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Cuisine / Gastronomie

Alcool : moins de quantité pour plus de qualité

Fini le vin de table présent à tous les repas. Aujourd’hui, les Français préfèrent boire moins d’alcool, mais des produits de qualité. L’occasion de se pencher sur l’état du marché des boissons alcoolisées en France. Un secteur en pleine évolution.

D’après une étude établie par l’association Entreprise et prévention, qui rassemble les fabricants d’alcool (Bacardi-Martini, Heineken, Moët Hennesy, Pernod Ricard…) ayant accepté de financer des actions de prévention de l’alcoolisme, la baisse de la consommation d’alcool est une tendance lourde depuis un demi-siècle. Les Français boivent aujourd’hui en moyenne 86 litres de vin par an quand ils en engloutissaient 257 en 1961.

C’est que la société a changé et avec elle le regard sur l’alcool. Quand nos parents ou grands-parents ne prenaient pas un repas sans une bouteille de rouge sur la table, les Français ne sont plus, aujourd’hui, qu’un sur dix à déclarer boire quotidiennement. Une mauvaise nouvelle pour les professionnels ? Pas forcément. Arnaud Oger est responsable du magasin Nicolas place de la Madeleine à Paris : « Nous voyons depuis quelques années déjà que nos clients achètent moins, mais recherche la qualité. Le vin de table ou primeur ne fait plus recette, mais il y a davantage de connaisseurs qui n’hésitent pas à aller vers des produits plus chers et meilleurs ». On estime en effet que le panier moyen en boisson alcoolisée est passé de 313 € à 322 € par an.

Moins de vins de pays et plus d’AOC

Premier réseau français de caviste, « Nicolas » est un témoin privilégié du marché des boissons alcoolisées en France. Et l’enseigne a aussi fait évoluer son offre : « Nous venons de rénover notre magasin place de la Madeleine à Paris. L’idée est d’en faire une vitrine de notre réseau grâce à un espace repensé, cosy et chaleureux », explique le responsable. Une manière de redonner une image de luxe au vin, symbole national important. « Mais attention, nous gardons notre politique de bas prix. Nous faisons attention à toujours proposer des vins de qualité autour de 5-6 €. Chez nous, un client dépense entre 25 et 30 € en moyenne ».

Une évolution du marché des boissons alcoolisées qui touchent aussi les producteurs. Directeur commercial de la Cave du Tain, regroupement de producteurs de vin de la Vallée du Rhône, Xavier Gomard détaille : « aujourd’hui, nous ne produisons que très peu de vins de pays alors que c’était la majorité il y a encore 20 ans. Mais, nous avons de plus en plus de mal à les vendre alors nous nous concentrons sur nos AOC, que sont Saint-Peray ou l’Hermitage par exemple. Nous produisons moins, mais de meilleure qualité et finalement cela équilibre bien nos ventes ».

« Éduquer la génération coca »

Une consommation d’alcool qui reste dominée par le vin. Même si comme l’explique Arnaud Oger : « Il y a une spécificité parisienne autour de champagne. Nous en vendons énormément. C’est devenu l’indispensable cadeau à amener quand on est invité quelque part. Et cela touche toute la gamme de prix ». Pour ce responsable de magasin ce qui a surtout changé, c’est que les Français boudent tout ce qui est digestif, eau-de-vie et liqueur : « On n’en vend plus qu’aux touristes. Je ne sais pas si c’est à cause du permis à points ou de l’augmentation du nombre de radars, mais les Français n’en achètent plus. C’est particulièrement flagrant chez les jeunes ».

Attirer les jeunes est en effet un enjeu majeur pour tous les cavistes. Et, Nicolas, comme les autres cherchent de nouvelles solutions. « C’est la génération coca. Il faut donc les éduquer. Ici, à Madeleine comme dans d’autres boutiques nous avons un bar à vin où nos vendeurs peuvent conseiller les meilleurs vins et nous faisons des dégustations gratuites tous les vendredis après-midi. Je vois ainsi l’évolution de beaucoup de jeunes qui reviennent et essayent des vins plus pointus ».

Julien Auduc

>> Lire aussi : « Dans les foires aux vins, le meilleur côtoie le pire »

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