donne ainsi des « munitions » aux adversaires de ses clients qui eux ont investi sur le titre et veulent le voir progresser.

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