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Finance / Epargne / Fiscalité

« Le Livret A perd tout intérêt »

La baisse du taux du Livret A est-elle une bonne ou une mauvaise nouvelle pour l’économie française ?

Le Livret A, il est essentiel de le dire, n’est valable qu’en trésorerie pour mettre de l’argent sur son compte chèque. Ce n’est pas le placement providentiel. La baisse de son taux est normale tant que l’inflation est à ce niveau (0,9% sur un an). C’est regrettable pour les petits épargnants, qui vont subir un « retrait » supplémentaire, avec des taux pas très attrayants. Mais il faut penser qu’il y a d’autres actifs plus intéressants que le Livret A, qui ne protège pas beaucoup, qui est limité dans ses montants et n’est bon que pour avoir des liquidités. Avec la baisse annoncée, il perd tout intérêt, alors que les taux à court terme n’ont jamais été aussi bas. Il y a donc bien mieux à faire ailleurs si on ouvre les yeux.

Quel peut être l’impact d’une telle décision sur le pouvoir d’achat des Français ?

La modification du taux à la baisse ne devrait pas impacter le pouvoir d’achat. Le Livret A, c’est de l’argent qui ne rapporte pas, qui ne sert qu’en trésorerie. Avec 1% d’inflation et 1% pour le Livret A, ça fait un rendement zéro. Les Français épargnent beaucoup, c’est une preuve de leur manque de confiance en l’avenir, en la retraite… Il vaudrait mieux qu’ils dépensent, la consommation permettrait d’avoir de la croissance. C’est pour cela que l’on devrait les pousser vers d’autres placements plus rémunérateurs, c’est ça qui est -de loin- le plus préférable pour l’économie. Avec le Livret A, il y a une déperdition de l’argent. Les actions achetées, elles, c’est de l’argent qui va directement dans les entreprises.

S’il ne rapporte rien, comment expliquer la popularité du Livret A ?

C’est le placement le plus populaire des Français parce qu’il n’est pas compliqué, qu’il est complètement « liquide », et qu’il permet de percevoir des intérêts. C’est une tradition de longue date. Sauf qu’avant, le Livret A rapportait beaucoup plus, jusqu’à 6%. Mais les gens ne voyaient pas que dans le même temps, on avait une inflation allant de 10 à 15%. Au final, le Français s’appauvrissait. Ce qui joue aussi en faveur du Livret A, ce sont les mots « défiscalisation », « liquidités », qui plaisent beaucoup. Mais ce sont ses deux seuls avantages.

Faut-il pour autant se détourner du Livret A ?

L’épargnant pourrait se tourner vers d’autres placements plus rémunérateurs, même s’ils peuvent comporter plus de risques. Certes, le Livret A offre le « risque zéro », mais avec un « rapport zéro ». Les actions induisent plus de revenus que les autres, avec des risques assez limités. Par exemple, le placement action est le plus formidable pour un plan retraite. Dès que l’on raisonne à long terme, le placement devient forcément plus rémunérateur. L’action est attractive alors que la situation économique en France est déprimante.

Ce n’est pourtant pas dans la culture Française de prendre des risques…

C’est une culture actionnariale qu’il faudrait développer en France, comme aux États-Unis. Mais on est un peuple « assisté », pas habitué à prendre des risques. Entre 2008 et 2013, le cours des actions a baissé de 40%. Elles sont bradées en ce moment, de 15 à 20% en dessous de leur prix. Le CAC 40 rapporte 4%, contre 2% en temps normal. Mais les gens ne s’y intéressent pas car ils ont peur. La relance économique serait là si on allait davantage sur l’action, sur le financement des entreprises. L’enjeu est de redonner la confiance aux Français, mais comment leur demander de se diriger vers des actions à long terme ? On est à un point d’entrée sur la bourse pour trois ou cinq ans, si on ne change pas de nouveau la fiscalité.

Propos recueillis par Benjamin Hay

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