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Jeux / Paris

« Sur les 100 meilleurs joueurs, il n’y en a pas plus de 10 qui gagnent très bien leur vie »

TLB : Avec le succès récent du poker, beaucoup de joueurs amateurs se rêvent en professionnels. Quel regard portez-vous sur cette tendance ?

Philippe Ktorza : Je pense qu’il faut surtout leur dire d’être très prudents. Peu de joueurs vivent seulement grâce au poker. Ce qui me semble important c’est de se fixer un budget et surtout de s’y tenir. Un joueur qui a la pression de l’argent ne joue pas bien. Le poker doit rester récréatif. Pour être bon, il faut être serein dans sa tête et donc éviter de se mettre financièrement dans le rouge ou d’emprunter pour pouvoir jouer. Il faut bien comprendre qu’au poker pour un gagnant, il y a beaucoup de perdants, alors y consacrer tout son temps reste quand même un risque, car pour un bon résultat en tournois, on en perd toujours plusieurs. Il faut donc être capable de se gérer et savoir jouer à son niveau.

TLB : Vous êtes sponsorisé par le PMU, vous avez des résultats en tournois, mais vous gardez une activité professionnelle. Pourquoi ?

P K : Effectivement, je reste chef d’entreprise. Pour moi, c’est primordial de garder les pieds dans la réalité et d’avoir une bonne raison de me lever le matin. Jouer au poker entraîne une vie complètement décalée. Pour des tournois en live, il faut beaucoup voyager et jouer 12h de suite pendant plusieurs jours. Sur internet, c’est pareil voire même pire puisqu’on doit rester devant un écran des journées et des nuits entières. Tout cela n’est pas très sain et a forcément des conséquences sur la vie sociale. Cela fait partie des mises en garde que je fais souvent quand un jeune me demande des conseils pour devenir pro.

TLB : Jouer au poker, ce n’est donc pas le moyen idéal de vite gagner de l’argent comme beaucoup peuvent le croire ?

P K : Non, on ne peut bien sûr pas dire ça. C’est clair que quand on voit un joueur venu de nulle part gagner un gros tournoi, cela fait rêver, mais la réalité est plus complexe. Par exemple, il faut bien comprendre que sur les 100 meilleurs joueurs, il n’y en a pas plus de 10 qui gagnent très bien leur vie en ne faisant que du poker. Les autres ont soit une autre activité, soit ils n’arrivent pas à durer. J’ai vu énormément de joueurs disparaître quelques mois après avoir fait un résultat. Dans beaucoup de tournois, entre les voyages et les frais d’entrée, seuls les trois premiers vont gagner de l’argent. Il faut donc bien savoir gérer son budget, sinon on va droit à l’échec. D’ailleurs pour durer, beaucoup de joueurs investissent leurs gains dans des affaires, car tout miser sur le poker est rès risqué, même pour des joueurs professionnels.

TLB : Depuis 1998 le nombre de joueurs de poker a été multiplié par 10, et on recense plus de 300 000 joueurs en ligne par semaine, alors quels conseils donner à ceux qui aimeraient se lancer dans l’aventure professionnelle ?

P K : Mon premier conseil serait de commencer par trouver un vrai métier. D’une part parce que pour être un bon joueur, le poker doit garder sa nature récréative et que je vois pas mal de joueurs qui après avoir amassé quelques gains ne veulent plus retourner travailler même quand ils ne gagnent plus. Ensuite, il est important d’avoir cet équilibre de vie et de ne pas se consacrer entièrement à une pratique qui peut entraîner un vrai isolement. Une fois lancé dans l’aventure du poker, il y a quelques grand principes à ne pas oublier, ne pas jouer au-delà de ses limites et ne pas emprunter, c’est-à-dire avoir un budget et le respecter, toujours jouer à son niveau et surtout savoir s’arrêter.

Propos recueillis par Julien Auduc

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